vincentpeillonJ’ai quelque peu hésité à rédiger ce billet, tant l’éditorial du Monde d’hier correspondait déjà parfaitement à ce que je voulais exprimer, même si le ton était tout de même particulièrement agressif. Il concernait la réforme des rythmes scolaires et la grève des instituteurs parisiens particulièrement suivie. Il rappelait qu’il serait bon que les acteurs de l’éducation se mobilisent avant tout pour améliorer la qualité de l’enseignement prodigué aux enfants et non pour défendre leurs propres intérêts.

Du coup, je vais plutôt m’aventurer dans une réflexion plus large, mais que j’ai déjà eu sur d’autres sujets. Lorsque l’on définit une politique publique (cela peut cependant être vrai dans d’autres domaines), il faut bien distinguer les buts des moyens. Cela peut paraître trivial, mais cela ne l’est pas tant que ça ! Dans bon nombre de cas, la frontière est floue et surtout ne va pas être tracée au même endroit selon qui la dessine. Pour un acteur public, elle est pourtant supposée être toujours sur le même axe, celui de l’intérêt général.

On ne paye pas les professeurs pour leur permettre d’occuper leur journée. De même, on ne subventionne pas les agriculteurs parce qu’ils ont la vocation de l’être. Non, l’Education Nationale existe pour éduquer les enfants et la Politique Agricole Commune existe pour assurer la production de denrées alimentaires en quantité suffisante pour nourrir l’ensemble de la population européenne. Tout autre objectif assigné à ses institutions ne peut être que secondaires, c’est-à-dire un moyen d’arriver à l’objectif principal.

Prenons l’exemple de l’agriculture, sujet que je maîtrise quand même beaucoup plus. De mon point de vue, le seul et unique objectif que doit donc se fixer la moindre politique agricole, c’est d’assurer de manière durable une production alimentaire capable de satisfaire les besoins de la population et sa bonne santé. Ce n’est donc ni de préserver l’environnement, ni d’offrir un revenu aux agriculteurs. Mais sans le premier élément, l’épuisement ou la détérioration des ressources conduira à une décroissance de la production et d’autres problèmes de santé surviendront par ailleurs. Sans le second, il n’y aura plus de production du tout… Les politiques cherchant à consolider ces deux approches sont donc totalement légitimes, tant qu’elles ne perdent pas de vue leur but premier qui les rend légitime. Cela reste pour moi la meilleure manière de savoir où l’action publique doit s’arrêter avant d’entrer dans le superflu.

Concernant les rythmes scolaires, une seule question doit donc être posée : la réforme permet-elle d’améliorer les conditions d’apprentissage des enfants ? Si la réponse est oui, et il semble bien qu’un large consensus existe autour de cette réponse positive, alors elle doit être mise en œuvre. Concernant les modalités, la seule question à se poser est : celles qui sont définies permettent-elles d’appliquer la réforme à court et à long terme ? Si la réponse est encore oui, alors la loi est bonne et doit être votée et appliquée. Que cela modifie les conditions de travail de certains, c’est possible. Mais tant que cela n’implique pas qu’ils soient découragés, qu’ils ne puissent plus exercer leur fonction convenablement ou qu’il devienne impossible de recruter, alors cela ne peut contrebalancer le bénéfice au profit du sens même de la politique d’éducation, qui reste tout de même avant tout d’éduquer.

L’action publique gagnera toujours à garder à l’esprit son sens et son but premiers. Tout peut être bon ou mauvais s’il est regardé avec un regard étroit et subjectif. Et la politique est malheureusement un domaine où les myopes sont nombreux ! Espérons que Vincent Peillon continuera à l’être un peu moins que ses prédécesseurs

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