voteetrangersN.B : J'ai écrit ce texte dans le cadre d'un débat d'actu sur le site Ciao.fr. La question était "pour ou contre le vote des étrangers". Vu comme la question était posée, c'était déjà mal parti et le contenu des interventions a confirmé mes craintes. Je n'ai donc pas pu résister à l'envie de participer 

Je m’étais toujours dit que je ne participerai jamais à un débat d’actualité sur Ciao. J’avoue même éviter au maximum de lire les avis de cette rubrique, qui pour moi, n’a rien à faire sur ce site. Mais m’exprimant régulièrement sur l’actualité sur mon blog et assez édifié par ce que j’ai pu lire pour l’instant, je prends ma plume (enfin mon clavier) cette après-midi pour ne pas laisser la pensée unique triompher.

Déjà, la question est formulée de la manière la plus vaste possible et dépasse largement ce qui devrait être débattu prochainement en France. Du coup, je trouve quand même terrifiant de voir comment tous ces avis quasi unanimes passent complètement sous silence le fait que ce droit existe déjà. Certes, il se limite aux ressortissants de l’Union Européenne et aux élections municipales (et européennes, mais pour le coup, tout le monde s’accordera que c’est logique), mais il existe. Et jusqu’à preuve du contraire, les panzers allemands n’occupent aucune de nos 36 000 communes et la mafia roumaine n’a pris le contrôle d’aucune d’elle. Mais j’y reviendrai.

L’argument le plus étonnant reste quand même le fait que cela ne constitue pas une priorité et que le gouvernement devrait s’occuper d’autre chose. Ok, bon moi je ne fais pas de sport, alors je vais demander la suppression du Ministre des Sports ! Depuis quand des difficultés économiques doivent-elles empêcher de traiter des problèmes de société ? On s’est tous arrêté de vivre à cause des subprimes ? En fait, c’est juste une façon de dire de façon détournée que l’on est contre et non concerné. Mais la question n’est pas de savoir si c’est prioritaire ou non, mais de savoir si c’est souhaitable ou pas. Si ça l’est, cela doit être adopté, quel que soit l’heure ou l’instant !

L’argument du contre-feu médiatique allumé pour détourner le débat des vrais problèmes est totalement fallacieux, pour ne pas dire qu’il constitue un monstrueux foutage de gueule ! Surtout quand il provient des mêmes personnes qui vont bloquer l’Assemblée Nationale pendant deux semaines et cherchent à tout prix à occuper les médias pour s’opposer à une autre réforme de société, tout en proclamant qu’on ferait mieux de s’occuper d’autre chose. Le parallèle entre les deux débats est d’ailleurs frappant.

Un deuxième argument absurde est que cette réforme est une manière pour la gauche de gagner des voix. Il serait évidemment malhonnête de dire que cela ne va pas globalement la favoriser (mais dans une infime proportion). Mais on peut tout à fait retourner l’argument en disant que la droite s’y oppose parce que cela va la défavoriser. Il faut alors se rappeler que c’est la gauche qui s’est le plus opposé au droit de vote des femmes, de peur que ces douces créatures sous l'influence de l’Eglise ne votent majoritairement contre eux. La question n’est pas de savoir pour qui ces gens vont voter, mais de savoir s’il est légitime qu’ils en aient le droit. Accorder ou non le droit de vote selon pour qui la personne va voter n’est pas vraiment compatible avec la démocratie.

Un autre argument qui n’en est pas un est le fait que les étrangers vont prioritairement voter pour des gens issus du même pays qu’eux et vont défendre leur intérêt particulier. Bref, ils vont voter pour des gens qui leur ressemblent et qui pensent comme eux. Non, sans blague ? Parce que les bons Français ne font pas ça ? J’avais pourtant l’impression que, vivant dans une ville très à droite et très catholique (je touche Versailles), la majorité municipale est essentiellement composée de personnes fréquentant assidument la paroisse et de beaucoup de mère de famille nombreuse au foyer. Encore une fois, il n’est toujours pas question de savoir pour qui ces gens vont voter, mais de savoir s’il est légitime qu’ils en aient le droit. Je me répète, je sais… De plus, cet argument se heurte à un problème technique, du moins pour les élections municipales, mais j’y reviendrai plus tard.

Enfin, peut-être mon préféré, c’est le « vous n’imaginez pas, un étranger va venir voter, influencer des décisions que les bons Français vont subir pendant des années, alors que lui sera peut-être reparti dans son pays ! ». Bon alors, prenons l’exemple de Monsieur X et Monsieur Y aux élections municipales… Très bon exemple, les élections municipales puisque c’est a priori la seule élection potentiellement concernée par une éventuelle réforme.

Monsieur X est Marocain, il vit depuis dix ans dans la commune de Z. Ses deux enfants y sont scolarisés. Il travaille comme épicier (oui je sais les clichés) dans cette même commune, où il est un commerçant très apprécié. Il paye ses impôts locaux en tant que contribuable privé et entreprise.

Monsieur Y est Français, il vient de finir son BTS commercial. Il a pris un studio dans la commune de Z, mais a bien l’intention de prendre un appart avec sa copine dès qu’elle aura fini ses études l’année prochaine. Ils ont envie de partir dans la commune de W, d’où est originaire sa copine.

La question est : qui de Monsieur X et de Monsieur Y est le plus à même de fonder son vote aux élections municipales sur des critères objectifs, défendant l’intérêt général des habitants de la commune de Z à court et long terme ? Ne répondez pas Monsieur Y, vous seriez de mauvaise foi. Cependant, c’est bien lui qui aura le droit de vote, pas Monsieur X. Certes, un contre-argument peut être que Monsieur X n’a qu’à demander la nationalité française. Il est fondé, j’y reviendrai également. Mais le but était de démontrer que la nationalité n’est pas forcément un critère pour savoir si vous êtes à même de prendre ou non les bonnes décisions au niveau local.

D’ailleurs, il est intéressant de regarder quels sont les critères qui permettent d’établir votre domicile électoral :
• Soit à la mairie de votre domicile,
• Soit à la mairie d'une commune dans laquelle vous êtes assujetti aux impôts locaux depuis au moins 5 ans,
• Soit à la mairie de votre résidence si vous y résidez de manière effective et continue depuis au moins 6 mois,
• Soit à la mairie de la commune où vous êtes assujetti à résidence obligatoire en tant que fonctionnaire public.

On s’aperçoit donc que l’on peut très bien voter dans une commune où on n’habite même pas. Il suffit d’être propriétaire sur la commune depuis au moins cinq ans. Bon, il est évident que c’est un cas d’école et que ce cas ne doit représenter qu’un nombre infinitésimal d’électeurs. Mais si j’écoute certains, ils doivent être abattus sur le champ !

En fait, de mon point de vue, le débat doit prendre de la hauteur et reformuler la question en se demandant sous quelle condition devient-on citoyen ?
La définition du mot citoyen est : Personne faisant partie de ceux qui, dans un état organisé, jouissent des mêmes droits et obéissent aux mêmes lois. Un étranger n’est donc pas un citoyen puisqu’il n’a pas le droit de vote.

L’étendue de la citoyenneté est un débat constant et légitime, car c’est une notion qui a beaucoup évoluée au cours de l’histoire. On pense évidemment au droit de votes des femmes qui va bientôt fêter ses 70 ans, mais on se souvient qu’au XIXème siècle, il a longtemps fallu être propriétaire ou justifier d’un certain revenu pour pouvoir voter. Plus récemment, on a abaissé l’âge d’entrée dans la citoyenneté de 21 à 18 ans.

Aujourd’hui, quelles sont les conditions pour être un citoyen en France :
- avoir 18 ans
- ne pas être déchu de ses droits civiques
- être de nationalité française…

…sauf qu’on l’a vu cette dernière condition souffre déjà des exceptions. Ce sont ces exceptions que certains, dont je fais pleinement partie, voudraient voir étendre.

Avant d’aller plus loin (pour ceux qui sont déjà arrivés jusque-là), un petit rappel. Les élections municipales sont des scrutins de liste. Donc ceux qui brandissent la crainte de voir apparaître des dérives communautaristes oublient de dire qu’il faut pour cela que se constituent des listes composées de personnes d’une même communauté. Et croyez mon expérience d’élu local, constituer une liste n’est pas une chose facile. Mais admettons. On oublie de dire également, que les postes de Maire et d’adjoints restent, et resteront dans le projet de réforme, réservés aux seuls citoyens français. Il faut donc que la liste en question soit composée d’un certain nombre de citoyens français. Une liste composée entièrement d’étrangers ne peut se constituer…

Bon, pour clarifier mon propos, mettons les pieds dans le plat. En gros, ce dont on a peur, c’est que des Magrébins barbus prennent le contrôle d’une commune de Seine-Saint-Denis. Déjà, dans beaucoup de ces communes, rien n’empêche une liste d’obédience islamiste de se présenter, du moment que ceux qui la composent aient acquis la nationalité française. Or, ces personnes existent déjà et aux dernières nouvelles, aucune mairie n’est tombée sous leur joug. Ah oui, mais si les étrangers votent, ils auront plus de voix et cela risque d’arriver…

Cela relève clairement du fantasme, mais admettons. On se retrouve là face à un typique « tant que le problème n’est pas trop visible, il n’existe pas ». Si jamais cela arrivait, le problème n’est pas que l’on ait donné le droit de vote des étrangers, mais que des territoires se retrouvent à ce point confinés dans leur statut de ghetto. Ce problème est une réalité que je ne vais pas développer ici, mais qui existera indépendamment de ces histoires de droit de vote. Et je reste persuadé que l’accorder à tous ceux qui font vivre ces territoires ne pourra qu’améliorer leur fonctionnement.

Pour finir (enfin dirons certains), j’en viens à la deuxième définition du mot citoyen : Celui qui habite dans une ville et y jouit du droit de cité. La commune reste l’échelon territorial administratif auquel on est profondément attaché, par lequel on est le plus concerné (en dehors du national bien sûr). Je le vis en tant que conseiller municipal. On n’a pas le même rapport avec sa ville de résidence qu’avec son département ou sa région, qui reste des notions largement administratives. Une commune, c’est une communauté de vie (non le mot communauté n’est pas un gros mot quand il n’est pas pris au sens de replis sur soi), où chacun joue un rôle et où chacun devrait avoir le droit de donner son avis, de participer à sa gestion et donc de voter pour désigner ceux qui en sont chargés. A Viroflay, nous avons une Allemande au Conseil Municipal et elle apporte une richesse au débat par un point de vue peut-être différent, mais tout aussi légitime que le mien (et pour le coup, on n'a pas du tout le même !).

Si je m’installe à Marseille, moi le Parisien, je serai toujours moins Marseillais que l’étranger qui habite cette ville depuis longtemps. Mais contrairement à lui, j’aurais le droit de vote. Et s’il vient d’un pays qui ne reconnaît pas la double nationalité, de quel droit vais-je lui demander de renoncer à sa première nationalité pour exercer un droit pour lequel il est plus légitime que moi ? C’est vrai que la France est un des rares véritable Etat-Nation et que nous restons très jacobins. Mais lier de manière irréductible nationalité, identité et citoyenneté ne correspond absolument pas à la manière dont chacun d’entre nous va se définir.

Après, on peut discuter à l’infini des modalités exactes d’une telle réforme. Faut-il l’accorder au bout de 5 ou 10 ans ? Personnellement, 5 ans me semble un bon chiffre. Les ressortissants de l’UE ont ce droit immédiatement, alors instaurer ce droit au bout de 10 ans seulement pour les autres serait pour moi totalement déséquilibré.

Après doit-on s’arrêter aux municipales ? Pourquoi pas les départementales ou les régionales ? Personnellement, je n’y serais pas opposé, mais vu le peu d’intérêt que ces élections suscitent, je doute que cela motive tellement plus les électeurs étrangers qui verront ces institutions comme des objets encore plus flous que les électeurs français.

Pour les législatives, je suis partagé. D’un côté, ce n’est pas totalement absurde que les étrangers qui payent des impôts élisent ceux qui en fixent le montant, alors que les Français de l’étranger ont désormais leurs députés (invention sarkozienne puisque ils sont censés voter plutôt à droite…) qui fixent le montant d’impôts qu’ils ne payeront de toute façon pas. Cependant, l’Assemblée Nationale prend aussi des décisions qui concernent la Nation en tant qu’entité. C’est pourquoi, je suis finalement tout de même plutôt opposé à étendre le collège électoral aux étrangers.

Pour le Président de la République, la question ne se pose pas. En tant que chef des armées, il ne peut naturellement être désigné que par les seuls électeurs nationaux.

En tout cas, je remercie tous ceux qui ont été au bout de cette lecture qu’ils soient ou non d’accord avec moi. Mais tant de fantasmes et d’inepties viennent troubler ce genre de débat qu’il m’a semblé important d’y apporter ma voix.

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