carlosghosnL’avantage quand on est riche et puissant, c’est que l’on peut se foutre de la gueule du monde sans vraiment craindre pour ses fins de moi. Si cette sentence peut paraître un cliché facile pour gauchistes convaincus, elle a pourtant été magnifiquement illustrée par Carlos Ghosn, le merveilleux patron de Renault. Son annonce de renoncement à 30% de la part variable de son salaire de 2012, si jamais l’entreprise arrivait à faire passer l’accord de compétitivité qu’elle veut imposer à ses salariés (consistant, pour faire court, à travailler plus pour gagner autant, voire moins) frise la provocation.

Petit rappel historique, Carlos Ghosn est arrivé en 2005 à la tête de Renault, auréolé d’un sauvetage inespéré de Nissan. Il a immédiatement présenté un plan ambitieux et s’est, au passage, augmenté de 40% pour porter la part fixe de son salaire à environ 1,2 millions d’euros. Le tout est complété par une part variable qui peut facilement doubler son salaire, comme en 2011. Le problème réside dans le fait que quasiment aucun des objectifs qu’il avait fixé n’ont été atteints. Renault perd régulièrement des parts de marché (au-delà de la baisse générale des ventes d’automobiles due à la crise et aux changements de comportement), si bien que certains soupçonnent une volonté de sa part de faire disparaître totalement Renault au profit de Nissan, entreprise qui le rémunère à une hauteur 5 fois supérieure.

Je n’irai pas jusque-là (non pas que je sois convaincu du contraire, je n’ai juste aucune opinion sur le sujet), mais cette affaire pose déjà deux questions. Déjà, on mesure à quel point la gouvernance des entreprises n’est plus guidée par la rentabilité financière à court terme. En effet, en diminuant sa production tout en maintenant ses profits, une entreprise préserve certes ses revenus mais perd du capital. Pour un particulier, cela revient à maintenir son train de vie en vendant son patrimoine. C’est évidemment une logique qui ne peut pas durer éternellement et qui surtout ne correspond en rien à un enrichissement. Depuis l’arrivée de Carlos Ghosn à sa tête, Renault n’est ni plus riche, ni plus solide, éventuellement parvient-elle à maintenir une certaine rentabilité à coup de licenciements et de délocalisation, ce qui représente une perte nette de capital humain. Même si certains ont du mal à l’admettre, ce dernier reste tout de même une des principales richesses d’une entreprise.

Ensuite, cela pose la question de la signification de la part variable des salaires des grands patrons. Dans mon ancienne boîte, une année s’étant soldée par un déficit m’a valu un chèque d’intéressement de 150 euros, ce qui ressemblait à un pourboire quand les bonnes années le montant approchait les deux mois de salaire. Mais au moins, cela avait un sens ! Les 1,5 millions de Carlos Ghosn en ont-ils un quand on considère qu’il n’a pas réussi à atteindre les objectifs qu’il avait fixé (et qui justifiait son augmentation initiale, rappelons-le) ? Quand on considère que Renault est vu comme une entreprise en déclin, mal positionné sur le marché et qui ne propose plus de produits innovants ?

Les défenseurs des rémunérations délirantes rappellent à l’envie que ces salaires sont mérités. Alors comment expliquer que Carlos Ghosn gagne chez Nissan sept fois plus que le patron de Toyota, pourtant premier producteur automobile mondial ? Certes, il a sauvé l’entreprise de la faillite et continue de bénéficier d’une certaine aura grâce à cela. On peut aussi opposer que le patron de Volkswagen gagne lui le double. Mais les résultats de la firme allemande font rêver tous ses concurrents. Tout cela démontre en fait un fonctionnement oligarchique totalement déconnecté d’une quelconque réalité ou performance. Ce ne sont pas tant les montants dans l’absolu que cette déconnection qui est grave. Tant qu’il arrose les actionnaires, un PDG peut s’octroyer tout l’argent qu’il veut sans que personne ne s’inquiète de la solidité à long terme des résultats. De toute façon, la variable d’ajustement sera l’emploi, pas le salaire, y compris la part variable, de sa direction.

Carlos Ghosn a essayé de nous faire croire le contraire, mais c’est trop gros pour être convaincant. Au football, quand une équipe va mal, on commence souvent par virer l’entraîneur. Chez Renault, personne ne semble avoir compris que l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne »a un corollaire en cas de mauvais résultats. En attendant, les salariés, eux, savent bien ce qu’ils risquent de perdre !

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