episode4En cet été 2008, bien calé dans ma chaise-longue, j'attaque la lecture du recueil des contributions, dont l'écriture constitue la première étape qui doit mener au Congrès du Parti Socialiste qui aura lieu à Reims. J'ignore alors totalement dans quoi je m'embarque. J'ignore aussi alors totalement que je suis en train de commettre un acte totalement incongru pour un militant socialiste. Certes, le document fait 200 pages, mais pour moi en prendre connaissance m'apparaît parfaitement naturel. La suite me prouvera qu'il n'en est rien.

Lorsque j'ouvre le document, je pense être relativement sûr de mon futur choix. Je soutiendrai Bertrand Delanoë ! François Hollande ayant annoncé qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat de premier secrétaire, le Maire de Paris semble le mieux placé pour assurer un nouveau leadership. Il est alors le grand favori et beaucoup imagine que tout cela l'emmènera vers une candidature à l'Elysée. Mais je garde l'esprit ouvert et me plonge dans les textes en me disant que je soutiendrai le plus convaincant.

Tous les grands leaders signent un texte : François Hollande, malgré son retrait, Bertrand Delanoë donc, Ségolène Royal, Martine Aubry, Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, mais aussi Pierre Laroutourou et Jean-Luc Mélenchon, puisqu'ils font encore partie du PS. Les 21 textes sont globalement d'un très bon niveau intellectuel. Sans doute, est-ce le moment où le parti aura atteint son apogée en termes de débat d'idées. Dommage que tout ce qui suivra détruira tout... En tout cas à ce moment-là, je suis particulièrement fier d'être adhérent socialiste.

Si la plupart des textes sont très bons, certains sont cruellement décevants. En premier lieu, ceux de Martine Aubry (avec le recul, je peux désormais dire « comme d'habitude »)... et celui de Bertand Delanoë. On y sent une volonté de consensus mais qui limite terriblement la porté des propos. En gros, ça se limite à « il y a trop d'injustice, donc il faut moins d'injustice ». Mais rien, quasiment rien sur les moyens d'y arriver. Celui de Ségolène Royal est par contre très riche, alliant un propos politique d'une grande hauteur et des propositions concrètes. Sa contribution est pour moi (avec celui de Hollande, mais puisqu'il ne se représentait pas, j'ai écarté ce choix) de loin la meilleure. Je décide donc de la soutenir.

Visiblement, ce schéma assez simple apparaît vite comme assez exceptionnel parmi mes chers camarades. Les discussions en section montre que la plupart d'entre eux n'ont pas ou peu ouvert le document. Beaucoup mettent en avant que finalement il y n'y a quasiment aucune différence entre les textes. Pourtant, de Gérard Collomb à Jean-Luc Mélenchon, le PS abritait encore une large partie du spectre électoral.

A la rentrée, une réunion est organisée au niveau du département pour présenter les différents textes. Une quinzaine d'orateurs sont à la tribune, dont Pierre Moscovici, qui a lui aussi signé un texte. C'est une occasion de voir pourquoi certains bénéficient d'un statut de leader. La télévision écrase considérablement le charisme. Il n'y a aucune comparaison avec les simples militants dont le discours est ponctué de « euh », le plus souvent le nez dans leurs notes. Les discours de Moscovici est à l'inverse clair et fluide, les arguments s'enchaînent avec conviction, sans aucune fiche d'aucune sorte. Je mesure toute la différence, et surtout l'écart, avec mes propres capacités, après ma tentative avortée d'interventions en Conseil Municipal sans note.

A la tribune, il y a aussi un intervenant pour défendre la contribution de Jean-Marc Ayrault. Je trouve ce choix étonnant. En effet, quand l'immense majorité des textes font une vingtaine de pages, celui de l'ancien Maire de Nantes ne fait que trois ou quatre pages sans grand intérêt. Quelques jours plus tard, je l'interroge sur ce choix. Il se justifie par des arguments liés à un positionnement purement politique, du genre une volonté de soutenir Royal mais sans lui donner un blanc-seing, une volonté de ne pas soutenir dès les contributions un ou une candidate au poste de premier secrétaire. Je lui réponds « oui mais le texte est sans intérêt ». Il me répond alors... « Je ne sais pas, je ne l'ai pas lu... »... Il l'a pourtant défendu à la tribune devant une salle entière.

Ce même soir à la tribune, le même intervenant sort qu'il pense que tout le monde peut être utile au sein du Parti « y compris l'aile gauche ». Une maladresse qui lui ressemble et qui lui vaut les sifflets d'une partie de la salle, surtout les plus jeunes. Sur le moment, je trouve ça amusant et surtout assez mérité. Siffler un camarade à la tribune, voilà qui me semble encore quelque chose d'exceptionnel et que je ne pense pas revoir de si tôt. La fin des illusions est plus proche que jamais.

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