episode12Après avoir négligé quelque peu cette chronique, il est temps d'y revenir avec un épisode qui prête plutôt à sourire, mais qui en dit long sur le fonctionnement du Parti Socialiste (et de tous les partis politiques en fait). Bon, il est vrai que je dis ça à peu près à chaque billet, je l'admets. Je vais donc vous parler de la Coopol, acronyme de Coopérative Politique. Je suis sûr que je viens de réveiller un mot oublié depuis longtemps chez les vieux militants et en prononcer un totalement inconnu chez les autres.

La Coopol était un réseau social destiné aux adhérents du PS et aux sympathisants. Un projet particulièrement ambitieux qui a été mené à peu près n'importe comment, qui a coûté un prix faramineux pour constituer au final un bide retentissant. A la limite, j'aurais presque envie de m'arrêter là, puisque tout est dit, mais je vais quand même vous contez de manière un peu plus précise comment ce fiasco s'est déroulé.

Tout cela partait pourtant d'une bonne idée. Développer un outil « réseau » pour un parti politique à la base militante forte et structurée localement comme le PS n'avait rien d'absurde. Un outil sur mesure qui offrirait à chacun des outils utiles à l'exercice de ses fonctions dans le parti, voilà qui aurait pu représenter une vraie source de progrès et surtout assurer une certaine continuité. Ainsi, par exemple, quand un secrétaire de Section changerait, le nouvel élu aurait pu retrouver un historique, une liste de contacts à jour, quelle que soit la manière dont la transition se serait déroulée. Bref, dans l'absolu, l'opération avait tout pour être un succès.

Tout ceux qui se sont frottés au déploiement de ce genre d'outils le savent bien. La réussite est délicate et nécessite au strict minimum trois choses: du temps, de la compétence et de la communication. Le déploiement de la Coopol s'est évidemment déroulé sans aucun de ces trois éléments, ce qui explique largement l'échec.

Du temps donc. Sauf que la Coopol s'est déployé dans une totale précipitation. Pourquoi une telle urgence ? L'UMP avait annoncé qu'il lançait lui aussi son propre réseau social. Il fallait absolument les devancer. Pourquoi ? Euh bah parce que ! Lorsque la Coopol est lancée, l'outil est encore loin d'être finalisé. On imagine que l'analyse des besoins a été vite fait mal fait et beaucoup des fonctionnalités qui aurait vraiment fait la différence par rapport à un simple boîte mail n'étaient encore pas présentes. Et surtout, le lancement s'est fait immédiatement à grande échelle. L'ensemble des adhérents et même les sympathisants sont invités à l'utiliser !

Ce genre d'outil se déploie progressivement à partir d'un noyau chargé dans un premier temps de le tester puis de le faire vivre, avant d'agglomérer des nouveaux utilisateurs progressivement. Vouloir en lancer un, non finalisé, rapidement et à grande échelle, représentait déjà un défi totalement insurmontable. Surtout quand on manque à ce point de compétences. Je ne veux surtout pas jeter la pierre aux permanents et aux militants qui ont œuvré à son déploiement. Je veux juste rappeler que ce genre d'opération constitue un métier, qui demande une formation spécifique. On touche là vraiment la limite des systèmes militants à grande échelle. La bonne volonté, l'enthousiasme et l'implication ne font pas tout et poussent à commettre des erreurs liées à certaine forme de naïveté. Croire que l'opération « Coopol » pouvait marcher relever tout à fait de cette dernière.

Enfin, il reste la communication et la pédagogie. Je peux d'autant mieux en parler que j'ai été chargé de cette dernière pour les Yvelines. Et oui, même si je prends du recul désormais, je ne prétends pas du tout avoir été exempt de cette naïveté que j'évoquais précédemment. Au niveau de ma Section, je me suis heurté à mon Secrétaire qui n'a jamais vu l'intérêt de cet outil. Il est vrai, je l'ai déjà souligné, que ma Section marchait particulièrement bien à l'époque, alors c'était d'autant plus difficile de faire changer des habitudes, surtout avec un outil aussi imparfait.

Au niveau fédéral, cette fonction m'a permis de vivre deux beaux moments de la vie interne de la Fédération des Yvelines. J'ai présenté d'abord la Coopol au Secrétariat Fédéral, c'est à dire l'instance où se réunissent les différentes personnes chargées de faire vivre et travailler des groupes thématiques... Si, si, ça a existé à une époque dans les Yvelines. Le contexte était particulier, suite à au décès de notre Premier Fédéral, la fédération étant dirigée transitoirement alors par deux vice-Secrétaires, entrée dans une phase de détestation absolue. Si j'ai pu réaliser mon intervention dans une certaine écoute, je me suis retrouvé au milieu de l'assemblée, en mesure d'entendre ce que murmurait chacun des deux à leur voisin, chacun à un bout de la table. Chaque prise de parole de l'un provoquait des commentaires désobligeants de la part de l'autre. Bonne ambiance !

Ma seconde intervention s'est déroulée en Conseil Fédéral, soit le « parlement » de la Fédération. Les circonstances ne m'ont pas aidé. Je me suis retrouvé en fin de programme, vers 23h, et la réunion avait lieu exceptionnellement dans une salle à l'acoustique déplorable. Du coup, personne ne m'écoutait, ceux qui auraient bien voulu ne m'entendaient pas et la salle me renvoyait un brouhaha absolument insupportable. Par contre, j'entendais bien les commentaires désagréables (sur le projet, pas sur moi, mais quand même) d'un personnage absolument exécrable que j'ai déjà évoqué dans un épisode précédent. Bref, je me suis vraiment demandé ce que je faisais là, pourquoi j'étais venu perdre ma soirée et traverser la moitié des Yvelines pour subir ça.

Suite à ça, ayant accompli le minimum de ma mission, je laissais la Coopol mourir de sa belle mort et décidais de ne plus mettre les pieds à la Fédération pour un moment...

J'aurais pu arrêter mon billet là, mais il y a un petit épilogue. En effet, pour préparer ce billet, j'ai essayé de voir si la Coopol existait encore et si je pouvais encore me connecter. Et bien la réponse est oui... Je n'y ai relevé absolument aucune activité récente, mais le PS continue de payer pour faire vivre cet projet totalement mort né. Vous avez dit incompétence ?

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