episode14Le résultats des scrutins intermédiaires ne laissent guère de doute. Nicolas Sarkozy ne serait pas réélu et le candidat du Parti Socialiste avait toutes les chances de devenir le prochain Président de la République. Restait à le désigner et, avant cela, choisir la manière dont il serait désigné. Ce débat, comme beaucoup d'autres au PS, ne pouvaient être totalement compris sans être capable de décoder les intentions de chacun se cachant derrière les discours pleins de bonnes intentions désintéressées.

Sur la table du débat étaient posées deux options. Soit une désignation classique par les membres du Parti, soit une primaire ouverte à tous ceux qui voudraient bien se reconnaître comme sympathisant socialiste. Cela ressembla à une sorte de controverse entre les anciens et les modernes. Bon, peut-être que cette vision vient de mon jeune âge à l'époque. En tout cas, les arguments pertinents des deux côtés ne manquaient pas, même si je trouvais personnellement beaucoup des objections avancées par les opposants aux primaires ouvertes totalement infondées. Elles se révélèrent l'être d'ailleurs, mais à l'époque, organiser une telle désignation s'assimilait à un saut dans l'inconnu et il est facile de se donner raison avec le recul.

Un débat purement intellectuel alors ? Un débat où chacun avançait les idées qui lui semblaient les plus justes en son for intérieur ? Il n'en n'était évidemment rien. En fait, tout cela se croisait avec un débat beaucoup plus personnel. Parmi les opposants aux primaires ouvertes, on comptait un nombre étonnement élevé de supporters de Martine Aubry. En effet, garder un mode de désignation interne, constituait le meilleur moyen de désigner comme candidate la Première Secrétaire du Parti. Mais pour preuve qu'elle n'en tenait pas les rennes si fermement puisque les partisans des primaires ouvertes réussirent à faire adopter ce mode de désignation. Une fois, ceci fait, on pouvait en être quasiment certain, Dominique Strauss-Kahn serait le prochain Président de la République.

On sait ce qu'il advint, prouvant que l'histoire prend parfois des chemins passablement inattendus. Je me souviens avec une clarté absolue du moment où ma copine de l'époque m'a annoncé l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Cela fait partie de ses événements assez marquants pour que l'on se souvienne toute notre vie précisément de ce que l'on faisait au moment où l'a appris. Bon, pour celui-ci en particulier, cela concerne avant tout les militants socialistes, mais en tout cas il est bien gravé dans ma mémoire.

Il serait vraiment malhonnête de ma part de me prétendre être un « hollandais » de la première heure. J'en connais des véritable, d'autres qui ne le sont que dans leurs discours. De mon côté, j'admets volontiers que l'annonce de sa candidature aux primaires avaient fait naître chez moi un sourire amusé et condescendant, trouvant cette ambition un rien pathétique. Mais il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis et j'ai la prétention de ne pas en être un. Je finis donc par examiner la situation et me rendre compte que François Hollande était bien le candidat avec qui je partageais le plus d'idées.

Je ne fis pas campagne dans ces primaires mais vota François Hollande pendant les deux tours, avant de me réjouir sincèrement de sa victoire. Mais ces primaires restent à ce jour un des meilleurs souvenirs de mon parcours de militant. La participation fut remarquable, même à Viroflay. Quelle joie de voir défiler tous ces électeurs de gauche dans une commune où ils semblaient sortir de nul part. Cela mettait un visage aux électeurs qui nous apportaient leurs voix aux élections et cela donnait du sens à notre action au sein du Conseil Municipal et aux campagnes que nous menions à chaque élection.

J'aurais évidemment à reparler des primaires dans un épisode proche de la conclusion de ce récit. Ce chapitre sera alors nettement moins réjouissant. Mais pas assez en tout cas pour me faire oublier ce beau moment de démocratie qui donna à François Hollandais et tous ceux prêts à s'engager à ses côtés un élan incomparable. Les primaires sont comme tout, ni la panacée, ni une calamité. Mais là encore, éviter un débat trop manichéen semble hors de portée. Et pendant ce temps là, les citoyens perdent foi en la démocratie.

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