episode16Autant vous avertir tout de suite, ce billet sera particulièrement égocentrique. Mais voyez-vous, être élu d'opposition dans une ville aussi moyenne que Viroflay revient un peu à prêcher dans désert. Alors quand vous consentez beaucoup d'efforts, quand vous vous investissez à fond dans quelque chose et surtout quand vous êtes brillant, tellement plus brillant que d'autres, il n'y aura pas grand monde pour le savoir et pour le souligner. Surtout que votre principal public reste quand même vos principaux adversaires formant la majorité, qui se pendraient plutôt que de vous faire un compliment (sauf le jour de votre départ évidemment... mais là aussi j'y reviendrai).

J'ai été élu municipal pendant près de huit et demi. J'ai travaillé sur bien des sujets, plus ou moins profondément. J'ai du acquérir des compétences, comme savoir décrypter une budget et une comptabilité municipale. Mais rien ne fut comparable à ce que j'aurais accompli dans le suivi et évidemment la critique du projet du Plan Local d'Urbanisme (PLU) aura occupé à peu près la moitié du temps que j'aurais passé au Conseil Municipal de Viroflay. Ce dossier, je m'y serai plongé totalement, me documentant pour mieux le comprendre, comparant ce que nous faisons avec ce qui se faisait ailleurs. Bien sûr, mon activité professionnelle ayant trait au foncier agricole, j'avais quelques connaissances de base qui m'ont facilité la vie, mais dans un contexte trop différent pour m'épargner certains efforts. Quand vous êtes élu d'opposition, vous réalisez vite que vous ne disposez pas d'employés municipaux pour vous aider et apporter leurs compétences. Vous êtes seul et vous devez tout maîtriser, le camp d'en face étant à l'affût du moindre faux pas.

La séance lançant la procédure aura été l'occasion de mon premier grand discours. Dix bonnes minutes sans note (cf. l'épisode 3) pour déjà marquer notre différence. Dès ce jour-là, on sentira à bien tout ce qui nous séparait au fond de la majorité municipale viroflaysienne. Cette dernière est là pour gérer les choses au mieux, quand nous sommes habités d'une mission. Nous voulons rendre le monde meilleur. Evidemment, ce n'est pas le PLU de Viroflay qui pouvait sauver la planète. Mais ce qui aura toujours guidé mes choix et mes prises de position, c'est bien la volonté de faire à travers ce document tout ce qui était en notre pouvoir, aussi limité soit-il, pour aider à résoudre les grands problèmes environnementaux et sociaux, dans l'espoir que si toutes les communes faisaient de même, alors il existerait une chance réelle qu'ils soient résolus.

Tout ce travail durera près de trois ans avant d'aboutir sur un projet qui est donc soumis à l'approbation du Conseil Municipal. C'est ainsi le moment d'exposer tous les fruits de ma propre réflexion. J'ai fait ce jour là la plus longue intervention de ma carrière d'élu. Et très certainement la meilleure. J'ai souligné ce jour-là tout ce que le PLU aurait pu être et qu'il n'était pas. Je mis en lumière la manière dont il ne contribuait pas comme il le faudrait au développement de l'offre de logements, à la préservation des espaces agricoles, à la lutte contre le réchauffement climatique. Les arguments étaient travaillés, étayés et je les maîtrisais totalement. Ce jour-là, j'ai eu le sentiment profond et sincère d'avoir les capacités d'être un maire d'une toute autre carrure que celui qui occupe le poste. Je voyais tellement plus loin que cette majorité qui semblait penser parfois que leur ville flottait au milieu de rien. Ce jour-là, je fus profondément fier de moi et je crois que j'avais de quoi l'être.

A la fin de la séance, le leader de l'autre opposition viendra me féliciter. Cela restera le seul signe me confortant dans mon auto-satisfaction. En effet, même quand un sujet aussi important est abordé, les spectateurs pouvaient se compter sur les doigts d'une main (ou les deux les jours de grande affluence). Nul journaliste, nulle caméra n'étaient là pour témoigner de mon moment de gloire. Alors que les élections municipales se rapprochaient, personne ou presque parmi les Viroflaysiens n'eut conscience à quel point j'avais pu être bon, tellement meilleur en tout cas que nos adversaires. Me voilà donc condamné à un exercice d'auto-satisfaction sur mon blog. Et personne n'est obligé de me croire.

Je mesurerais toute l'étendue de cette indifférence quelques semaines plus tard. Ce long discours, je l'ai transformé en un texte pour notre petit journal que nous diffusions de temps en temps auprès de la population. Je l'ai ramené à deux pages Word, quand le texte d'origine faisait beaucoup plus. Deux petites pages de texte pour un sujet aussi important, deux pages parlant du document qui va décider et structurer l'évolution du visage de la ville pour au minimum les dix prochaines années, ça ne me semblait pas grand chose. Pourtant, à l'occasion d'une fête chez des amis, j'ai eu l'occasion de discuter avec une de nos électrices fidèles. Fidèle parce que « de gauche », mais sans savoir grand chose de notre action. Elle me parle pourtant du numéro où nous parlions du PLU et me dit qu'elle l'a lu. Je me dis alors que tout cela n'était pas si inutile. Avant qu'elle ne m'avoue, après quelques secondes d'hésitation, qu'elle n'a lu que le début parce que c'était un peu long...

Peut-être bien que mon texte n'était pas assez bien écrit ou intéressant pour passer dix petites minutes à le lire. Peut-être. Ce jour-là j'ai mieux mesuré tout ce qui ne servait à rien, ou pas grand chose, dans le jeu politique. Comme avoir des grandes idées fondées et pertinentes par exemple. C'est malheureux, mais c'est comme ça. Reste un peu d'aigreur sans doute. Mais heureusement, un peu de fierté aussi. Les grands problèmes attendront encore avant d'être résolu. Au moins, j'aurais fait ce que j'ai pu. Même si ça n'aura servi à rien.

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