episode23Mener une campagne électorale, c'est mener de front trois dimensions différentes : le fond, la forme et l'administratif. Ce qui demande évidemment beaucoup de travail. A l'époque des municipales 2014, j'avais « la chance » d'occuper un emploi me laissant beaucoup de liberté et surtout de temps. Comme beaucoup d'aventure exaltante, on se lance dans un telle campagne en sous-estimant largement le temps que cela va vous prendre au final. Je n'ai pas décompté précisément le temps que j'y aurais consacré, mais je peux résumer ça à un bon mi-temps pendant quatre à six mois, surtout en ayant fait le choix de faire toutes les mises en page moi-même.

Les trois aspects se mènent de front. La difficulté est de trouver le bon équilibre pour ne rien négliger. Il faut avancer dans toutes les directions à la fois, ce qui s'avère particulièrement chronophage. J'ai choisi de ne pas vous raconter les choses chronologiquement, déjà parce que j'aurais bien du mal à me rappeler les événements de cette façon et surtout parce que c'est sans doute la meilleure façon de ne rien oublier.

Choisir les thèmes de campagne quand on est dans l'opposition peut être soit particulièrement facile, soit particulièrement difficile. Tout dépend si l'équipe municipale sortante a fait naître ou non de vrais motifs d'insatisfaction dans la population. A Viroflay, ces derniers naissaient avant tout chez les riverains de certains projets d'urbanisme. Cela nous posait deux problèmes : cela concernait au final assez peu de monde (contrairement à ce que fantasmait la deuxième opposition qui surfait allégrement sur cette vague là, en pensant sincèrement que ça leur permettrait de gagner) et surtout nous reprochions avant tout au maire de ne pas en faire assez en la matière, quand les mécontents en question souhaitaient qu'il en fasse encore moins. Au final, c'est un sympathisant qui résuma le mieux la situation en me demandant un jour : « bon, je suis de gauche alors je vote pour vous, mais vous lui reprochez quoi au juste au maire ? ».

Il y avait pourtant bien des choses à redire. Mais dans une ville dont la population est infiniment plus aisée que dans la majorité des communes, les reproches que nous pouvions formuler portaient sur des éléments techniques et difficiles à percevoir par la population. De petites mesquineries budgétaires qui touchaient généralement les plus modestes et surtout le fait qu'à force d'être « prudente », la commune avait tout simplement trop d'argent. On associe le plus souvent la mauvaise gestion de comptes publics à des déficits et de l'endettement excessifs, mais à Viroflay, le problème résidait dans les excédents trop généreux et le désendettement trop rapide. Concrètement, la majorité avait réalisé toute un série d'économies ne se justifiant pas, sauf si l'objectif avait été de baisser les impôts, ce que la commune n'a évidemment jamais fait. Le mieux est parfois l'ennemi du bien, mais ce principe fait un très mauvais slogan électoral. Ca peut vite être compris comme une manière de souligner que votre adversaire est trop bon...

J'ai donc fait un choix assez radical, et vraiment peu fréquent dans une campagne électorale menée par une opposition. Nous n'avons jamais dit un seul mot sur la politique du maire sortant dans nos différents documents de campagne (à part éventuellement un exemple de mauvais aménagement en termes d'accessibilité). Nous nous sommes simplement contentés de présenter notre projet, de l'expliquer, d'en présenter les bénéfices attendus dans l'absolu et non par rapport à qui ou quoi que ce soit. Je ne crois pas que cette attitude nous ait rapporté la moindre voix, mais je ne crois pas que nous aurions tiré le moindre bénéfice de taper sur le maire sortant à longueur de tract. J'avoue que je suis assez fier de ce choix, celui d'avoir fait de la politique comme j'estime qu'elle devrait être toujours menée, en résistant à plus bas instincts d'opposant.

Pour établir notre programme, nous avons vraiment bossé. Personnellement, j'ai passé pas mal de temps à rechercher des initiatives qui avaient marché ailleurs, téléphoner à des élus d'autres communes pour qu'ils me parlent de leur propre expérience. Le résultat, bâti autour de trois priorités (logement, énergie, accessibilité), était (en toute objectivité bien sûr) solide et à même de défendre l'intérêt général à l'échelle de Viroflay, et non plus simplement l'intérêt des Viroflaysiens. Ce sont bien ces deux conceptions de l'action publique qui nous a toujours opposés à la majorité et se traduisait dans nos programme respectif.

Au final, malgré tous nos efforts pour les faire connaître (ça sera l'objet du prochain billet), quelle était la part de la population de la commune capable de vraiment cerner et identifier nos propositions et les différencier de celles de la majorité sortante ? Une partie bien trop infime pour espérer que la qualité du fond bouscule réellement les équilibres, surtout dans une commune de l'agglomération parisienne où les questions purement municipales ont beaucoup moins d'impact qu'ailleurs. Cela se ressentira au moment des résultats... Mais de ça aussi, j'en parlerai bientôt...

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