episode28Il est temps de quitter Viroflay pour reprendre le fil de mon récit à l'échelle nationale. La déroute socialiste aux municipales aura eu en effet une conséquence quasi immédiate : le départ de Jean-Marc Ayrault de Matignon et l'arrivée de Manuel Valls. Certains qualifieront cet événement de tournant du quinquennat, mais je ne partage pas vraiment cette vision des choses. Parce que je reste convaincu que ce choix fut avant tout un choix par défaut et même aujourd'hui, je ne vois pas qui aurait pu être nommé à sa place. Il est une conséquence. Pas une cause.

En politique, quand vous devez faire face à un tel choix, vous avez deux options. Soit vous nommez quelqu'un au centre de votre électorat, soit quelqu'un au centre de l'opinion. Les deux options présentent leurs avantages et leurs inconvénients et je ne crois pas que l'une soit meilleure que l'autre dans l'absolu. A mon sens, François Hollande n'a pas vraiment eu le choix car son électorat s'était déjà largement délité. La catastrophe des municipales s'expliquait largement par la bouderie d'une partie de l'électorat de gauche. Il aurait pu en effet tenter de le reconquérir, mais cela semblait difficile sans appuis politiques. Or, une partie du PS était déjà embarquée dans un esprit de Fronde et les représentants d'EELV n'attendaient qu'un prétexte pour quitter le gouvernement. C'est la malédiction de la présidentialisation à outrance du système politique français. Quand vous êtes un Président fragilisé, vous perdrez définitivement des alliés, chacun se positionnant déjà pour l'échéance suivante en misant sur votre défaite.

François Hollande ne pouvait donc que choisir un Premier Ministre correspondant à un point d'équilibre de l'opinion. Or, à l'époque personne d'autre ne l'incarnait mieux que Manuel Valls, si ce n'est peut-être François Bayrou, mais le Président aurait alors totalement perdu le PS. Je doute que François Hollande ait été assez naïf pour ignorer son caractère clivant et ses ambitions personnelles qui ne manqueraient pas de naître. Le principe même d'un choix par défaut est bien d'avoir des défauts. Evidemment, vu comment tout cela s'est fini, il serait tentant de se lancer dans les « et si... ». Et si Bernard Cazeneuve... Et si un choix audacieux... mais c'est évidemment un exercice vain et facile.

Il ne faut pas oublier non plus, même si les intéressés ne s'en vantent sûrement pas, que Manuel Valls a bénéficié du soutien appuyé d'Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon. Ces deux derniers cherchaient avant tout à se débarrasser de Jean-Marc Ayrault et à marquer l'arrivée de leur génération au sommet (à une marche près). Ils ont cependant fait définitivement pencher la balance du côté de l'ancien Maire d'Evry. Quand on connaît la suite (voir la fin du billet), on peut là aussi se dire que c'était une erreur de faire confiance à cet attelage et qu'il était évident qu'il ne tiendrait pas la route. Mais c'est toujours plus facile de voir les évidences du passé. Beaucoup plus difficile de connaître celle du futur.

Cela faisait déjà de longues années qu'en tant que militant socialiste, je ne portais pas Manuel Valls dans mon cœur. Non pas pour forcément pour ses idées, mais plutôt au contraire pour son absence d'idées. Pour moi, il était celui qui prenait systématiquement la parole pour contester le bien-fondé des positions prises par le PS, quelles qu'elles soient. Une façon assez efficace pour exister médiatiquement car il était devenu le bon client qui va gentiment cracher sur ses camarades dès qu'une caméra se présentait. Par contre, jamais il n'avait proposer un texte au moment des congrès du Parti et je reste convaincu que ce n'est pas quelqu'un qui n'a jamais eu de convictions profondes. Il s'est construit politiquement en suivant le vent, plus qu'en soufflant lui-même.

Lors de son passage au Ministère de l'Intérieur, il avait continué son numéro de mec de gauche qui dit des trucs de droite pour se démarquer des copains. Si c'était horripilant quand le PS était dans l'opposition, une fois au pouvoir, ça commençait à devenir nettement plus problématique. Après, je fais partie des rares personnes de gauche à ne pas considérer qu'en dehors de mon propre spectre idéologique étroit, il n'y a que le mal et la vilenie. J'espérais sans doute naïvement qu'arrivée si près du sommet, il changerait quelque peu de manière de fonctionner. Je lui reconnaissais également sa grande loyauté depuis le soir des premiers tours des primaires où il s'était rangé derrière Hollande. Enfin, j'espérais surtout que la politique entreprise finirait pas porter ses fruits, au grand bénéfice des Français, et que c'est son gouvernement qui les récolterait.

Un gouvernement sans représentant d'EELV donc. Vu le peu d'amitié que j'ai pour ce parti et pour beaucoup de ses idées, j'aurais pu m'en réjouir. Surtout que, comme je l'ai déjà souligné plus haut, cela devait forcément arriver, car un tel allié en politique va toujours finir par s'éloigner de vous pour vous concurrencer à une échéance électorale prochaine. Au moins, c'était fait ! Mais évidemment, cela rétrécissait encore le spectre politique sur lequel François Hollande pouvait s'appuyer.

Quelques mois plus tard, le 23 août, Arnaud Montebourg organise la Fête de la Rose dans ses terres de Saône et Loire. Il sait parfaitement ce qu'il compte faire ce jour-là. Pour donner plus d'ampleur à son futur coup d'éclat, il invite Benoît Hamon, sans lui dire ce qu'il prépare. Il le fait boire un peu, pour qu'il baisse sa garde. Puis Arnaud Montebourg se lance dans un grand discours contre la politique du gouvernement dont il fait parti. Benoît Hamon le suivra dans ses élans, mais lui de manière totalement improvisée. Arnaud Montebourg obtiendra ce qu'il cherchait. Il est viré du gouvernement et se voit déjà comme sauveur de la gauche en 2017. Benoît Hamon le suit dans la charrette, mais sans l'avoir du tout cherché, lui qui venait d'obtenir le prestigieux Ministère de l'Education. Il doit abandonner ses ambitions et des projets de réformes. Beaucoup de ses proches, dont une partie venait de la Fédération des Yvelines où il s'était implanté, se retrouve au chômage du jour au lendemain, sans l'avoir vu venir.

Le destin rend parfois la monnaie de leur pièce aux grands guignols et les deux compères n'ont toujours pas connu le destin dont il rêvait ce jour là. Ils auront par leurs manœuvres mesquines craché sur l'idée même de l'unité qui sous-tend un parti politique. Ils auront à jamais perdu mon respect car au-delà du PS, ils ont ainsi avant tout renoncé à leur capacité à défendre l'intérêt général à travers leur fonction de Ministre, pour assouvir leurs ambitions mal placées. En politique, évidemment, une rédemption est toujours possible. Rien n'indique qu'ils ne la connaîtront pas. Tout comme Manuel Valls d'ailleurs. Mais franchement, je pense vraiment que notre pays peut se passer de ces trois-là...

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