preciousafficheVoir un personnage se battre pour s’extraire d’une situation sociale précaire sous l’influence d’un mentor est une histoire mille fois racontée au cinéma, pour le meilleur et aussi souvent pour le pire. Généralement armés des meilleures intentions, ces films dégoulinent souvent de bons sentiments, dans lesquels le message sombre et se déconnecte totalement d’une réalité qui ne ressemble que rarement à un conte de fées. Alors quand un film nous propose un point de départ plus sordide que jamais, on peut prendre peur et s’attendre au pire. Mais parfois le pire est évité et nous offre le meilleur. Nous offre Precious.

Clareece Precious Jones a 16 ans. Elle est obèse et enceinte de son deuxième enfant, conçu, comme le précédent, lors d’un viol par son propre père. Sa mère ne décolle pas du canapé d’où elle regarde la télévision à longueur de journée et traite sa fille avec violence et mépris. Bref, pas vraiment une vie de rêve, surtout que la jeune fille se fait renvoyer de son lycée suite à sa grossesse. Mais sa directrice l’envoie dans une école alternative, où elle trouvera enfin le respect et l’écoute.

Au début de Precious, on se demande bien comment on va pouvoir aimer ce personnage. La plaindre, la prendre en pitié ne posent pas de problème, vue la situation dans laquelle elle est plongée. Mais l’affection repose sur autre chose. Le miracle de ce film est de nous faire apprendre à aimer son héroïne au fur et à mesure qu’elle va s’ouvrir et prendre sa vie en main. Le spectateur emprunte un chemin certes très différent de celui de la jeune fille, mais un chemin parallèle. Certains refuseront sans doute de le suivre. Mais ceux qui l’emprunteront ne le regretteront pas un seul instant.

N’allez pas imaginer que Precious se termine par une remise de diplôme à la fac ou un mariage. Oh, vous pourrez toujours imaginer que l’histoire finira pas s’achever ainsi, mais ce film n’est pas un conte de fées. C’est une histoire dure, parfois crue. Mais une histoire pleine d’un optimisme que l’on ne pouvait pas soupçonner au premier abord. Il n’y a pas de miracle ou de happy end mielleux. Simplement, un personnage qui décide de se sortir de l’enfer, même si le paradis semble hors de portée.

Evidemment, ce film possède les mêmes limites que tous les autres du même genre. Pour une Clareece, combien resteront au fond de leur misère et s’y enfonceront inexorablement. On sait bien que rien n’est aussi faux dans la réalité que l’idée que l’on peut toujours s’en sortir par la simple force de sa volonté. La rencontre entre Clareece et Miss Rains est un coup de chance dont une infime minorité bénéficie au cours de son existence. Mais aussi exceptionnelle soit-elle, le parcours de cette jeune fille ne vaut-il pas d’être raconté ? Même si l’espoir est infime, ne doit-il pas être cultivé ?

preciousMais au delà du message, Precious fonctionne aussi bien grâce à de formidables acteurs. Gabourey Sidibe, pour sa première apparition sur grand écran, est déjà tombée sur un rôle exceptionnel comme les meilleurs carrières en comptent peu. Un peu comme si on passait directement de la pataugeoire à la piscine olympique. Mais jamais elle ne s’y noie, sans pour autant marcher sur l’eau. Mais une plus « grande » actrice en aurait peut-être trop fait et n’aurait pu rentrer avec le même bonheur dans la peau de ce personnage si renfermé et si passif (dans un premier temps).

Le vrai numéro d’acteur nous est offert par Mo’Nique, primée aux Oscars et qui interprètent une mère terrifiante. A côté d’elle, Freddy, c’est un bisounours ! L’ultime scène de Precious est un vrai moment d’émotion et de force pures et c’est largement grâce à elle. Les curieux apprécieront également l’apparition d’un Lenny Kravitz en infirmier et surtout de Mariah Carrey en assistante sociale. J’avoue ne pas du tout l’avoir reconnue. Il faut dire, complètement habillée, c’est tout de suite plus difficile… Plaisanterie mise à part, elle représente ici une vraie révélation.

Precious est un film profondément touchant. Certes, on a bien du mal à s’identifier au personnage, mais on apprend à l’aimer. Et puis, un peu d’optimisme dans un monde dégueulasse, ça ne fait jamais de mal.

Fiche technique :
Production : Elephant Eye
Réalisation : Lee Daniels
Scénario : Damien Paul, d'après le roman de Sapphire
Montage : Joe Klotz
Photo : Andrew Dunn
Décors : Rochelle Berliner
Distribution : ARP Sélection
Son : Ken Ishii
Maquillage : Toy R. van Lierop
Durée : 109 mn

Casting :
Paula Patton : Mlle Rain
Mo’Nique : Mary
Gabourey Sidibe : “Precious” Jones
Lenny Kravitz : L infirmier John
Mariah Carey : Mme Weiss
Sherri Shepherd : Comros

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