benoitxviL’annonce de la démission de Benoît XVI a fait couler beaucoup d’encre, très souvent humoristique, jusqu’à notre Président qui s’est permis de sortir une petite blague pour l’occasion. Il s’agit d’un évènement à la portée paradoxale puisqu’elle constitue un fait rare en 2000 ans de l’histoire d’une des institutions les plus solides et le plus puissantes qu’ait connu l’humanité, mais qui paraît bien dérisoire face aux problèmes que connaît notre monde. Ce fut aussi l’occasion pour moi de me demander à quel point je me sentais concerné.

Je me définis volontiers comme catholique, même si ma pratique est proche du néant et que je connais une forte opposition intellectuelle à beaucoup de discours venus du Vatican. J’ai d’ailleurs lu récemment un commentaire à un article sur l’opposition de l’Eglise au mariage pour tous, où un opposant rappelait que le catholicisme se caractérise notamment par une hiérarchie que l’on est censée respecter et qu’il y avait en fait beaucoup de protestants qui s’ignoraient chez les catholiques. Je pourrais facilement dire que je fais partie du lot, si j’avais passé l’âge de me soucier de ce genre d’étiquettes.


En effet, la question n’est pas pour moi de savoir si la manière dont je vis ma foi est plus proche de telle ou telle obédience. C’est quelque chose que je me suis entièrement approprié, qui ne regarde que moi et que je n’ai pas envie de voir rentrer dans une case. Par contre, mon héritage est bien catholique, même si je me suis accordé un droit d’inventaire. J’en ai tiré des valeurs et des préceptes dont j’assume pleinement l’origine. Certains actes, comme la communion, gardent un sens pour moi. Après, je n’ai aucune réponse à apporter à la question de savoir si le corps du Christ est vraiment présent ou non dans l’hostie à ce moment-là, car, franchement, la question n’a ni sens, ni intérêt.

En fait, je ne peux pas m’empêcher de me sentir un tout petit peu concerné par la démission de Benoît XVI. Si je peux me permettre une comparaison osée, et donc forcément quelque peu mauvaise, le Pape pour quelqu’un pour moi, c’est un peu un maire de droite pour un de ses administrés de gauche (et j’en sais quelque chose). Vous avez beau être son premier opposant, vous n’avez pas envie qu’il dise n’importe quoi ou qu’il passe pour un con à la télévision, parce que ça rejaillirait sur l’image de votre ville. Bref, si certaines prises de positions du Pape, ou plus globalement de l’Eglise Catholique, me hérissent le poil, ce n’est pas uniquement parce que je suis en désaccord intellectuel avec elle, mais parce que cela touche quand même à une partie de ce que je suis, à laquelle je ne renoncerai pas, sous prétexte que je ne suis pas la ligne officielle.

Je ne regretterai pas Benoît XVI pour bien des raisons. Mais ce départ ne me réjouit pas que pour une question de désaccord intellectuel. Je le remercie de nous épargner le spectacle de déchéance physique et intellectuelle offert par Jean-Paul II. Je ne me fais guère d’illusion sur la relation que j’aurais avec son successeur. Mais être catholique, c’est aussi savoir ce qu’est l’espérance.

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