groupesiteIl y a bien longtemps que je n'avais pas ajouté à un billet à cette rubrique. J'ai même renoncé à mon traditionnel mot de début d'année. Il faut dire que j'étais alors très occupé par une campagne électorale qui fut une expérience un peu particulière, sur laquelle je vais revenir ici. Forcément, ces moments sont de ceux où on en apprend beaucoup sur soi-même (et accessoirement sur les autres), des instants qui sont à la fois terrifiants, pénibles, mais tellement exaltants.

Cette campagne m'aura rassuré au moins sur un point. Je suis toujours capable de travailler beaucoup sur une durée assez longue. Non que je glande totalement au boulot, contrairement à ce que pensent beaucoup d'entre vous, mais il est vrai que je n'ai pas non plus des journées de 12h et je ne ramène pas du travail pour le week-end. C'est vrai qu'après bientôt 8 ans dans ce rythme très particulier, il m'arrivait de me demander si j'étais encore à même d'en sortir. J'ai même réussi à survivre à mes deux semaines où j'ai mené de front le cœur de la campagne avec la réponse à un appel d'offre. Mes limites sont donc encore loin.

Beaucoup moins anecdotique, cette campagne fut aussi un moment particulier où je suis devenu le « leader » d'un groupe et le centre de l'attention. Je suis loin d'être la personne la plus modeste du monde, mais il est vrai que j'ai eu un peu de mal à me mettre autant que nécessaire dans ce genre d'exercice et que ce n'est clairement pas naturel pour moi. Enfin d'un autre côté, ça gonfle parfois l'ego, même s'il faut bien veiller dans ce domaine à ne pas y prendre trop goût et surtout ne pas prendre goût qu'à ça !

Cela constitue aussi évidemment une lourde responsabilité. Si je travaillais largement pour moi-même (j'y reviendrai), il y avait derrière moi toute une équipe qui comptait sur moi. Tous les messages d'encouragement des anonymes à l'occasion des tractages mettent toujours du baume au cœur, mais aussi un peu de pression. Ces sentiments sont évidemment positifs, du bon stress comme l'on dit, mais du stress quand même. De celui qui raccourcit vos nuits et vos occupent la tête même lorsque vous voudriez penser à autre chose. De celui qui vous fait poser tout un tas de questions existentielles sur vous-même, qui vous fait parfois douter que vous soyez vraiment à la hauteur des attentes que l'on place en vous.

Ces doutes concernaient notamment ma capacité à travailler en équipe. Il est vrai que j'ai un métier extrêmement solitaire depuis 8 ans et cette campagne m'a montré que je ne savais clairement pas travailler en équipe. Je suis tellement habitué à avoir tout dans ma tête, à savoir précisément où j'en suis dans un projet, quels sont les objectifs poursuivis et pourquoi on fait comme ça, qu'il m'est difficile de concevoir que tout le monde autour d'une table ne soit pas dans ce cas-là. Je n'ai pas l'habitude de devoir me répéter, de réexpliquer constamment, de toujours tout remettre en perspective. Et surtout, quand je dis quelque chose (que j'ai donc décidé), que tout le monde a visiblement entendu, que personne ne proteste, il m'est parfois difficile d'admettre que cela n'est pas forcément immédiatement enregistré, assimilé et approprié par tous les membres du groupe. J'ai donc beaucoup appris à ce niveau lors de cette campagne... qui a m'a fait aussi mesuré les avantages d'une autonomie totale comme celle que m'offre mon emploi actuel.

Au final, ce qui fait vraiment de cette expérience un moment très particulier, c'est que tout cet investissement est pour soi-même. Pas pour son employeur, pas pour un client, pas pour quelqu'un d'autre. Evidemment, une campagne revient en théorie à travailler avant tout pour des idées, des valeurs, un programme tout ça, tout ça, mais concrètement, on dépense de l'énergie, du temps pour un projet dont on est le centre. Et c'est une situation rare dans une existence, si ce n'est peut-être dans la création artistique. Cela décuple évidemment, mais c'est parfois quand même assez effrayant.

Se présenter à une élection n'a rien d'anodin, quelle que soit la modestie de ses ambitions. Se confronter au jugement de l'ensemble de ses concitoyens (enfin ceux qui daignent voter), et non seulement à un groupe de personnes qui va partager une activité, une passion, un point de vue, reste une démarche qui peu facilement broyer votre amour propre... ou au contraire gonfler considérablement votre ego. Dans le monde associatif ou professionnel, ou même dans sa vie sociale, on passe quand même son temps à parler devant un public acquis, que l'on domine de son expertise ou qui parle le même langage que vous. On se confronte au regard de personnes qui vous connaissent, vous apprécient, avec qui vous partagez un certain nombre de choses. Cette fois-ci, il s'agissait de s'adresser à tout le monde, ou au moins au plus grand nombre, à une population qui n'a le plus souvent aucune raison de vous ménager ou de vous accorder a priori sa confiance. Et encore, appartenant à une famille politique bien établie, j'ai tout de même la chance de pouvoir compter quoiqu'il en soit sur un socle qui m'aurait suivi même si j'avais été extrêmement mauvais. Mais cela reste quand même un exercice qui ressemble parfois un saut sans parachute.

Et puis, il y a eu le résultat. Décevant, un peu brutal, qui sur le moment fait plus de mal que de bien. Certes, dans un seconde temps, j'ai pu comparer avec les scores de mes camarades un peu partout en France, ce qui a permis de relativiser largement l'échec. Mais personne ne s'attendait à ce que la vague contraire issue de la situation nationale soit d'une telle ampleur. Jamais, je n'avais envisagé, ne serait qu'une seule seconde, de perde un élu au Conseil Municipal. Après avoir dépensé tant d'énergie, passé tant de temps, avoir mis autant de soi-même, il est vrai que le réveil fut douloureux, sur les coups de 20h20 quand les premiers bulletins dépouillés montraient déjà clairement que l'on serait très très loin des objectifs que l'on s'était fixé. C'est dur à accepter, cela crée un immense sentiment d'injustice, beaucoup de frustration, de la colère, de la tristesse...

... mais aussi l'envie de rejouer le match au plus vite. Le retour à une vie « normale » laisse un grand vide. On prend goût à cette bouffée d'adrénaline. On a tant appris, on a vu une partie de ses erreurs, on sait ce qu'on aurait pu faire de mieux. Il y a là comme une « petite mort », une descente où se mélange une forme de soulagement, mais aussi un manque. Si j'ai pu mieux comprendre quelque chose dans cette campagne, c'est comment la politique, où plus précisément les campagnes électorales, peuvent rendre dépendants, pourquoi certains ne semblent vivre que pour ça.

J'en suis loin et heureusement. Je ne me sens par exemple pas prêt à replonger dès l'année prochaine pour les cantonales (même s'il ne faut jamais dire jamais...). Mais je sais bien que ce ne sera certainement pas la dernière campagne électorale que je mènerai comme candidat. Et j'avoue, que sans être pressé,... j'ai un peu hâte quand même...

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