bastilleLe lundi 7 mai 2007, j'adhérais au Parti Socialiste. La veille au soir, Nicolas Sarkozy venait d'être élu Président de la République. Notre pays allait donc être dirigé pendant cinq ans par le fils spirituel de Patrick Balkany et Charles Pasqua, un homme croyant à la prédisposition génétique à la délinquance, un homme dont le programme économique était basé sur l'idée fausse que donner plus aux riches profite aux plus modestes. Autant d'éléments qui auraient du le disqualifier. Pourtant, il fut élu, plongeant l'autre moitié du peuple français dans l'abattement et la colère. Chez moi, ces sentiments se traduire par une volonté de m'engager pour que plus jamais un tel scénario puisse se répéter.

Au cours des quelques jours suivant, rien ne passa. Pourtant la campagne des législatives avaient commencé. J'ai alors eu l'occasion de croiser, en train de distribuer des tracts sur le marché, une des personnes les plus extraordinaires qu'il m'ait été donné de rencontrer. Cet homme s'appelait François Lemaire. 85 ans, militant socialiste depuis l'âge de 16 ans, qui gardait une énergie et un enthousiaste qui forçaient l'admiration. Il nous a depuis quitté, mais si ma vie de militant doit ressembler à celle de quelqu'un, c'est sûrement à la sienne.

Puis vint ma première réunion de section. Il est vrai que ce jour là, je me suis dit que décidément ce n'était pas la jeunesse au pouvoir au PS de Viroflay. Mais si la valeur n'attend pas le nombre des années, l'inverse est vrai. Ce fut ensuite la première distribution de tracts sur le marché, avant laquelle j'avais un vrai trac. Aujourd'hui, c'est devenu un acte presque anodin, mais j'apprécie toujours ces moments, où les mots d'encouragements valent cent fois mieux que les remarques désagréables que l'on peut entendre.

Ensuite, dès l'automne 2007, la préparation des municipales a commencé. J'étais encore un militant tout neuf, mais j'ai forcément été très impliqué lorsque l'on m'a proposé d'être troisième sur la liste et donc quasiment certain d'être élu. Le militantisme politique ne passe évidemment pas forcément par une fonction élective, mais il faut bien admettre que les exercer reste quand même le but ultime, car cela reste le seul moyen de voir ses idées réellement appliquées. Dans ma situation, membre de l'opposition, il est vrai que je suis dans une position un peu intermédiaire.

Le temps que me prend ma fonction de conseiller municipal peut paraître comme du temps perdu, tant la sociologie de Viroflay offre à la majorité actuelle toute latitude pour mener la politique qu'elle souhaite. Notre fonction de vigilance, d'aiguillon n'est sans doute pas la plus cruciale pour la marche du monde, mais elle me semble indispensable pour que la démocratie fonctionne pleinement. Car le maigre public qui assiste aux séances du Conseil Municipal montre bien à quel point l'action des élus locaux se déroule dans une certaine indifférence et on comprend aisément comme certaines équipes dans d'autres villes ont pu sombrer dans des pratiques inacceptables. La présence d'une opposition attentive et constructive se justifie donc pleinement.

La vie de militant politique est évidemment rythmée par les différences échéances électorales. Elles sont parfois internes au Parti Socialiste, mais ce ne sont certainement pas les plus intéressantes. Je considère surtout que ce sont des processus internes qui n'ont pas à être outre mesure médiatisés. Le tractage, le collage d'affiches font partie de l'action militante. Il est vrai que j'ai perdu un peu toute illusion quant à leur impact réel lorsque la liste socialiste a fait 12% aux dernières élections européennes à Viroflay, malgré notre mobilisation, alors qu'Europe Ecologie avait fait le double sans aucune distribution. On sait bien que tout ou presque se joue dans les médias à un niveau national. Cependant, montrer notre présence, discuter avec des Viroflaysiens sur les marchés nous permet de garder un contact avec nos électeurs et nos sympathisants, sans lequel certains pourraient être tentés d'apporter leur soutien à des formations politiques plus présentes.

Si la campagne des régionales nous avaient apporté beaucoup de satisfactions, avec un score historique de 48% pour la gauche à Viroflay, il vrai que c'est cette dernière campagne présidentielle qui restera le grand et beau moment de militantisme de mes cinq années au Parti Socialiste. Déjà parce que la mobilisation fut forte, avec quelques nouvelles recrues, mais surtout évidemment parce que la victoire fut au rendez-vous. Mais même sans cela, l'enjeu de cette élection poussait beaucoup de Viroflaysiens à venir nous témoigner encore plus que d'habitude leur soutien, leurs espoirs, leurs craintes aussi, nous exhortant à être plus combatif que jamais pour que notre pays change d'ère. Tous ces petits mots qui nous font dire que nous ne sommes pas seulement une petite quarantaine à croire naïvement que notre action à de l'importance. Pour tous ces gens, elle en a, pour tous ces gens, il faudra continuer aux législatives et encore au-delà.

Le 6 mai 2012 restera donc un moment historique pour notre pays, mais aussi un moment particulier dans mon existence. Pas forcément parce que j'avais l'impression d'avoir joué un rôle crucial dans ce qui s'est passé ce jour-là, mais parce que cette victoire donnait un sens à toutes ses heures passées à mener un combat qui peut sembler parfois un peu vain. La traversée de Paris entre Solférino et la Bastille, où notre cortège des militants était salué par des dizaines de Parisiens à leur fenêtre, partageant leur joie et leur enthousiaste. Cette foule d'anonymes partageant les mêmes aspirations rendait la démocratie bien vivante et démontrait qu'il n'est pas beaucoup de plus beau combat que celui qui consister à la faire vivre.

Evidemment, ma vie de militant ne va pas s'arrêter au bout de cinq ans, à 32 ans, après cette belle victoire. J'espère bien en connaître bien d'autres encore, même si je sais qu'elles seront aussi accompagnés de déceptions, de moments de tristesses ou d'indignations. Mais ces moments-là font également partie de ceux qui poussent à avancer et à redoubler d'ardeur dans le combat.

J'en suis la preuve.

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