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99 FRANCS

 

 

Auteur : Frédéric Beigbeder

Éditeur : Folio

Date : 2000

Devenir une star par l'écriture d'un livre est un exploit assez rare. Il y'a certes quelques auteurs français contemporains qui possèdent une certaine célébrité : Daniel Pennac, Bernard Werber, Marc Levy, Daniel Houellbecq... Mais rares sont ceux à vraiment devenir des "people" comme l'on dit. Pourtant, c'est ce que réussi il y'a plus d'une décennie désormais Frédéric Beigbder avec "99 francs". Un des plus gros succès en librairie de ces 50 dernières années, renforcé par la sortie de l'adaptation cinématographique qui a poussé un certain nombre de lecteurs (moi le premier) a enfin mettre leur nez dans cet ouvrage réellement jubilatoire.

Octave est un créatif de pub de 30 ans, riche et cynique. Un c'rétin irresponsable comme il se définit lui-même. Il vent du rêve aux masses qu'il méprise. Mais un jour, tout commence à basculer lorsque l'une de ses campagnes de pub pour des yaourts est refusée par la direction du client (qui ressemble furieusement à Danone). Il est alors obligé de la remplacer par une publicité d'une banalité et d'un platitude affligeantes. Peu à peu, il va réaliser la superficialité absolue de son existence.

L'histoire en elle-même n'est pas l'élément le plus intéressant de "99 francs". Ce sont surtout les réflexions sur notre société de consommation qui valent le coup. Rassurez-vous, ce livre n'est en rien une compilation d'interrogations métaphysiques sur le monde qui nous entoure. Non, il s'agit surtout d'une critique d'un humour incroyablement mordant. Les réflexions d'Octave, d'un cynisme absolu, prêtent à rire... Même si elles ont malheureusement un large fond de vrai.

Si le trait est forcé, on sait bien que Frédéric Beigebeder a largement pioché dans son propre passé de créatif de pub. Si ce livre n'est pas à proprement parler autobiographique, il est clair qu'il l'est tout de même en partie. Je pense que c'est là que réside une bonne partie du succès que "99 francs" a connu. On est face à une caricature, mais une caricature qui repose sur une connaissance solide du monde qu'elle déforme. Si les traits sont forcés, on sent bien qu'ils apparaissent dans le "monde réel".

La plume de Beigbeder est pleine d’énergie et d’un style très innovant. Il prend des libertés avec les conventions littéraires, en passant notamment d’un récit à la première personne à un à la troisième d’un chapitre à l’autre. Tout cela nous fait partager la schizophrénie de son personnage, qui passe de l’enthousiasme à la déprime entre deux rails de coke. Tout cela est parfois un peu déroutant, mais le tout est assez entraînant et enthousiasmant pour que le lecteur se laisser transporter dans cet univers à la fois inconnu et familier.

Comme beaucoup d’œuvres de ce type, où l'histoire compte bien moins que l'humour et la réflexion qu'elle porte, "99 francs" a du mal à trouver une conclusion. Le livre part un peu en vrille à la fin. Frédéric Beigbeder, une fois qu'il a fait le tour de son sujet, cherche à achever son récit comme il peut. Mais on lui reconnaîtra le mérite d'avoir su s'arrêter à temps. Le livre est relativement court, ce qui lui permet de conserver son intérêt jusqu'au bout sans s'essouffler.

"99 francs" est donc une critique profonde et acide de notre société consumériste. Le ton décalé et humoristique rend la lecture de ce livre merveilleusement jouissive, sans ne rien retirer à l'intérêt du message. 

 

 

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