ALIEN ET HUMAINS

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usainboltberlinLorsque l’on parle de sport, l’utilisation de superlatifs tient plus souvent du tic verbal qu’autre chose. A force d’être martelés, les adjectifs magnifique, prodigieux ou historique se voient largement galvaudés et deviennent vides de sens. Ceci s’explique notamment par la nature extrêmement populaire des compétitions sportives qui en font LE sujet de conversation du café du commerce, où les interlocuteurs n’ont pas forcément le recul intellectuel et les connaissances historiques pour tout relativiser. On n’a du mal à comparer les idoles actuels avec les champions du passé, surtout quand on n’a jamais eu l’occasion de voir concourir ces derniers. Demandez-donc aux gens de ma génération quel est le plus grand footballeur français de l’histoire et vous verrez Zinedine Zidane l’emporter à une écrasante majorité, alors qu’une vision objective des choses aurait bien du mal à le départager de Michel Platini.

Donc, comment parler de ce qu’a réalisé Usain Bolt dimanche soir à Berlin ? Une nouvelle génération de superlatifs doit donc être inventé. Quand on lit les commentaires, on voit que les qualificatifs sont obligés de quitter la Terre pour décrire sa performance, puisque c’est le mot extra-terrestre qui domine. Cela peut apparaître comme une formule toute faite de plus, survendant un événement qui sera aussi vite effacé par un nouveau record qu’il a été décrit comme un moment d’histoire.

Pourtant, le terme employé ici pour décrire le sprinter jamaïquain n’est pas si galvaudé que cela. Peut-être peut-on lui préférer la notion de « hors-norme », plus mesurée. Car les caractéristiques physiologiques d’Usain Bolt sont tout simplement uniques dans l’histoire du sport. Personne n’a pu combiner ainsi toutes les qualités nécessaires à un sprinter, dont certaines étaient jugés totalement antinomiques. L’explosivité et le départ d’un gabarit petit et râblé combinés dans un même homme à la foulée et le finish d’un grand et longiligne, cela semblait simplement et surtout objectivement impossible. Usain Bolt a prouvé que cela ne l’était pas, bousculant, comme jamais dans l’histoire, les certitudes les plus établies. Voir triompher le travail et l’abnégation font peut-être plus rêver que l’écrasante domination du talent naturel et des qualités génétiques. Cependant, Usain Bolt restera à coup sûr, et même avec beaucoup de recul, comme un des plus extraordinaires sportifs de l’histoire.

 

isinbayevazeroberlinMais malgré tout leur talent, les grands champions restent tout de même des êtres humains. Hier, Elena Isinbaeva, championne du monde et olympique en titre de la perche, et surtout second athlète, derrière Serguei Bubka, à avoir battu le plus de records du monde, a pleuré devant les caméras du monde entier. La faute à un zéro pointé qui la prive d’un titre qui lui était promis et surtout lui infligeant une terrible humiliation devant les caméras du monde entier.

Venant d’une athlète plutôt connue pour son antipathie et sa propension à courir la prime attachée aux records encore plus que ces derniers, cela est plutôt rassurant sur les motivations profondes qui peuvent l’habiter. Personne ne me fera croire que son effort pour retenir, comme elle le pouvait, ses larmes au micro de Nelson Monfort était calculé ou avait la moindre chose à voir avec les primes qu’elle ne touchera pas. Malgré l’argent, la gloire et la célébrité, les sportifs gardent au fond d’eux la passion enfantine et sincère qui les animait à leurs débuts. Et sans cela, toutes les qualités génétiques ne pourront rien pour faire d’un homme un champion. 

THE READER : Une page mal tournée

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thereaderFaire naître l’émotion, nous faire pleurer est une chose qu’Hollywood a toujours su faire, au moins aussi bien que nous divertir et nous faire rêver. Cependant, c’est une tâche difficile car jouer sur ce registre exige une réussite proche de la perfection. Si la comédie ou le film d’action peut supporter une certaine dose de médiocrité en gardant son caractère récréatif, ce n’est pas le cas du drame. Et ce n’est pas le cas non plus de The Reader qui pêche bien trop sur la forme et sur le fond.

En Allemagne, peu après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Michael Berg est un jeune adolescent dont le destin lui fait croiser Hanna Schmitz, une femme de 35 ans dont il devient l’amant. Quand ils ne font pas l’amour, il lui lit des livres à voix haute. Un jour, elle quitte subitement la ville, sans un mot pour lui. Etudiant en droit, il la retrouve quelques années plus tard, lors d’un procès où elle doit faire face à son passé de geôlière dans les camps nazis.

The Reader est filmé comme les meilleurs mélos américains. Mais si cela peut fonctionner à la perfection pour parler de la médiocrité de la vie dans les banlieues américaines, comme dans les Noces Rebelles, lorsque cela aborde des sujets comme la responsabilité des Allemands sous le régime Nazi, cela ne colle plus du tout. Ce film est bien trop hollywoodien dans sa forme pour être crédible dans un sujet si « européen ». Et le choix de Kate Winslet pour occuper le rôle principal se révèle un choix désastreux tant elle symbolise le cinéma dramatique hollywoodien.

Malheureusement, le fond ne vient pas tout sauver. En effet, malgré un propos objectivement intéressant, il est difficile de s’attacher au personnage d’Hanna. The Reader fait face aux mêmes difficultés auxquels se heurtent les films qui cherchent à nous montrer l’humanité des bourreaux. Certes, elle fait ici office de bouc émissaire d’une société tout entière, mais certains de ses actes restent monstrueux. Ce n’est pas tant le fait qu’elle paye plus que les autres qui pose problème, mais plutôt que les autres ne payent pas assez. Ceci brise l’empathie que l’on pourrait ressentir pour elle, déconnectant ainsi le spectateur du scénario et de l’émotion qu’il cherche à véhiculer.

Le personnage le plus intéressant reste de loin celui de Michael qui découvre qui est vraiment la femme qu’il a aimé et qui le marquera à jamais. Mais le scénario fait clairement le choix de le passer au second plan et de faire du destin d’Hanna le fil rouge de The Reader. Le développement de la partie portant sur le Michael adulte est survolé, alors qu’il aurait du constituer l’axe de réflexion le plus approfondi. Il constitue le seul personnage ambigu, dont on peut partager les sentiments et les interrogations.

Enfin, le film pêche aussi par son dénouement qui s’étire désespérément en longueur, avec trois fins, dont aucune ne constitue de conclusion satisfaisante. Quant une réflexion est claire et correctement argumentée, la conclusion découle souvent d’elle-même. La fin laborieuse de The Reader prouve bien que la réflexion qu’il véhicule n’est pas à la hauteur.

The Reader manque donc sa cible à bien des points de vue. La qualité de la réalisation, de la photographie et même de la distribution ne l’empêchent malheureusement pas de former un ensemble où aucun élément ne semble vraiment à sa place.

Fiche technique :
Production : The Winstein company
Distribution : SND distribution
Réalisation : Stephen Daldry
Scénario : David Hare, d’après le livre de Bernhard Schlink
Montage : Claire Simpson
Photo : Chris Menges, Roger Deakins
Musique : Nico Muhly
Directeur artistique : Brigitte Broch
Durée : 123 mn

Casting :
Kate Winslet : Hanna Schmitz
Ralph Fiennes : Michael Berg
David Kross : Michael Berg, jeune
Lena Olin : Rose Mather
Bruno Ganz : Professeur Rohl