LIFE ON EARTH (Hurray for the Riff Raff), PAINLESS (Ninüfer YaNya), LUCIFER ON SOFA (Spoon) : Bons classiques

Life on Earth de Hurray for the Riff Raff : Suivre la voix

Life on Earth de Hurray for the Riff RaffOn commence avec le groupe américain Hurray for the Riff Raff, dont j’avais déjà apprécié l’album the Navigator en 2017. Ils sont de retour en 2022 avec Life on Earth. On y retrouve la voix envoûtante de Alynda Segarra, incontestablement le point le plus fort du groupe. Elle se pose sur un son pop rock classique mais efficace. Ils font preuve de maîtrise et de conviction. Les titres s’enchaînent avec une qualité constante, tout en offrant une certaine variété. On regrettera simplement qu’aucun d’entre eux ne sorte réellement du lot.

Painless de Ninüfer Yanya

Painless de Nilüfer YanyaNilüfer Yanya est une artiste britannique aux origines turquo-irlandaise. Painless est son deuxième album. Elle nous y propose un rock dynamique. Elle mord dans ses titres. D’ailleurs, les passages plus calmes sont nettement plus ordinaires. Elle affiche le minimum de personnalité requis pour valoir le détour, conjugué à une réelle maîtrise et des instrumentations mélodiques et propres. Malheureusement, un petit côté évaporé prend progressivement le dessus et nous offre une fin d’album nettement moins convaincante.

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LA CONSPIRATION DU CAIRE : Noir égyptien

La Conspiration du Caire affiche

Le cinéma nord-africain est considérablement plus discret sur nos écrans que ce que les liens culturels forts que nous entretenons avec cette partie du monde pourraient laisser supposer. Sans doute, est-ce lié au peu de productions locales, faute de moyens. Ceci est vrai pour le Maghreb, mais aussi l’Égypte qui n’a longtemps existé pour le 7ème art mondial qu’à travers Youssef Chahine. Elle est apparue sur le devant de la scène en 2017 avec le Caire Confidentiel. Certes, son réalisateur, Tarik Saleh, est en réalité suédois. Mais il revient avec La Conspiration du Caire, montrant à quel point il reste attaché à ses racines (bien qu’il soit interdit de territoire en Égypte). Il reste surtout attaché à la volonté de nous offrir d’excellents films.

Noir, c’est noir

La Conspiration du Caire est un film noir d’un grand classicisme dans les éléments qu’il met en scène : le flic à l’éthique borderline, des adversaires ambigus, un jeune innocent qu’il ne l’est peu-être pas tant que ça finalement… C’est bien le décor qui est plus inhabituel, puisque le film nous emmène dans une des principales universités coraniques de la capitale égyptienne, potentiellement infiltrée par les Frères Musulmans. Le film repose sur un vrai fond géopolitique, mais que ceux que ça peut rebuter se rassurent. Il s’agit ici avant tout d’un pur polar.

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R.M.N. : 50 nuances de gris

R.M.N. affiche

Dans un monde où la vision manichéenne prend de plus en plus de place, il est bon de se confronter à des propos qui renvoient tout le monde dos à dos, où du moins chacun à ses propres travers. R.M.N. est le nouveau film du réalisateur roumain Cristian Mungiu, récompensé par la Palme d’Or à Cannes en 2007 pour 4 Mois, 2 Semaines, 2 Jours. Si c’est le Suédois Ruben Östlund et son Sans Filtre qui a eu droit à une deuxième consécration sur la Croisette, on peut s’étonner que le Roumain soit reparti sans le moindre prix. Avec ce film, le réalisateur livre une vision sans grande concession de ses compatriotes, du racisme qui les habite, de leur absence d’empathie ou de conscience des enjeux écologiques. Mais sa vision de ceux prompts à leur faire la leçon n’en est pas moins cinglante. Un match nul salutaire.

Cinglante ironie

Ceux qui ont vu 4 Mois, 2 Semaines, 2 Jours ne s’imaginent pas vraiment son auteur signer un jour des films légers et drôles. Ce n’est effectivement toujours pas le cas avec R.M.N. Le film est cependant parcouru d’une ironie cinglante qui peut faire sourire parfois. Il tourne en ridicule les indignations hypocrites de ceux qui ne cherchent qu’à cacher leur égoïsme et leur bêtise. Mais comme tout le monde en prend pour son grade, on en vient à se demander si on n’aurait pas pu nous aussi être dépeint avec le même mordant par Cristian Mungiu. Cela rend les choses un peu moins amusante d’un coup, mais cela donne beaucoup à réfléchir.

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L’INNOCENT : Se méfier des apparences… ou pas…

L'Innocent affiche

Il ne faut jamais se fier aux apparences, voilà une leçon offerte par beaucoup d’histoires. Elles cherchent à nous éloigner de nos préjugés. À nous pousser à juger les personnes sur ce qu’elles ont vraiment au fond d’elles. Intention louable quand on connaît le nombre de personnes souffrant de discriminations bêtes et méchantes. C’est à nouveau le cas de l’Innocent, qui nous parle du jugement immédiat que l’on porte sur les personnes sortant de prison. À moins que… Parce que ce film, comme toutes les bonnes histoires, n’est pas forcément ce qu’elle semble être à première vue. Et la morale n’est pas non plus forcément celle attendue.

Interdit de divulgâcher

Toute personne divulgâchant l’Innocent devra donc être jugée coupable de haute trahison cinématographique. Le scénario n’est pas celui du Sixième Sens, mais il reste néanmoins très bien écrit, apportant son lot de surprises. Il se situe sur le registre de la comédie. Pas de gags à proprement parler, mais quelques numéros d’actrices et d’acteurs assez savoureux. La principale qualité du film est celle de ses personnages. Mais également celles des situations dans lesquelles, le scénario s’amuse à les placer. Les événements vont crescendo avant un final particulièrement réussi et réjouissant.

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EO : Un certain regard

Eo affiche

Certains points de départ de film peuvent laisser perplexe. Ainsi, c’est l’histoire d’un âne qui parcourt la Pologne ne donne pas forcément envie de se précipiter dans une salle obscure pour assister à un tel spectacle. C’est pourtant bien le point de départ d’EO, qui est en fait une nouvelle version d’un film français de 1966, Au Hasard Balthazar, réalisé par Robert Bresson. Mais récompensé à Cannes par le Prix du Jury et bénéficiant de bonnes critiques presse et spectateur, il est possible de se dire que finalement, ça mérite le coup d’œil.

Un regard sur nous-mêmes

EO utilise le procédé du regard extérieur pour souligner les petit travers et même les vices les plus sombres de l’espèce humaine. Il est d’autant plus extérieur, qu’il vient cette fois d’une autre espèce, à la nature paisible et affectueuse. On peut voir dans ce film également une réflexion sur la condition animale. Bien sûr la thématique n’est pas absente, mais elle implique ici trop d’anthropomorphisme pour se montrer totalement pertinent. En tout cas, le procédé fonctionne ici très bien, provoquant des émotions variées chez le spectateur : joie, tristesse, mélancolie, colère… Ce regard détaché sur des événements a priori ordinaires leur donne un impact que l’on aurait pas soupçonné.

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UN BEAU MATIN : Construction, déconstruction

Un Beau Matin affiche

Le moins que l’on puisse dire est que les artistes ont plusieurs fois leurs chances de faire leurs preuves auprès de moi. Je suis capable de continuer à lire des livres, écouter des albums ou bien encore voir des films signés de la même personne, même quand je n’ai pas vraiment apprécié ses œuvres précédentes. Ainsi, le fait de n’avoir jamais trop aimé les films de Mia Hansen-Løve (notamment un Amour de Jeunesse ou Bergman Island) ne m’a pas découragé d’aller voir un Beau Matin, en espérant que cette fois, je mêle mes louages à celles formulées par ailleurs par les critiques. Et bien, pour une fois, ma persévérance a eu du bon car ce film est incontestablement réussi et profondément touchant. Il marque par sa richesse et un propos loin de tout lieu commun. Cette fois-ci, la réalisatrice a utilisé sa sensibilité à très bon escient.

Mouvement perpétuel

Un Beau Matin nous raconte finalement deux histoires en une. Ou plutôt le double bouleversement qui vient frapper la vie du personnage principal. La jeune femme voit d’un côté le lien avec son père, atteint d’une maladie neurodégénérative, se déliter doucement et de l’autre la relation qu’elle a avec un vieil ami, pourtant marié, changer profondément de nature. Construction et déconstruction vont marquer cette histoire, fait d’allers et retours, d’éloignements de rapprochements. Ce mouvement perpétuel donne son souffle à cette histoire qui véhicule beaucoup d’émotion, sans misérabilisme. Si le sujet et son traitement pourrait de faire de ce film une caricature de film français, on peut aussi se dire que s’ils étaient tous de cette qualité, il y aurait moins de raison d’ironiser à leur sujet.

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JACK MIMOUN ET LES SECRETS DE VAL VERDE : Aventures rétros

Jack Mimoun et le Secret de Val Verde affiche

Dans les années 80, la comédie d’aventures était un genre qui avait le vent en poupe. On pense évidemment à Indiana Jones, mais on trouvait des productions encore plus orientées vers l’humour, comme A la Poursuite du Diamant Vert ou encore les Goonies, soit autant de films culte pour les gens de ma génération. Tout cela est désormais quelque peu tombé en désuétude. C’est donc avec un peu de nostalgie que l’on peut aller voir Jack Mimoun et les Secrets de Val Verde. Un film qui ne va pas rentrer dans les annales du 7ème art, mais offre un pur divertissement qui se laisse regarder avec grand plaisir. Surtout que les moyens ont été mis pour que les décors paraissent suffisamment convainquant pour se prendre au jeu de ces aventures un rien burlesques.

1er degré rythmé

Jack Mimoun et les Secrets de Val Verde n’est pas dénué de certaines lourdeurs. L’humour est quand même orienté premier degré et ne fait pas toujours dans une finesse absolue. Mais, même si on parfois honte de le reconnaître, on rit d’un rire franc et sincère. On n’échappe pas à tous les clichés du genre et tout est très attendu, de la morsure de serpent au pont suspendu, mais fonctionne plutôt bien. Le film est rythmé, les gags s’enchaînent et donnent du souffle à l’aventure en tant que tel. On reprochera juste des rebondissements qui se voient arriver de très loin. Cela met en exergue les faiblesses du scénario, qui se contente de surfer sur l’humour.

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LE CHAGRIN ENTRE LES FILS (Tony Hillerman) : Voyage à Vide

Le Chagrin Entre les Fils

A travers le cinéma ou la littérature, on a l’impression de tout connaître et savoir des États-Unis. Mais il reste tout de même quelques rares zones conservant un minimum de mystère. Les réserves indiennes en font partie. Les romans de Tony Hillerman se déroulent dans ce décor vraiment particulier. Le Chagrin entre les Fils est le 19ème (et dernier, écrit peu avant la mort de l’auteur) roman de cette série que je ne connaissais pas. Une nouvelle découverte après celle de Val Mc Dermid récemment Malheureusement, ce ne fut vraiment pas une révélation et je pense pas découvrir les autres volumes.

Une tapisserie sans éclat

Le titre le Chagrin entre les Fils comporte le mot fil au pluriel. En effet, l’histoire tourne notamment autour d’une tapisserie navajo. Un point de départ qui ne vend pas du rêve… et ce n’est pas pour rien puisque l’intrigue n’a rien de bien passionnante. On a beaucoup de mal à se passionner pour cette chasse à l’homme, sur les traces d’un tueur supposé mort des années auparavant. Le tout dans une enquête menée par un policier qui se sent obligé de sortir de sa retraite. Tout cela est un peu cliché à première vue… et en fait à seconde vue également.

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TORI ET LOKITA : La misère du monde

Tori et Lokita affiche

Les frères Dardenne ne sont pas connus pour nous offrir des films légers, joyeux et rigolos, célébrant la fraternité et l’amour entre les individus. Cela ne va pas changer avec Tori et Lokita. Et si vous attendiez une forme un peu plus attractive et spectaculaire, ce ne sera pas le cas non plus. Par exemple, toujours pas de musique à l’horizon. En un mot, un long métrage dans la lignée du reste de leur filmographie. En tout cas, on ne pourra pas les accuser de tromper le spectateur. Mais ceux qui savent apprécier l’immense talent qui réside derrière cette austérité trouveront bien des mérites à ce film.

Le monde tel qu’il est

Le principal reproche adressé aux Frères Dardenne est un excès de misérabilisme. En montrant la cruauté du monde sans fard et en dessinant rarement des chemins vers le bonheur pour leurs personnages, ils font naître une émotion brute qui vous tombe dessus avec force. Mais de force à forcée, il n’y a qu’un pas. On peut y voir un manque de subtilité, le tout noir ne valant pas mieux que le tout rose, la vie étant faite de nuances de gris. Pour Tori et Lokita, le débat peut être ouvert. Néanmoins, l’attachement que l’on ressent pour les personnages est tellement profond qu’on ne peut échapper à une émotion tout aussi profonde, mais surtout parfaitement sincère.

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ANTS FROM UP THERE (Black Country, New Road), THE OVERLOAD (Yard Act), ADMONITIONS (Endless Boogie) : Quelque chose en moins

Ants From Up There (Black Country, New Road) : Truc en moins, truc en trop

Ants From Up There de Black Country, New RoadOn commence cet avis plutôt moyen avec un groupe britannique appelé Black Country, New Road et leur album Ants From Up There, sorti en 2022. Leur musique rappelle dans un premier temps celle de Gogol Bordello, en un peu plus maîtrisé, avant de se calmer quelque peu. Elle affiche paradoxalement une certaine personnalité, mais sans pour autant être d’une originalité folle. Il y a bien de l’émotion dans la voix, de la conviction dans les interprétations, mais il manque tout de même quelque chose au final pour réellement toucher l’auditeur. En fait, c’est peut-être justement parce qu’ils en font trop que ce manque existe.

The Overload (Yard Act) : Electro rétro

The Overload de Yard ActOn reste de l’autre côté de la Manche avec Yard Act et leur premier album, The Overload. Un rock un peu électro, un rien rétro aussi. C’est énergique, leur musique a du punch, mais ce n’est pas toujours harmonieux, ni réellement entraînant. Globalement, on est porté par la grande énergie qu’ils déploient. Mais les titres sont parfois ponctués de passages parlés qui coupent le rythme. L’album propose un deuxième CD live, qui nous propose un rock beaucoup plus basique. Mais ni l’un, ni l’autre ne se montre enthousiasmant.

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