UN CRIME EN HOLLANDE (Georges Simenon) : Agatha Simenon

Si l’Inspecteur Maigret hante le plus souvent les rues de Paris, il lui arrive parfois d’aller exercer ses talents dans d’autres lieux. Parfois en France et même donc parfois à l’étranger comme dans Un Crime en Hollande, écrit en 1931. Le titre est assez explicite pour comprendre que l’enquête ne se déroule pas en France, même si elle concerne un ressortissant tricolore, ce qui justifie le déplacement (ce n’est pas l’élément le plus convaincant de l’histoire). Un roman de la série des Maigret quelque peu singulier, où Georges Simenon se prend quelque peu pour Agatha Christie.

Dans Un Crime en Hollande, l’Inspecteur Maigret se prend un peu pour Hercule Poirot. Un meurtre, une maison, et beaucoup de personnages qui la fréquentent. Il va examiner leur culpabilité potentielle un à un avant d’aboutir sur le nom du coupable. Le romancier belge nous décrit le processus avec moins de maestria que son homologue anglaise, mais il s’en sort tout de même avec l’immense talent qu’on lui connaît. Ce classicisme met le lecteur dans une zone de confort, mais empêche tout réelle surprise.

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LATEST RECORD PROJECT VOL.1 (Van MorRison), DEJA VUE (Crosby, Stills, Nash, Young), THE WATCHFUL OF THE STARS (Adrian Crowley) : Les vieux de la vielle

75 ans, voilà à un âge où certains coulent une retraite méritée, pleine de farniente et de repos. D’autres, la vive tout autrement. C’est le cas de Van Morrison qui a encore sorti un nouvel album intitulé Latest Record Project Vol. 1. Une titre qui laisse vraiment penser que la retraite n’est pas pour demain, puisque on s’attend naturellement un volume 2. Sa voix de crooner nous plonge au cœur d’une ambiance entre blues et country. C’est très classique, mais la voix exceptionnelle est là pour apporter ce qu’il faut de personnalité. Malgré les années, l’énergie est toujours là, même sil l’album est surtout dans la douceur et la ballade, pleines des petits solos de guitare qui vont bien. On retiendra notamment l’excellent titre blues Thank God for the Blues. Et surtout merci à Van Morrison pour ces 28 titres (rien que ça) d’une très haute facture !

On reste dans les vieux de la vieille avec Déjà Vue du groupe Crosby, Stills, Nash and Young, qui a regroupé dans les années 60 et 70 David Crosby, Stephen Stills, Graham Nash et Neil Young. Mais vieux, ils ne l’étaient pas à l’époque de la sorti de l’album en 1970. Une édition pour le cinquantième anniversaire vient de sortir, avec l’album original sur le premier CD et des bonus sur trois autres. Cette chorale folk assez hors du commun représente une somme rare de talents. Le résultat est très classique, plein de maîtrise, porteur d’une grande douceur. Ils sortent leurs tripes avec beaucoup de bonheur sur certains titres comme Almost Cut my Hair et sur d’autres aux accents plus rock.

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LES INTRANQUILLES : Les feux de l’amour

Quand la santé mentale de quelqu’un devient défaillante, jusqu’à adopter des comportements dangereux, on peut s’interroger pour savoir qui devra être qualifiée de victime. Celui qui « pète les plombs » ou ses proches qui en subissent les conséquences ? Ceci forme le cœur du sujet de les Intranquilles, un film sur la manière dont la bipolarité vient rendre impossible la vie d’un couple et leur enfant. Sur la manière surtout où certaines forces irrésistibles peuvent conduire certains à faire du mal à ceux qu’ils aiment pourtant de toutes leurs forces.

Les Intranquilles est un triple portrait. Un quadruple portrait en fait. En effet, ici la maladie est presque un personnage à part entière. Ou plutôt, elle forme une part de chaque personnage, tant elle marque leur vie, leur quotidien, leurs peurs et leurs espoirs. A mesure qu’elle se renforce chez celui qui en souffre, plus elle prend de la place, jusqu’à prendre toute la place. Le sujet est ici traité avec beaucoup de force et sans détour. La maladie et ses conséquences planent sur chaque scène, créant une tension permanente. La même tension qui fait de la vie de la jeune femme un enfer sans aucun moment possible de repos ou de relâchement.

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MOURIR PEUT ATTENDRE : Le crépuscule d’un Dieu

Rarement un épisode des aventures du plus célèbre des espions a été à ce point attendu. En plus du monde, comme à son habitude, James Bond devait cette fois carrément sauver le cinéma, en ramenant le public vers les salles obscures, après des mois de confinement et de mesures sanitaires diverses et variées. Mais aussi, rarement un James Bond aura fait l’objet d’autant de controverses que Mourir Peut Attendre. Des avis aussi tranchés qu’opposés ont été formulés à l’égard de ce film. Une polémique qui rappelle quelque peu celle ayant accompagné les débuts de Daniel Craig, qui était loin de faire l’unanimité pour ses débuts dans le smoking de 007. Mais ne pas laisser indifférent n’est-il pas déjà en soi une qualité ?

Mourir Peut Attendre souffre clairement de deux défauts. Tout d’abord, il est inutilement long. Y sabrer une bonne demi-heure ne lui ferait pas de mal. Après, quand il s’agit de dire adieu, on a parfois envie de faire durer les choses plus que de raison pour repousser l’instant fatidique. On peut donc être prêt à pardonner cette lenteur superflue. Par contre, on peut vraiment regretter que tant de personnages, du coup secondaires, soient à ce point sous-exploités. Tout d’abord, le méchant, incarné par Rami Malek apparaît trop désincarné pour être vraiment inquiétant au final. L’agent 007 féminin aurait mérité également un meilleur sort. Mais on peut espérer que, pour cette dernière, un producteur aura la bonne idée de lui offrir un film pour elle seule.

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EUGENIE GRANDET : Etre une femme libérée

Il n’y a plus beaucoup de grands classiques de la littérature qui n’est pas bénéficié de leur adaptation cinématographique, voire de multiples adaptations. Bizarrement, Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac n’en avait jamais bénéficié… par le cinéma français. Il existe en effet une adaptation américaine de 1921, une adaptation italienne de 1946 et une adaptation…soviétique de 1960. En 2021, le septième art hexagonal lui donne enfin vie à une époque, où cette œuvre profondément féministe, prend une nouvelle résonance.

D’après ce que j’ai pu lire, cette version d’Eugénie Grandet prend quelques libertés avec le roman, dont il est d’ailleurs « librement » adapté d’après le générique. J’aurais bien du mal à en juger n’ayant pas moi même lu l’œuvre originale. Mais qu’importe, le film donne une impression assez étonnante de classicisme et de modernité. Sur la forme, les dialogues excessivement littéraires sonnent parfois faux et contraint le spectateur à lancer un regard assez froid sur les événements. Mais d’un autre côté, son cœur est touché par la volonté d’émancipation de la jeune fille qui bravera son père par amour. Ces deux extrêmes font naître une certaine frustration car le spectateur est loin de l’enthousiasme qu’il aimerait ressentir.

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LE SOMMET DES DIEUX : En hauteur

Qu’est ce qui pousse certains humains à toujours se dépasser. A aller toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus longtemps. Et parfois également, toujours plus haut. C’est la très bonne question posée par le film le Sommet des Dieux, film d’animation franco-luxembourgeois, mais adaptation d’un manga à succès. Une histoire qui nous emmène vers les plus hauts sommets montagneux et surtout à la rencontre de ceux qui cherchent à les gravir encore et encore, souvent au péril de leur vie. Un sujet qui à première vue pourrait laisser indifférent beaucoup d’entre nous (moi le premier), mais qui séduit par sa réussite narrative et artistique.

Le Sommet des Dieux nous fait suivre les pas d’un journaliste qui cherche à retrouver un célèbre alpiniste japonais, disparu il y a plusieurs années déjà. C’est là la bonne idée qui donne toute sa saveur au scénario. Il est bâti comme un polar, même s’il n’y est jamais question de crime, de détective ou de policier. Cela confère une réelle tension au récit du début à la fin. On passe du présent au passé continuellement, mais toujours de manière très fluide et toujours pour faire avancer l’histoire à bon escient. C’est sur ce fil rouge extrêmement solide que vient se greffer une vraie réflexion subtile et profonde sur la motivation des personnages, ne la rendant que plus convaincante.

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LA VOIX D’AIDA : La voix de l’Histoire

La guerre dans l’ancienne Yougoslavie est quelque chose de forcément familier pour quelqu’un de ma génération, mais qui continue de receler une large part de mystère. Difficile de démêler la réalité des événements dans cette imbroglio de peuples qui se sont entre-déchirés aux portes d’une Europe occidentale qui se considère souvent (à tort ?) immunisée à jamais contre la guerre sur son sol. La Voix d’Aïda met brillamment en lumière les événements de Srebrenica, un nom qui était ancré dans ma mémoire de manière un peu flou. Il est désormais attaché à une réalité beaucoup plus claire. Mais une réalité effroyablement dramatique.

La Voix d’Aïda représente un exemple brillant d’un morceau d’Histoire à travers une histoire. L’histoire d’une femme qui se bat pour sa survie et la survie de sa famille. A travers elle, on va découvrir de manière assez précise le rôle de chacun des belligérants, des civils pris en otage par la situation et l’impuissance désarmante (c’est le cas de le dire) des casques bleus au milieu du chaos. On tremble pour le destin d’un personnage pour lequel on ressent un profond attachement et une grande admiration. Les émotions sont fortes et sincères.Et cela n’a rien d’incompatible avec une meilleure vision de la réalité géopolitique sous-jacente des événements.

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LES BRAISES (Sandor Márai) : Cherchez la femme

Attention dans cette introduction, je vais divulgâcher ! Donc si un jour vous comptiez lire les Braises de Sandor Márai, vous pouvez vous arrêtez là. Au moins, je vous aurais prévenu. C’est bon ? Vous êtes toujours là ? Ok, j’y vais ! Derrière toute histoire d’hommes, il y a une femme. Voilà un beau cliché un rien sexiste, mais qui prend tout son sens dans ce roman. Une histoire qui nous raconte les retrouvailles entre deux amis d’enfance qui se retrouve après 40 ans de séparation. La véritable raison de cette dernière ne se révélera que dans les dernières pages. Et vous aurez compris la nature de cette raison…

Mais avant cela, le roman, relativement court, aborde bien d’autres sujets. Les Braises dresse aussi le portrait d’une époque, la fin du XIXème siècle, dans l’Empire Austro-hongrois. Il le fait à travers l’opposition entre la monarchie conservatrice et une petite bourgeoisie qui aspire à une certaine liberté. On peut croire alors que Sandor Márai cherche à nous offrir une fresque historique. Mais peu à peu, le récit prend des allures plus intimes et le roman change de nature. Tout ceci se fait avec beaucoup d’habileté pour donner au tout une grande cohérence malgré tout. Le procédé narratif se voit, mais le lecteur se laisse faire et balader avec beaucoup de plaisir.

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LES AMOURS D’ANAIS : Pourvu qu’elle soit douce

Mettre le mot amour au pluriel est généralement synonyme de situation compliquée, à moins d’une très grande ouverture d’esprit (et encore…). Et comme on fait rarement de film sur les histoires simples, on est guère étonné de voir un film s’intituler les Amours d’Anaïs. Une histoire de trio amoureux, schéma qui a inspiré tant et tant de récits, aux personnages quelque peu singuliers. Elle ne nous apprendra peut-être rien de révolutionnaire sur la nature profonde du sentiment amoureux et du désir, mais un joli moment de cinéma.

Il n’est pas facile d’entrer dans les Amours d’Anaïs. En effet, dans un premier temps, le personnage principal apparaît sous un jour relativement antipathique. Il est toujours très délicat de traiter une femme d’hystérique, mais dans ce cas précis, il est difficile de trouver un mot plus adéquat. Dans une seconde partie, le film change de nature en même temps que l’histoire marque un tournant. Il se met alors à déborder d’une douce sensualité relativement troublante. Les personnages s’adoucissent et on peut enfin les aimer. Ils prennent surtout de l’épaisseur et l’histoire de l’intérêt. Tout cela fait que l’on sort de ce film assez charmé pour oublier l’impression plus mitigé des premiers instants.

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DUNE : Au panthéon

S’attaquer à l’adaptation d’une œuvre réputée inadaptable représente toujours un pari risqué. Surtout une œuvre qui semble jeter une malédiction à ceux qui tentent de la porter sur grand écran. On connaît la version de Dune par Jodorowski qui n’aura jamais vu le jour. Celle par David Lynch figure parmi mes films préférés, mais bien des amateurs éclairés la renient. L’annonce d’une nouvelle tentative par Denis Villeneuve a fait naître bien des espoirs. En effet, le cinéaste canadien avait, grâce à Premier Contact et Blade Runner 2049, déjà son siège réservé au panthéon de la science-fiction cinématographique. La manière magistrale dont il donne vie à l’univers imaginé par Franck Herbert lui fera encore gravir quelques marches.

On le savait déjà, mais Dune le confirme, Denis Villeneuve est un cinéaste dont la maîtrise artistique le rapproche des plus grands. Peut-être pas encore de la trempe d’un Kubrick ou d’un Welles, mais il fait incontestablement partie de ceux qui s’en rapprochent le plus. Il n’y a pas une fraction d’image dans aucun des plans de ce film qui ne soit pas proche de la perfection esthétique. C’est beau, tout le temps. C’est beau dans les moments calmes (nombreux, j’y reviendrai) et ça reste beau dans des moments d’actions terriblement spectaculaires. Le résultat est impressionnant parce que les idées qui prennent vie le sont, mais aussi par la manière sublime dont elles prennent vie. Rarement la science-fiction n’avait bénéficié de cette perfection formelle, qui n’aurait pas rougir de la comparaison avec celle d’un 2001, l’Odyssée de l’Espace par exemple.

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