LE CHAGRIN ENTRE LES FILS (Tony Hillerman) : Voyage à Vide

Le Chagrin Entre les Fils

A travers le cinéma ou la littérature, on a l’impression de tout connaître et savoir des États-Unis. Mais il reste tout de même quelques rares zones conservant un minimum de mystère. Les réserves indiennes en font partie. Les romans de Tony Hillerman se déroulent dans ce décor vraiment particulier. Le Chagrin entre les Fils est le 19ème (et dernier, écrit peu avant la mort de l’auteur) roman de cette série que je ne connaissais pas. Une nouvelle découverte après celle de Val Mc Dermid récemment Malheureusement, ce ne fut vraiment pas une révélation et je pense pas découvrir les autres volumes.

Une tapisserie sans éclat

Le titre le Chagrin entre les Fils comporte le mot fil au pluriel. En effet, l’histoire tourne notamment autour d’une tapisserie navajo. Un point de départ qui ne vend pas du rêve… et ce n’est pas pour rien puisque l’intrigue n’a rien de bien passionnante. On a beaucoup de mal à se passionner pour cette chasse à l’homme, sur les traces d’un tueur supposé mort des années auparavant. Le tout dans une enquête menée par un policier qui se sent obligé de sortir de sa retraite. Tout cela est un peu cliché à première vue… et en fait à seconde vue également.

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LE PUITS DES HISTOIRES PERDUES (Jasper Fforde) : Visite libre

Le Puits des Histoires Perdues

Quand on aime vraiment un livre ou un film, on dit que l’on rentre dans l’histoire. Une expression à prendre au second degré évidemment. Sauf chez Jasper Fforde. En effet, son personnage principal, Thursday Next est détective littéraire, ce qui lui permet de rentrer dans le monde des livres. Au sens le plus premier qui soit. Après l’Affaire Jane Eyre et Délivrez-Moi, voici le troisième volet de ses aventures : le Puits des Histoires Perdues. Un roman où l’auteur prend un malin plaisir à explorer toutes les possibilités offertes par son idée de départ. Pour le plaisir du lecteur, cela reste plus discutable.

Exploration

Avec le Puits des Histoires Perdues, Jasper Fforde se fait plaisir. En effet, il se fait plaisir en explorant toutes les possibilités offertes par l’univers délirant qu’il a crée. Il multiplie les éléments anecdotiques, mais souvent drôlatiques et décalés, comme autant de clins d’œil parfois réellement savoureux lancés aux grands lecteurs. Mais en faisant cela, il en oublie quelque peu de raconter une véritable histoire. L’intrigue ne prendra réellement de l’épaisseur que dans les dernières pages. Un peu trop tard pour enthousiasmer le lecteur qui, sans s’être réellement ennuyé, à parcouru ces pages d’un œil quelque peu discret.

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IL ÉTAIT UNE FOIS À HOLLYWOOD (Quentin Tarantino) : Adaptation inversée

Il était une fois à Hollywood

Il est classique de voir un roman à succès être adapté à l’écran. Certains films commerciaux à grand succès font parfois l’objet d’une « novelisation », c’est à dire l’écriture d’un roman (souvent médiocre tiré directement du scénario). Il est par contre beaucoup plus exceptionnel de voir réellement un roman tiré d’un film en menant un réel travail d’adaptation, c’est à dire en prenant parfois quelques libertés par rapport à l’œuvre originale. Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, Quentin Tarantino s’est livré à l’exercice à partir d’un de ses propres films. Ainsi, Il Était une Fois à Hollywood est un roman tiré du film Once Upon a Time in Hollywood.

L’histoire du roman et du film sont donc très proches mais présentent néanmoins un certain nombre de différence, donc le dénouement. Sa lecture se montrera tout aussi plaisante pour ceux qui ont vu le long métrage que pour ceux qui vont lire directement cet ouvrage. Les deux œuvres ont pour point commun d’être clairement celle d’un cinéphile qui raconte une histoire profondément imprégnée de cinéma. Quand on connaît le pedigree de l’auteur, cela n’est guère étonnant. Le lecteur appréciera d’autant plus le roman s’il partage aussi cet amour. Mais les lecteurs voulant simplement se plonger dans l’ambiance d’une époque et d’un milieu pourront aussi prendre beaucoup de plaisir à parcourir Il Était Une Fois à Hollywood, même sans saisir toutes les références ou savoir exactement qui sont tous les artistes, réalisateurs, actrices ou acteurs, cités au fil des pages.

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UN ÉCHEC DE MAIGRET : Commissaire sans défauts ?

Un Échec de Maigret

Le moins que l’on puisse attendre d’un des plus célèbres détectives de la planète qui fait face à un nouveau mystère, c’est qu’il le résolve à la fin du roman. Mais quand on tient dans ses mains un roman intitulé un Échec de Maigret, on se se demande si l’heure n’est pas venue de voir notre héros pris à défaut. L’impensable semble alors possible. Qu’en est-il vraiment à la fin de cet ouvrage ? Ne comptez pas sur moi pour le révéler ici. Il serait vraiment dommage de gâcher un des meilleurs épisodes des « aventures » du commissaire à la pipe.

Savoureux portraits

Les enquêtes du commissaire Maigret, comme le reste de l’œuvre de Georges Simenon, constitue une occasion d’examiner les travers de la bourgeoisie. Ici c’est la figure du parvenu qui joue un rôle central. Comme toujours, le portrait est savoureux, acide et piquant. Mais ceux dressés à travers la galerie de personnages riche et convaincante, le sont tout autant. Ce qui fait la qualité particulière d’un Échec de Maigret est que tout cela vient se greffer sur un mystère dont on attend vraiment le fin mot avec une certaine impatience. En un mot, il allie l’étude des mœurs avec un récit policier prenant. On regrettera juste un dénouement qui laisse un peu le lecteur sur sa faim.

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DISPARITIONS à LA CHAÎNE (Ake Smedberg) : En toute transparence

Disparitions à la Chaîne

Ecrire des romans policiers est un métier en soi. En effet, les auteurs qui s’essaient à ce genre écrivent le plus souvent uniquement des polars. Certains font exception comme Ake Smedberg, dont les rares éléments biographiques en français indiquent que Disparitions à la Chaîne, dont il est question ici, est sa première incursion dans le roman policier. Difficile de se faire une idée de ce que vaut le reste de sa bibliographie puisqu’il ne semble pas y avoir d’autres de ses œuvres traduites en français. On peut facilement penser que la traduction de celle-ci est simplement liée au fait de la popularité globale des polars suédois. Malheureusement, plus que pour la qualité exceptionnelle de ce roman…

Une histoire un peu fade

Disparitions à la Chaîne n’est pas non plus un mauvais polar. Mais simplement un polar qui n’a vraiment rien d’exceptionnel. Le fait que l’enquête soit en fait menée par un journaliste et non un policier n’apporte pas vraiment d’originalité. Il possède néanmoins une réelle qualité pour ce genre de roman, à savoir une intrigue dont on ne voit pas arriver le dénouement largement à l’avance. A l’inverse cependant, aucun des éléments de celle-ci ne déchaîne vraiment l’enthousiasme. Certains sont même passablement bancals et pas toujours très convaincants. Rien de rédhibitoire, mais cela place ce livre plutôt dans le rayon romans de gare corrects, plutôt que dans celui des grands polars.

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LES DERNIERS HOMMES (Pierre Bordage) : Apocalypse hexagonale

Les Derniers Hommes

La science-fiction constitue un domaine littéraire où les auteurs anglo-saxons règnent en maître et où les auteurs français ont du mal à émerger. Certains l’expliquent par une économie qui favorise la traduction d’auteurs déjà connus par ailleurs, plutôt que l’accompagnement d’écrivains en devenir. Pourtant, notre pays compte tout de même des plumes prêtes à faire vivre ce genre qui est pourtant né dans notre pays, Cyrano de Bergerac (le vrai!) et Jules Verne en ayant été les pionniers. Pierre Bordage en fait partie, au même titre que Jean-Philippe Jaworski par exemple (Gagner la Guerre, Janua Vera). Je suis heureux de l’avoir découvert à travers les Derniers Hommes.

Classique mais riche

Les Derniers Hommes est un récit relativement classique de vision apocalyptique du futur. La Terre a été ravagée par une troisième guerre mondiale et rendue quasiment inhabitable. Une poignée d’êtres humains s’y battent pour parvenir à survivre. Un point de départ que l’on retrouve dans de nombreux romans ou récits. Cependant, celui-ci se distingue par une grande richesse et la complexité du monde décrit. Une richesse dans lequel le lecteur peut parfois se perdre, mais finalement avec un certain plaisir. Pierre Bordage cherche vraiment à créer un univers unique. Il y parvient, en lui conférant de plus un caractère relativement fascinant.

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ILIUM (Dan Simmons) : Odyssée galactique

Ilium de Dan Simmons

Après avoir pénétré dans l’univers de Dan Simmons à travers les romans consacrés au monde d’Hypérion (dans lequel je vais pouvoir revenir bientôt), j’ai poursuivi mon exploration avec Ilium, premier volet d’un diptyque, mêlant des éléments tirés de la mythologie homérique et science-fiction pure et dure. Un mélange des genres qui n’était pas totalement absent du reste de son œuvre, mais qui est ici pleinement assumé et poussé jusqu’au bout. Le tout dans une atmosphère et un style typique de cet auteur relativement unique. Et qui peuvent difficilement laisser indifférent.

Trois récits (trop) en parallèle

On retrouve dans Ilium, une structure proche de ce qu’on retrouvait dans Hypérion. A savoir des récits en parallèle qui semblent n’avoir aucun lien les uns avec les autres, mais qui finiront tout de même par se rejoindre. Ce procédé a le grand mérite d’attiser la curiosité du lecteur qui se demande bien quel idée l’auteur a derrière la tête. Cependant, il nécessite de dissimuler au lecteur le plus longtemps possible l’ensemble des enjeux narratifs se cachant derrière chaque branche de l’histoire. Du coup, on s’y perd parfois. Le lecteur a un peu l’impression de lire trois livres différents en parallèle, qui vont susciter chez lui des engouements inégaux. Et surtout, le récit est parfois difficile à suivre. Chaque bloc de l’histoire est riche et complexe et on peine parfois à raccrocher lorsque l’on en retrouve un après avoir passé de longues pages sur ce qui nous semble tout autre chose. Surtout pour un fil qui nous enthousiasme moins.

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LE DOCTEUR PASCAL (Emile Zola) : Ce qui les lie

Après être arrivé au bout de mon voyage littéraire au long cours avec le personnage du Poulpe, je viens tout juste d’en achever un autre poursuivit en parallèle depuis plusieurs années. En effet, avec le Docteur Pascal, j’ai achevé ma lecture de l’ensemble des Rougon-Macquart d’Emile Zola. Un périple romanesque débuté en 2006. 16 ans, il fallait bien cela pour parcourir une œuvre aussi immense et magistrale, qui nous plonge au cœur d’un morceau de l’histoire de France. Avec ce dernier volet, le lecteur prend pleinement conscience de la dimension scientifique de la démarche de l’auteur. En effet, il est l’occasion de porter un regard sur tous les personnages qui ont peuplé les épisodes précédents et le poids de l’hérédité qui les relie. Si cela peut prêter à sourire à l’aune des connaissances en génétique de 2022, on mesure toute l’ambition de ce portrait littéraire hors du commun.

Le Docteur Pascal est donc un œuvre à double niveau de lecture. Il est porté par un fil rouge sous forme d’une histoire d’amour entre un oncle et sa nièce qu’il a élevée comme sa fille. Même à l’époque, cela avait moralement choqué, mais c’est évidemment volontaire de la part d’Emile Zola. Cependant, cela passe finalement au second plan. Cela donne de l’épaisseur aux deux personnages, mais ne constitue qu’un emballage pour le propos plus général sur l’hérédité. Ce roman est totalement indissociable de tout ce qui a précédé. Difficile de l’apprécier pleinement si on n’a pas lu le reste. Il s’agit vraiment de la conclusion de toute une saga, lui donnant un supplément de sens en mettant en pleine lumière son but ultime. Le personnage de Pascal Rougon devient ainsi un prolongement direct de l’auteur puisqu’il expose au lecteur les thèses qui ont présidé à la rédaction de l’œuvre.

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AU LIEU D’EXECUTION (Val McDermid) : Pur polar

Le polar est un genre qui rempli des mètres et des mètres de rayon dans les librairies. Il n’est donc pas toujours évident de trouver celui qui va vraiment se démarquer des autres. On peut bien sûr se fier aux auteurs qui ont acquis le statut de valeur sûre du genre. Ou on peut compter sur le hasard. Ou encore sur le bon goût présumé de ses voisins quand il laisse à disposition des livres dans le hall de votre résidence. C’est ainsi que j’ai pu mettre la main sur Au Lieu d’Exécution de Val McDermid. Un roman qui n’a rien de très original, mais qui est assez bien mené pour se laisser lire avec plaisir.

La disparition d’une jeune fille, un coupable présumée, un inspecteur obsédé par l’affaire, une vérité qui éclate des années plus tard… Autant d’éléments relativement classiques pour un polar et qui se retrouvent rassemblés au sein d’Au Lieu d’Exécution. Mais le tout formé est assez cohérent et habile pour permettre au lecteur de rentrer sans trop de difficulté dans l’intrigue et de la suivre avec curiosité du début à la fin. Peut-être qu’un rythme un peu plus soutenu et quelques pages en moins aurait donner un impact supplémentaire à cette histoire. Elle satisfera cependant tous les amateurs du genre, tant qu’ils ne cherchent pas à sortir de leur zone de confort littéraire.

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LE PARAVENT DE LAQUE (Robert Van Gulik) : Chine éternelle

Après le polar dans la Chine contemporaine avec les Courants Fourbes du Lac Taï, retour au polar dans la Chine impérial du 7ème siècle avec de nouvelles aventures du Juge Ti. Une façon de comparer les époques et de mieux comprendre comment les absurdités du régime communiste, délicieusement décrites par Xialong Qiu, ont des racines profondes dans la culture chinoise. Certes, cela se produit à travers un récit écrit par un Hollandais, mais quand on connaît la vie de Robert Van Gulik, on peut estimer qu’il sait de quoi il parle. C’est pourquoi, on peut apprécier Le Paravent de Laque pour toutes ses valeurs.

Comme pour beaucoup d’épisodes des aventures du Juge Ti, le Paravent de Laque raconte trois enquêtes distinctes en parallèle. Cette caractéristique rend ces romans parfois un peu difficiles à suivre car il faut se prêter à un petit exercice de reconnexion à chaque nouveau chapitre. Cela évite néanmoins la monotonie et donne beaucoup d’intensité au contenu. De plus, Robert Van Gulik a la bonne idée de proposer un index des personnages préalables, qui permet de recoller quelque peu les morceaux quand on se sent un peu perdu. Les protagonistes sont particulièrement nombreux par rapport à la longueur du récit, un rappel de qui est qui s’avère donc parfois nécessaire.

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