ILLUSIONS PERDUES (honoré de Balzac) : Un peu perdu, mais pas trop

Le livre est toujours meilleur que le film bla bla bla… J’ai souvent ironisé dans ces pages sur cet éternel débat un peu vain et qui revient fréquemment lors d’une adaptation d’une œuvre littéraire à succès. Je ne le relancerai pas ici, mais je prendrai une position claire à propos d’Illusions Perdues d’Honoré de Balzac en affirmant ma préférence nette pour… le film qu’en a tiré Xavier Giannoli. Je n’espère pas manquer ainsi de respect à une des plus grandes figures de l’histoire de la littérature, mais son roman, malgré son immense intérêt, souffre aussi de quelques défauts.

Le jeu des comparaisons pourrait n’avoir définitivement aucun sens quand on découvre que le roman se décompose en trois parties et que le film, après avoir éludé quelque peu la première, ignore purement et simplement la troisième. Mais force est de constater que c’est bien la deuxième qui constitue le cœur du propos d’Illusions Perdues. Si les premiers chapitres peuvent être vus comme des jalons posés pour préparer la suite, la partie finale ressemble un peu comme un prolongement greffé alors que l’inspiration n’est plus tout à fait là. Du coup, ça nuit quand même globalement à l’équilibre de l’œuvre que l’on quitte bien après le climax de l’intrigue, ce qui dilue largement son impact.

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HYPERION (Dan Simmons) : Un nouveau monde

J’ai la prétention d’avoir une culture relativement complète. Mais comme toute culture, elle connaît encore de sérieux trous. Mais peu à peu, je m’efforce de les boucher un à un. En lisant Hypérion de Dan Simmons, j’en ai bouché un de taille dans la rubrique roman culte de science-fiction. Il figurait pourtant dans ma liste de lecture depuis bien longtemps. J’avais donc largement eu l’occasion d’imaginer ce que pouvait bien être l’histoire qui sous-tend cette saga. J’étais cependant loin de m’attendre à cela.

Hypérion est le premier volet d’une histoire en quatre parties, formant deux paires qui se complètent. Il a donc la charge de nous introduire dans un univers et de nous présenter les personnages. Il assume pleinement cette tâche et on peut même dire qu’il s’y consacre pleinement. En effet, le récit se décompose principalement en sept sous-récits, un par personnage, chacun nous racontant qui il est et pourquoi il se retrouve là où le récit principal se déroule. Cela pourrait donc se montrer particulièrement frustrant mais heureusement l’univers décrit se montre suffisamment riche et fascinant pour que l’on apprécie pleinement cette longue phase de découverte. Une longue introduction qui donne fortement envie de connaître la suite.

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UN CRIME EN HOLLANDE (Georges Simenon) : Agatha Simenon

Si l’Inspecteur Maigret hante le plus souvent les rues de Paris, il lui arrive parfois d’aller exercer ses talents dans d’autres lieux. Parfois en France et même donc parfois à l’étranger comme dans Un Crime en Hollande, écrit en 1931. Le titre est assez explicite pour comprendre que l’enquête ne se déroule pas en France, même si elle concerne un ressortissant tricolore, ce qui justifie le déplacement (ce n’est pas l’élément le plus convaincant de l’histoire). Un roman de la série des Maigret quelque peu singulier, où Georges Simenon se prend quelque peu pour Agatha Christie.

Dans Un Crime en Hollande, l’Inspecteur Maigret se prend un peu pour Hercule Poirot. Un meurtre, une maison, et beaucoup de personnages qui la fréquentent. Il va examiner leur culpabilité potentielle un à un avant d’aboutir sur le nom du coupable. Le romancier belge nous décrit le processus avec moins de maestria que son homologue anglaise, mais il s’en sort tout de même avec l’immense talent qu’on lui connaît. Ce classicisme met le lecteur dans une zone de confort, mais empêche tout réelle surprise.

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LES BRAISES (Sandor Márai) : Cherchez la femme

Attention dans cette introduction, je vais divulgâcher ! Donc si un jour vous comptiez lire les Braises de Sandor Márai, vous pouvez vous arrêtez là. Au moins, je vous aurais prévenu. C’est bon ? Vous êtes toujours là ? Ok, j’y vais ! Derrière toute histoire d’hommes, il y a une femme. Voilà un beau cliché un rien sexiste, mais qui prend tout son sens dans ce roman. Une histoire qui nous raconte les retrouvailles entre deux amis d’enfance qui se retrouve après 40 ans de séparation. La véritable raison de cette dernière ne se révélera que dans les dernières pages. Et vous aurez compris la nature de cette raison…

Mais avant cela, le roman, relativement court, aborde bien d’autres sujets. Les Braises dresse aussi le portrait d’une époque, la fin du XIXème siècle, dans l’Empire Austro-hongrois. Il le fait à travers l’opposition entre la monarchie conservatrice et une petite bourgeoisie qui aspire à une certaine liberté. On peut croire alors que Sandor Márai cherche à nous offrir une fresque historique. Mais peu à peu, le récit prend des allures plus intimes et le roman change de nature. Tout ceci se fait avec beaucoup d’habileté pour donner au tout une grande cohérence malgré tout. Le procédé narratif se voit, mais le lecteur se laisse faire et balader avec beaucoup de plaisir.

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LES ELUCUBRATIONS D’UN HOMME SOUDAIN FRAPPE PAR LA GRACE (Edouard Baer) : Une voix, une plume

Depuis cinq ans et demi que je travaille dans le quartier des Halles, Edouard Baer est devenu la célébrité que j’aurais le plus vue dans ma vie, puisque je le croise très régulièrement. Mais avant cela, j’avais déjà eu la chance de le voir en vrai, non pas à la terrasse d’un café, mais sur scène. Car il ne brille pas qu’à la télévision ou au cinéma, il étincelle aussi au théâtre, jouant des textes qu’il écrit lui-même. Et cette fois-ci, il a décidé de le publier et d’en faire un livre. Dans son avant-propos, il explique l’importance de cette démarche. Et ceux qui n’ont pas eu la chance de voir Les Elucubrations d’un Homme Soudain Frappé par la Grâce seront ravis de cette séance de rattrapage littéraire.

Lire Les Elucubrations d’un Homme Soudain Frappé par la Grâce revient à se heurter aux limites inhérentes à la lecture des textes de théâtre. Mais quand on connaît assez bien Edouard Baer, quand on connaît sa diction, son ton, son style unique, on a l’impression de l’entendre en personne quand nos yeux parcourent les pages. Et du coup, la magie opère malgré tout. Peut-être pas avec la même force que s’il était vraiment devant nous, mais avec suffisamment pour prendre du plaisir à parcourir ces pages. Un plaisir assez bref, puisque tout ceci se lit assez vite. Mais c’est bien connu, ce n’est pas la longueur qui compte.

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LE ROYAUME (Emmanuel Carrère) : Le sens de l’Histoire

Entre l’Histoire et l’histoire, la frontière est parfois fine, quand un auteur décide d’amener son lecteur à remonter le temps. Souvent, l’intention est claire. Partager une pure fiction ou bien reconstituer le plus fidèlement possible les événements de l’époque. Un romancier n’est pas un historien. Mais il arrive que la séparation soit beaucoup moins nette. Voire même carrément floue. C’est le cas avec le Royaume d’Emmanuel Carrère. Une œuvre relativement inclassable qui nous emmène sur les traces des premiers chrétiens. Et de la vie personnelle de l’auteur.

Le Royaume est donc un roman aux multiples dimensions. Est-ce d’ailleurs réellement un roman ou un essai ? Le souci est qu’à force d’être beaucoup de choses, ce livre n’est au final rien de vraiment abouti. L’introspection personnelle de l’auteur n’est pas des plus passionnantes et occupe principalement les premières pages. Ensuite, on entre dans un récit qui n’est ni vraiment celui d’un romancier et sûrement pas celui d’un historien. Emmanuel Carrère se définit lui-même comme un enquêteur. Mais cela ressemble à une façon de se dédouaner et de justifier le fait qu’il est simplement un romancier qui joue aux historiens, sans en être un.

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LE NOM DE LA ROSE (Umberto Eco) : Le lieu du crime

A travers cette critique, je ne vais pas contribuer à l’éternel débat autour de l’adage « le livre est toujours mieux que le film »… Pourtant, elle s’y prêterait particulièrement puisqu’il s’agit ici de parler du Nom de la Rose, dont l’adaptation cinématographique figure parmi mes films culte. Je l’ai vu un certain nombre de fois (enfin pas plus de cinquante fois comme Star Wars quand même…). Cela a forcément influé mon jugement, mais je vais tenter de m’en affranchir. Surtout que ce roman est d’assez grande qualité pour mériter qu’on s’y intéresse pour lui-même, sans penser à chaque page au visage de Sean Connery. Bon, j’avoue, personnellement, il m’est quand même apparu régulièrement.

Par contre, je veux bien contribuer à un autre débat, en apportant une réponse définitive. Le Nom de la Rose est-il un polar ou un roman historique ? Pour moi, il s’agit avant tout incontestablement d’un excellent polar. L’époque, le décor, tout cela est bien au service d’une enquête qui ressemble fort à celles menées par les plus grands détectives de la littérature. Je concède éventuellement le terme de polar historique, mais il s’agit tout de même d’un roman d’une autre trempe que la plupart des œuvres que l’on retrouve dans la collection Grands Détectives de 10/18. Même si je suis bien incapable de mesurer à quel point le récit parvient à maintenir un réel suspense sur le fin mot de l’histoire, puisque je le connaissais depuis le début.

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CONFITEOR (Jaume Cabré) : Souvenirs de Catalogne

Parfois, certaines lectures sont des circonstance. Ainsi, c’est sous le soleil de Catalogne, que j’ai lu Confiteor, un roman justement écrit en catalan. Enfin, j’ai lu sa traduction française puisque ma maîtrise de la langue locale se limite à « gracies » qui remplace « gracias ». Tout cela tient évidemment de l’anecdote, même si pouvoir visualiser certains lieux qui sont cités pour les avoir arpentés moi-même quelques jours auparavant a renforcé le plaisir procuré par ce très beau roman. Un roman parfois ardu, mais d’une grande profondeur et d’une richesse remarquable.

Confiteor se présente sous forme d’une sorte de confession (d’ailleurs le titre original est Jo Confesso). Le narrateur va revenir sur sa vie et plus largement l’histoire de sa famille, placée sous le signe de la culpabilité. Les fautes du père se transmettent au fils. Et plus largement, on porte le poids du mal commis avant nous. Ce thème central paraît assez peu réjouissant à première vue. Mais il donne vie ici à un récit intriguant, où l’on suit avec une certaines avidité une quête de vérité qui connaîtra son dénouement dans les dernières pages. Autour de ce fil rouge, se noueront tous les épisodes qui forment une vie (famille, amour, amitié…) mais qui prennent ici un sens inattendu. Ce roman est bien plus que le récit d’un destin. Il livre une réflexion qui interpelle fortement le lecteur, qui pourra mettre quelques temps à vraiment mesurer tout ce qu’il peut en tirer. Personnellement, en écrivant ces lignes, je me rends compte que je n’ai pas fini d’en faire le tour.

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TRAFIC D’OR SOUS LES T’ANG (Robert Van Gulik) : Les débuts du Juge Ti

Tous les héros connaissent leurs grands débuts. Ils les connaissent parfois lors du premier volet de leurs aventures racontées dans un ordre chronologique rigoureux. Mais souvent, les auteurs aiment à revenir à l’origine de leur héros après leur en avoir déjà fait vivre plusieurs. Robert Van Gulik n’aura pas attendu bien longtemps avant de raconter les premiers pas du Juge Ti et de ses acolytes. En effet, Trafic d’Or sous les T’ang est le premier roman de la série d’un point de vu temporel, mais le troisième qu’il ait écrit. C’est donc un héros à la fois débutant, mais déjà affirmé qui nous est présenté ici.

Les aventures du Juge Ti nous emmène dans la Chine impérial su VIIème siècle. En 663 pour être précis concernant Trafic d’Or sous les T’ang. Dépaysement géographique et temporel garanti donc. Le personnage est librement inspiré d’un personnage historique réel, le même qui prend vie sur grand écran sous le nom de Détective Dee. Cependant, l’esprit est ici assez différent. On assiste à un récit policier extrêmement classique sur la forme, une sorte de mélange entre Georges Simenon et Agatha Christie. L’enquête est menée avec assez d’habileté pour ravir les amateurs du genre. On y découvre une foule de personnages hauts en couleur et les fils du mystère finissent par se nouer pour former un tableau relativement convaincant.

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UNE GOURMANDISE (Muriel Barbery) : Petit plaisir sur le pouce

L’imagination a cet immense avantage qu’elle permet de stimuler les cinq sens, à travers un seul. A priori, quand vous lisez un livre, seule la vue est stimulée. Pourtant, en choisissant les bons mots, un auteur peut vous faire entendre une douce musique, sentir une caresse douce ou torride ou bien encore vous titiller les papilles gustatives. Ce sont bien ces dernières qui sont mises à contribution en lisant Une Gourmandise, un roman qui porte donc particulièrement bien son nom. Une œuvre courte pour une première œuvre qui lançait la carrière de Muriel Barbery en 2000. Une œuvre néanmoins originale et savoureuse.

Un grand critique culinaire n’a plus que quelques jours à vivre. Il est temps pour lui de faire le bilan de sa vie et pour ces proches de s’interroger sur le rapport qu’ils entretiennent avec lui. Voici le point de départ d’Une Gourmandise. Cette narration en miroir, composée de cours chapitres développant de multiples points de vue, confrère une grande richesse à ce récit de peu de pages. L’un n’aura vécu qu’à travers son rapport à la cuisine, sans trop se soucier des êtres humains l’entourant, y compris ses enfants. Les autres auront vécu écrasés par l’image de cet homme au charisme éblouissant dont ils avaient bien du mal à capter l’attention et encore plus l’affection. Chaque chapitre contraste avec le précédent et on tourne les pages avec gourmandise !

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