MES FRERES ET MOI : La comédie humaine

Le cinéma français n’échappe pas toujours à ses propres clichés, on vient de le voir avec Tromperie. Heureusement, c’est parfois le cas. Avec le sexe, les thèmes sociaux sont souvent prisés par les films hexagonaux, mais avec une fâcheuse tendance à un misérabilisme parfois un insupportable. Heureusement, certains films parviennent à échapper à ce travers fâcheux. C’est par exemple le cas de Mes Frères et Moi, dont les bases pouvaient pourtant faire craindre le pire. Mais le talent de Yohan Manca est suffisamment affirmé dès son premier film pour échapper à tous les pièges.

Tous les ingrédients étaient pourtant réunis pour que l’histoire soit pleine de bons sentiments. Le jeune issu d’une famille et d’un quartier défavorisés repéré par un mentor qui pense qu’il a du talent et qui va le convaincre malgré l’hostilité de sa famille… voilà un point de départ largement éculé et qui se prête aux happy-ends lénifiants. Je ne dévoilerai rien du dénouement de Mes Frères et Moi, mais je peux par contre assurer que cet aspect du scénario n’est qu’une petite partie d’une histoire bien plus riche. Riche avant tout de ses personnages attachants, dotés d’une réelle épaisseur avec ce qu’il faut chacun de lumière et d’ombre. Certes, on n’échappe pas totalement aux bons sentiments, mais ils n’empêchent pas le propos d’être plutôt convaincant.

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TROMPERIE : De la page à l’écran

Les mauvaises langues véhiculent le cliché que les films français racontent quasiment exclusivement des histoires de culs entre intellectuels bourgeois. Et comme tous les clichés, il y a un fond de vrai… Tromperie, le nouveau film d’Arnaud Desplechin répond parfaitement à la définition énoncée plus haut. Certes, il s’agit de l’adaptation d’un roman américain, mais si c’est au final un Français qui l’a porté à l’écran, ce n’est sans doute pas pour rien. Après, il n’est pas certain que ce film réconcilient les mauvaises langues avec le cinéma français.

Tromperie suscite dans une premier temps une certaine curiosité chez le spectateur. Il se compose de scènes très courtes qui s’enchaînent. Cela donne un vrai rythme à la narration et préserve le public de l’ennui. Puis peu à peu, on s’aperçoit que cette narration, aussi dynamique soit-elle, est au service de pas grand chose. Une réflexion sur le couple, certes, mais qui ne va pas très loin. Je ne sais pas ce que vaut le livre de Philip Roth, mais la transition du papier au grand écran ne met peut-être pas totalement en lumière la qualité du texte. Ce côté très écrit finit par donner un côté quelque peu artificiel à l’ensemble et ne permet pas à l’émotion de naître.

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THE KING’S MAN : PREMIERE MISSION : Oubliable première

Quand on manque d’idée pour une nouvelle suite, il reste toujours la possibilité de proposer un prequel. C’est facile, c’est pas cher (enfin tout dépend du budget quand même) et ça peut rapporter gros au box-office. Bon, je ne suis pas certain que The King’s Man : Première Mission batte des records d’audience, mais ne doutons pas les producteurs rentreront dans leurs frais. Non que les qualités de ce film vaille de faire un grand détour, mais le marketing et l’envie des amateurs de la franchise assureront un minimum de public. La preuve, j’y suis allé…

The King’s Man : Première Mission rassemble ce qu’on peut attendre d’un divertissement de cette nature. Des scènes d’action spectaculaires, de l’humour, une pincée de drame et quelques rebondissement. Si tout ces éléments sont bien présents, leur qualité se montre quelque peu inégale. C’est suffisamment distrayant pour ne jamais s’ennuyer, mais ce n’est que trop rarement enthousiasmant. Et surtout les quelques rebondissements surprennent rarement. Le tout donne donc un résultat très loin de l’épisode original, qui avait représenté une divine surprise. C’est sympathique pour un jour de pluie, mais le film s’oublie aussi vite qu’on le voit.

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PALMARES 2021 : Meilleurs vieux !

Copyright Twentieth Century Fox

2020 avait été une année sombre pour le cinéma, avec la fermeture des salles obscures pendant une partie de l’année et l’annulation de beaucoup de sorties. Du coup, mon classement de l’année n’avait concerné que trois films. Malheureusement, 2021 n’a pas été loin de lui ressembler comme deux gouttes d’eau. Du coup, si j’avais continué à me contenter des films à qui j’ai attribué la note de 15 ou plus, la liste aurait une nouvelle fois riche de trois longs métrages. Le 7ème art méritant mieux, j’ai descendu la barre d’un cran pour accueillir aussi les films ayant reçu une note de 14 ou plus.

2021 aura donc été marquée par un triomphe du cinéma américain. Aussi bien dans son côté hollywoodien qu’indépendant. Evidemment, on pourra regretter un manque de renouvellement avec aux deux premières places, deux nouvelles adaptations d’une œuvre ayant déjà fait l’objet d’un passage sur grand écran. Tous les réalisateurs présents ici ne sont pas de première jeunesse : 75 ans pour Steven Spielberg et Paul Schrader et surtout 84 ans pour Ridley Scott. Heureusement, la liste compte aussi quelques premiers films comme The Father de Florian Zeller ou Promising Young Woman d’Emmerald Fennell.

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THE CARD COUNTER : Blessures profondes

Le cinéma américain possède une capacité unique de transformer les blessures les plus fraîches en scénario. On peut trouver ça parfois un rien indécent, mais cela vaut sans doute mieux que laisser les choses s’enfouir dans le sable pour être oubliée, comme on le fait parfois chez nous. Surtout quand le résultat est de la qualité de The Card Counter. Un film dont le vrai sujet met du temps à se dévoiler, mais qui sera traité avec beaucoup de force. Paul Schrader signe là un film magnifique après plus de 40 ans d’une carrière qui n’en compte pas beaucoup. Comme quoi, le talent peut mettre bien du temps à avant de s’exprimer pleinement.

The Card Counter est doté d’un scénario qui laisse le spectateur longuement circonspect. En effet, on se doute bien que l’histoire va finir par aller quelque part, mais on ne sait vraiment pas vers où. Et la réponse qui arrive est quelque peu inattendue, n’ayant strictement rien à voir avec le poker, qui reste pourtant un des éléments centraux du film. Mais si les cartes représentent le présent des personnages, leur passé finira par ressurgir. Le film dresse des portraits à plusieurs niveau. Au niveau des personnages évidemment, en particulier le protagoniste principal. Mais aussi à travers celui d’une Amérique profonde et de quelque cicatrices qui lui restent d’un récent passé. Le tout est amené à travers une narration parfaitement maîtrisée, qui va donc crescendo avant un final d’une très grande intensité.

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MADELEINE COLLINS : Flou, mais sans loup

Maintenir un maximum de temps le spectateur dans le flou est un jeu dangereux, mais qui peut rapporter gros. Dangereux car cela peut empêcher celui-ci de rentrer dans une histoire dont il ne comprend pas les tenants et les aboutissants. Mais à l’inverse, cela peut aiguiser sa curiosité et le pousser à suivre avec un maximum d’implication une histoire dont il brûle de connaître la vraie nature. Antoine Barraud a pris ce risque avec Madeleine Collins, un film qui s’ouvre sur une longue séquence dont on attendra longtemps de comprendre quel est le rapport avec le reste. Mais ici, le pari est totalement réussi.

Madeleine Collins, c’est donc avant tout un excellent scénario, remarquablement bien écrit et structuré. Le moment où tout prend sens figure parmi les twists les mieux amenés qui soient. Le moment où la lumière s’allume dans l’esprit du spectateur restera un passage mémorable. Bref une belle mécanique, qui suffit à donner de l’intérêt à cette histoire qui n’a donc rien du simple trio amoureux que l’on peut imaginer à un moment donné. Antoine Barraud joue vraiment avec le spectateur, mais celui-ci est vraiment ravi de se laisser faire, car tout cela est fait avec beaucoup de talent et de maîtrise.

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TOUS EN SCENE 2 : Joli rappel !

Ce qu’il y a de bien avec la musique, c’est qu’on ne s’en lasse pas facilement. On peut écouter tous les jours les chansons qu’on aime sans se lasser. C’est aussi pour ça qu’on regarde les comédies musicales sans se lasser non plus. Et on en redemande ! C’est donc pour cela que c’est avec un certain enthousiasme que tous ceux qui ont aimé Tous en Scène ont pu aller voir Tous en Scène 2! Les mêmes éléments, une légère impression de déjà vue, mais le même bonheur de retrouver tous ces personnages… et surtout la musique !

On retrouve donc dans Tous en Scène 2 une galerie de personnages folkloriques qui s’enrichit encore, pas mal d’humour et de péripéties et surtout beaucoup de chansons. Beaucoup de reprises de grands tubes dans des versions pleines d’énergie. Difficile de ne pas taper des pieds pendant le film, sans parler de l’envie de chanter (rassurez-vous j’ai épargné ça à mes voisins de salle). Entre deux chansons, on rit souvent, on suit avec un vrai plaisir les aventures de cette joyeuse bande aussi talentueuse que gaffeuse. Le film délivre des messages positifs, mais sans jamais se montrer lourdingue. Le parfait divertissement de Noël donc !

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UN HEROS : Polar social

Un personnage qui dit la vérité (ou presque) et que personne ne croit, dont toutes les manœuvres pour prouver qu’il ne ment pas l’enfonce toujours un peu plus, est un ressort narratif classique que l’on retrouve dans beaucoup de films. Un Héros repose sur une telle base. Mais le nouveau film d’Asghar Farhadi est loin de se limiter à cela. Rien d’étonnant venant d’un tel cinéaste qui confirme une nouvelle fois l’immensité de son talent. Un film récompensé par le Grand Prix à Cannes, un trophée amplement mérité.

Un Héros démontre une nouvel fois la capacité des cinéastes iraniens à jongler avec la censure pour proposer des histoires critiquant profondément la société iranienne, sans jamais remettre directement en question le pouvoir en place. Asghar Farhadi est passé maître en la matière. Une critique en creux donc, mais d’une terrible efficacité. Cette dernière vient d’une narration qui tient plus du polar que du film social. Des magnifiques personnages, particulièrement bien écrits. Certes les ficelles narratives sont parfois un peu grosses, ce qui peut nuire à l’empathie du spectateur qui se demande si le personnage principal ne le fait pas exprès. Mais le tout reste tout à fait convaincant et surtout terriblement passionnant.

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MATRIX RESURRECTIONS : Pilule à moitié pleine ou à moitié vide ?

Etait-il bien raisonnable de proposer un quatrième volet à la saga Matrix ? En effet, il existe un rare décalage entre le culte voué à un premier volet et le mépris que beaucoup de spectateurs témoignent aux deux suivants. Une quatrième couche n’était donc réclamée par personne. Mais après quelques bandes-annonces alléchantes, une certaine curiosité, à défaut d’impatience, a fini par naître, portée par l’espoir que toutes ces années d’écart depuis le précédent épisode aient permis de rassembler un maximum de bonnes idées. Au final, Matrix Resurrections en propose bien quelques unes et constitue un agréable divertissement. Mais ne constituera certainement pas un objet de culte.

Le premier grand mérite de Matrix Resurrections est de proposer une histoire qui ait un minimum de sens et de cohérence avec les épisodes précédents. Sans aller jusqu’à dire que cela ne sent pas du tout le réchauffé, au moins cela tient un minimum debout. Le pire est donc évité. Restait à relancer quelque chose qui ait vraiment de l’intérêt. Le pari est ici imparfaitement réussi. Les optimistes retiendront le mot « réussi », les autres « imparfaitement », faites votre choix. On suit tout de même le déroulé des événement avec le minimum de curiosité pour ne pas s’ennuyer. Et quelques belles scènes d’action viennent nous divertir, même si c’est finalement là où l’impression de déjà-vue est la plus forte.

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MADRES PARALELAS : la Fête des mères

Parmi les réalisateurs qui ont un thème de prédilection qui marque profondément leur œuvre, Pedro Almodovar occupe une très bonne place. En effet, difficile de ne pas savoir que sa mère joue un rôle particulier chez lui si on a vu plus de deux de ses films. Cela ne va pas s’arrêter avec Madres Paralelas, l’histoire de non pas une seule, mais deux mères, comme son nom l’indique. Des mères, qui ont elles-mêmes des problèmes avec leurs propres mères. Bref, cela fait beaucoup de mères pour un seul film. Et cela procure quelque peu l’impression d’un cinéaste qui tourne quelque peu en rond, malgré la qualité du propos et de la réalisation.

Les défenseurs les plus acharnés de Pedro Almodovar répliqueront, à raison, que le cinéaste espagnol ne raconte jamais la même histoire, même s’il est le plus souvent question de maternité. Celle de Madres Paralelas ne rappelle pas spécialement un autre scénario du cinéaste. Mails il reste quand même une impression de déjà-vue et un côté un peu forcé, comme un exercice de style avec un thème imposé. D’ailleurs, le dénouement qui laisse grandement sur sa faim le spectateur semble démontrer que si le point de départ était clair, le poins d’arrivée ne l’était pas. Cela n’enlève pas tout intérêt au propos, loin de là, mais limite quand même nettement sa portée.

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