NOPE : Get in !

Nope affiche

A quel moment peut-on considérer qu’un réalisateur est un grand cinéaste ? Suffit-il d’un seul grand film ? Peut-être pas, car la chance et le hasard, un casting assez bon pour ne pas avoir besoin d’être dirigé, un scénario en béton… tout cela peut conduire un metteur en scène moyen dans l’absolu à nous offrir un petit chef d’œuvre. Au bout du deuxième, la théorie du coup de chance en prend un coup. Mais est-ce assez pour vraiment établir un diagnostic définitif ? Je n’en suis pas certain. Mais pour Jordan Peele, je suis prêt à faire le pari. Après l’avoir découvert avec Get Out, Nope constitue la confirmation éclatante d’un immense talent.

Maîtrise magistrale

Un des plus grands mérites de Jordan Peele est d’obtenir une telle reconnaissance (je ne suis pas le seul critique enthousiaste) alors qu’il reste fidèle au film de genre. Mais bon, depuis Shining de Stanley Kubrick, qui doute encore que ce genre de film peut s’avérer être de purs chefs d’œuvre cinématographiques. Nope est un modèle de maîtrise à tout point de vue. Le rythme paraît lent, mais il l’est juste assez pour laisser le temps à l’inquiétude du spectateur de grandir. Les éléments se dévoilent les uns après les autres, dévoilant très progressivement le voile de mystère qui recouvre les premières minutes. Le final est grandiose et épique, montrant à quel point Jordan Peele est à l’aise sur tous les terrains.

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BULLET TRAIN : Pas de train-train

Bullet train affiche

Le train ne constitue pas à première vue le décor parfait pour un film. En effet, son étroitesse ne semble vraiment pas idéale pour du grand spectacle en cinémascope. Pourtant, avec une réalisation habile et en jouant sur l’effet de profondeur, il peut cependant servir de cadre à des films aussi spectaculaires que Snowpiercer ou Dernier Train pour Busan. Bullet Train pourra désormais être rajouté à cette liste. Cependant, il ne se situe pas tout à fait dans la même catégorie que les deux petits chefs d’œuvre cités précédemment. En effet, si le spectacle est plaisant, il n’a rien d’inoubliable.

Frénésie un peu vaine

Bullet Train est une sorte de grand foutoir, où une foule de personnages vont se croiser (et accessoirement souvent s’entretuer), alors que les stations défilent. Ces arrêts permettent à de nouveaux protagonistes de s’ajouter régulièrement. Cette impression de frénésie permet de garder un rythme soutenu, préservant le spectateur de tout ennui. Cependant, elle ressemble aussi à une tentative de cacher le caractère un peu vain et gratuit de l’ensemble. En effet, le scénario ressemble plus à un prétexte à un enchaînement de scènes qu’à une histoire solide et passionnante. La débauche d’énergie ne parvient néanmoins pas tout à fait à masquer l’impression de creux.

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TEMPURA : Saveurs timides

Tempura affiche

Beaucoup de films asiatiques ont la capacité d’ouvrir l’appétit du spectateur au sens propre du terme. C’est en particulier vrai pour les films coréens, où les personnages passent une bonne partie de leur temps à manger, mais aussi souvent des films japonais. Il font parfois de la cuisine, un élément central de leur histoire, comme pour la Saveur des Ramen par exemple. On pouvait naturellement s’attendre à ce qu’un film intitulé Tempura fasse de même. C’est vrai pendant une bonne partie de ce film, avant que cet aspect ne s’estompe. Heureusement, il est assez riche par ailleurs pour nous tenir en haleine, à défaut d’appétit, jusqu’au bout.

La saveur des tempura

Tempura raconte l’histoire immuable de deux êtres particulièrement timides qui doivent surmonter leurs peurs pour vivre enfin leurs sentiments. Il s’agit donc d’une forme de comédie romantique. Mais ici l’amour n’est que le moteur qui pousse le personnage à explorer ce qu’elle est et veut vraiment. Non qu’on se désintéresse de la romance, plutôt touchante au demeurant, mais ce n’est pas réellement le sujet central du film. On se situe plus dans la lignée des films portrait. Cela commence en tissant un lien solide entre la cuisine et le cours des événements. Cela donne un caractère particulièrement savoureux à la première partie du film. Dommage que Akiko Ohku ait décidé de dénouer ce fil au bout d’un moment, faisant quelque peu perdre à son propos son côté singulier, et accessoirement appétissant.

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THOR : LOVE AND THUNDER : Sans amour, ni Tonnerre

Thor : Love and Thunder affiche

J’ai souligné ces derniers temps un certain essoufflement dans l’univers cinématographique Marvel. Que ça soit Black Widow, les Eternels, Doctor Strange… on continue de passer de bons moments, mais sans jamais retrouver l’enthousiasme qu’ont pu faire naître certains épisodes. Les fans espèrent pourtant à chaque nouveau long métrage, les fans gardent espoir. La bande-annonce de Thor : Love and Thunder traduisait clairement l’ambition de Taika Waititi de proposer quelque chose de différent et de décalé. Certains se montraient enthousiastes et impatients, d’autres criaient au désastre annoncée. Les bonnes idées dont regorge ce film aurait dû donner raison aux premiers. Malheureusement, leur mise en œuvre relativement désastreuse a clairement des seconds des devins.

Grosse blague potache

L’univers Marvel s’est toujours caractérisé par un vrai sens de l’humour et de l’auto-dérision, qui a pu quelque peu se perdre depuis quelques temps. La volonté de Thor : Love and Thunder est clairement de renouer avec cette bonne habitude. Néanmoins, elle est tellement apparente et centrale que le film tend à ressembler à une grosse blague potache. Or, une part de l’histoire possède aussi un grande noirceur, notamment le personnage du méchant. Du coup, ces deux aspects ne parviennent pas du tout à rentrer en synergie et, au contraire, se décrédibilisent l’un l’autre. Chaque ressort, même le plus prometteur, ne parvient donc pas à produire pleinement l’effet escompté. Personne n’y trouve son compte et les amateurs aussi bien d’humour que d’aventures héroïques ressortent déçus.

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LA NUIT DU 12 : Mal ordinaire

La Nuit du 12 Affiche

Le film noir est une grande tradition française au même titre que la baguette de pain et les discussions interminables en terrasse. La tradition est peut-être moins forte que dans les années 60 ou 70, mais certains cinéastes hexagonaux la font perdurer. Parmi eux, Dominik Moll est sans doute celui qui contribue le plus à entretenir la flamme. Par la qualité plus que par la quantité, puisque la Nuit du 12 n’est que son 7ème film en près de 30 ans de carrière, 3 ans après Comme des Bêtes et 23 ans après Harry, un Ami qui Vous Veut du Bien qui a vraiment lancé sa carrière. Cela ne surprendra personne de savoir qu’il ne s’agit pas d’une comédie, mais d’une histoire de meurtre irrésolu (c’est dit dès les premières secondes, je ne spoile rien) venant hanter l’inspecteur en charge de l’enquête. Une histoire qui porte surtout un regard interrogatif sur nos comportements envers autrui.

Evil next door

La Nuit du 12 s’intéresse plus particulièrement aux rapports de séduction entre les hommes et les femmes. Surtout à l’attitude méprisante que la gent masculine peut adopter avec celles qu’elle qualifiera un peu rapidement de faciles. Un sujet dans l’air du temps, mais traité ici avec assez de pertinence pour ne pas y voir qu’une volonté d’aller dans le sens du vent. Un propos qui aurait pu paraître également caricatural s’il était porté avec moins d’intelligence. Le thème de ce film est au fond « les tueurs sont des gens ordinaires ». Cela place cette histoire de meurtre dans une réalité beaucoup plus médiocre, mais infiniment plus réaliste, que celle qui transparaît d’habitude des films de ce genre. Les assassins sont en effet rarement des génies pervers. Rarement des gens extraordinaires, au sens premier du terme. Rien ne les distingue en particulier au quotidien. C’est ce que ce film vient rappeler avec force.

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BUZZ L’ÉCLAIR : Vers l’infini mais guère au-delà

Buzz l'Eclair affiche

Les producteurs ont inventé la notion de suite et de franchise à peu près en même temps que le cinéma. Mais leur imagination a fini par faire naître d’autres idées pour exploiter au maximum un personnage ou un concept à succès. Sequel, prequel, spin-off, séries… Nos écrans sont remplis de dérivés de ce type. Pour le pire souvent, mais aussi parfois pour le meilleur. Buzz l’Éclair est à ranger dans la catégorie des spin-off. Mais un spin-off plutôt malin dans son lien avec la franchise originale, à savoir Toy Story, dont les 4 épisodes nous ont enchanté depuis bientôt 20 ans. Le résultat n’est pas tout à la hauteur du reste, mais assez réussi et surtout différent pour valoir un petit détour.

Buzz a le rythme

Buzz l’Eclair ne se situe pas dans l’univers de Toy Story. Il est le film dont le jouet Buzz l’Éclair est supposé être tiré. Il s’agit donc d’un vrai film d’aventure de science-fiction, sans lien avec notre réalité ou les personnages de la franchise, du moins sous forme de jouet. Cela pourra déstabiliser les plus petits, mais le film n’est clairement pas pensé uniquement pour eux. Les amoureux de Toy Story ont quelque peu grandi depuis 1995 et ils sont donc demandeurs d’un peu de complexité. Le scénario ici n’est pas celui d’Inception ou d’Interstellar, mais on y retrouve une notion de paradoxe temporel notamment. Bref, c’est divertissant, plutôt rythmé, propose quelques bonnes surprises, même si cela manque un peu d’audace. Mais on se vide la tête et on passe un bon moment.

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PETER VON KANT : Au théâtre ce soir

Peter von Kant

Adapter une pièce de théâtre au cinéma est un exercice à la fois facile et difficile. Facile parce que l’unité de lieu que cela implique souvent diminue les moyens nécessaires à la réalisation du long métrage. Mais cette même unité de lieu se montre également particulièrement visible. Difficile alors d’éviter cette impression de théâtre filmé qui donne toujours la sensation que ces films ne sont pas tout à fait du cinéma. On pouvait espérer qu’un réalisateur comme François Ozon y parvienne avec Peter Von Kant, l’adaptation d’une pièce de Fassbinder. Mais contrairement à Florian Zeller avec The Father, il échoue à donner à son long métrage une réelle dimension cinématographique.

Intensité et densité

Ceci dit, Peter Von Kant n’en est pas pour autant forcément un mauvais film. Certes, il s’agit de théâtre filmé, mais du très bon théâtre filmé. Oubliant de donner une réelle ampleur à ses décors, François Ozon se concentre sur autre chose. A valoriser un texte et un personnage puissants. Il s’agit d’un film portrait, d’un film sur l’amour, sur la souffrance, l’angoisse de la solitude, la peur de vieillir… Un propos riche, qui dégage beaucoup de force, à défaut d’être toujours hyper subtil. Tous les éléments sont assez classiques, mais leur intensité et leur densité donnent une réelle profondeur à ce film. Sa durée inférieure à 90 minutes montre bien que le réalisateur a vraiment veillé à ne jamais dilué son propos pour maintenir constante une réelle tension narrative.

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LES NUITS DE MASHHAD : Double jeu

Les Nuits de Mashhad affiche

Je pourrais évidemment écrire des pages et des pages pour faire l’éloge du 7ème art, vanter tous ses mérites et ses vertus. Je pourrais notamment consacrer un long passage sur la manière dont il offre malgré tout des espaces de respiration aux pays les plus cadenassés. Le cinéma iranien en est une illustration parfaite. La Loi de Téhéran ou un Héros nous ont émerveillés en 2021. 2022 nous offre les Nuits de Mashhad, un polar qui constitue en fait, quand on y regarde de plus près, une critique de la société et du pouvoir iraniens. Un double niveau classique pour le cinéma de ce pays, mais qui traduit surtout son incroyable richesse.

Maîtrisé à tous niveaux

La force des Nuits de Mashhad est d’être de très grande qualité sur ces deux plans. Le premier réside dans le face à face entre le tueur en série (dont l’identité n’est en rien cachée) et la journaliste prête à prendre beaucoup de risques pour le voir arrêté, malgré la passivité des autorités. Cet aspect est parfaitement maîtrisé jusqu’au climax digne des meilleurs thrillers. Le second est la critique sous-jacente d’une misogynie mortelle structurant la société iranienne. Comme souvent dans le cinéma de ce pays, elle prend la forme d’une critique morale des mœurs des citoyens, mais c’est bien le pouvoir qui est visé par cette œuvre. De manière très indirecte, mais assez évidente pour nos yeux d’Occidentaux.

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LES MINIONS 2 : IL ETAIT UNE FOIS GRU : Ca cartoone encore !

Les Minions 2 : Il était une Fois Gru affiche

Parmi les fiertés nationales dont notre beau pays peut se targuer, il y a bien sûr le vin, le fromage, Victor Hugo et les règles de grammaire qui pourrissent la vie de tous ceux qui essaient d’apprendre le français (y compris les Français eux-même d’ailleurs). On oublie trop souvent de citer également nos studios d’animation qui sont des références au niveau international. C’est notamment des animateurs bien français qui donnent naissance aux Minions et à Gru, leur mentor. On peut donc aller voir les Minions 2 : Il Etait une Fois Gru par pur patriotisme. Ou plus simplement pour passer un bon moment.

Un pur divertissement

Il y a longtemps que l’effet de divine surprise générée par Moi, Moche et Méchant est dissipé. On peut voir dans les Minions 2 : Il Etait une Fois Gru l’exploitation à n’en plus finir d’une franchise qui n’a pourtant plus rien de très nouveau à apporter. On n’aurait pas complètement tort, mais on aurait par contre complètement tort de bouder totalement son plaisir de retrouver ces créatures drôlatiques. Parce qu’au final ce film atteint son but avec une réelle efficacité. Il nous divertit, nous fait rire, nous fait oublier pour une heure et demi les grands problèmes du monde. L’univers est toujours aussi joyeux et coloré. Une joie qui reste toujours communicative.

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EL BUEN PATRON : Le bon Javier

Certains acteurs sont spécialistes des transformations physiques d’un film à l’autre. On pense notamment à Russell Crowe ou Johnny Depp. Javier Bardem est également pas mal dans son genre. La preuve avec El Buen Patrón où il incarne un chef d’entreprise d’un certain âge et bedonnant. On est loin du Javier Bardem d’une sensualité absolue de Vicky Cristina Barcelona ou même d’Everybody Knows, pour prendre un exemple plus récent. Mais ce qu’il y a de formidable avec un tel talent, c’est qu’il reste intact quelle que soit l’enveloppe qui le véhicule. Grâce à lui, le film nous offre un moment cinématographique particulièrement réjouissant.

Un portrait satyrique

El Buen Patrón est un portrait satyrique. Celui d’un homme aux défauts à première vue véniels, mais qui vont peu à peu prendre des proportions démesurées, quand les événements semblent se liguer contre lui. Il finira par commettre les pires horreurs pour un motif dont le dénouement soulignera la futilité. Le ton est résolument celui de l’humour et de la dérision, version acide particulièrement corrosif. Le spectateur devrait objectivement détester ce personnage, mais la magie du second degré (et le talent de l’acteur évidemment) fait naître un attachement et, avouons le, un plaisir sadique de le voir s’enfoncer toujours un peu plus.

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