TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPILOGUE : Socialiste un jour…

epilogueQuand j’ai commencé le récit que je viens d’achever, j’imaginais l’écrire sur quelques mois, et non en un peu plus de trois ans. Au départ, j’avais prévu de le terminer sur un épilogue intitulé « et maintenant ? ». Cependant, cela n’aurait plus vraiment de sens de l’écrire aujourd’hui. J’aurais pu faire le choix aussi de poursuivre mon récit qui serait devenu « 13 ou 14 ans au Parti Socialiste ». Mais cela n’aurait pas non plus tellement de sens, tant le bloc des dix années entre la défaite de Ségolène Royal et le renoncement de François Hollande constitue un cycle complet avec son début et sa fin. Depuis, c’est une autre histoire qui a commencé à s’écrire et bien difficile aujourd’hui de savoir où elle va mener le Parti Socialiste.

Cela ne veut cependant pas dire que je n’aurais rien à raconter sur ces trois années et demi depuis le début de l’écriture de mon récit. Le PS parisien est un monde particulier qui vaut bien celui des Yvelines. Et j’ai trouvé dans le 18ème une Section d’une autre dimension que celle de Viroflay. Avoir Lionel Jospin comme camarade lors des réunions de Section vous donne l’occasion de quoi nourrir une narration. Les dernières élections municipales ont aussi donné lieu à quelques épisodes savoureux. Peut-être un jour viendra où j’aurais envie d’en tirer quelques lignes et à les partager.

Mais rien n’est moins sûr. Si j’ai eu envie de raconter ces dix années, de 2007 à 2017, ce n’est certainement pas pour cracher dans la soupe ou pour dénoncer quoique ce soit. C’est pourtant facile ou tentant de jouer les donneurs de leçons. Je reconnais que je ne suis certainement pas parvenu à échapper totalement à ce travers. Mais j’espère ne pas ressembler à tous ceux que j’ai croisés, prompts à critiquer, sans se remettre eux-mêmes en question et criant au scandale quand ils ne sont simplement pas parvenus à gagner la confiance des autres.

Ecrire ce récit était avant tout une façon pour moi d’essayer de mieux comprendre ce qui a pu se passer lors de ces dix ans. Passer d’une aussi belle ascension vers le succès à une cruelle chute qui a mené le PS au bord du néant. Je ne sais pas si j’y suis parvenu, mais au moins j’ai pu mettre certaines de mes idées et de mes constats au clair et d’avoir une vue d’ensemble des processus de conquête et de déclin.

Si j’ai une conclusion à apporter est que, finalement, l’histoire du PS, comme celle de toute organisation, est une histoire humaine avant tout, largement autant qu’une histoire politique. L’organisation collective est supposée écarter les travers individuels. Je me rends compte aujourd’hui que cette idée est belle sur le papier, mais se heurte à une réalité toute autre. L’histoire que j’ai racontée en est une illustration frappante. Mais je pourrais en raconter des similaires au sein d’entreprises ou d’associations où j’ai pu évoluer. Les organisations humaines souffrent des mêmes défauts que les êtres humains. Si un jour, le PS l’acceptait, il ferait un grand pas en avant…

40 épisodes pour arriver à une conclusion aussi courte… Tout ça, pour ça ! pourrait-on dire… Mais elle me permet de mieux comprendre pourquoi je suis resté « malgré tout ». Je connais beaucoup d’ancien compagnons de route qui me demandent pourquoi j’y crois encore. Je leur répondrais d’abord que tout cela n’est pas une question d’individus, d’organisation ou même d’idéologie. Tout cela est avant tout une question de nature humaine. Alors, je finirais par dire que, tout simplement, ne plus y croire, cela ne serait pas uniquement ne plus croire dans le PS, cela ne serait plus croire dans le fait que l’être humain puisse être meilleur demain. Et ne plus croire en cela, ce ne serait définitivement plus être socialiste. Et ça, ce n’est pas pour demain…

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 40 : Plus dure fut la chute

episode40En racontant cette histoire, je pourrais mentir en disant que je n’ai jamais envisagé de voter pour Benoît Hamon aux élections présidentielles. Je me suis bien posé la question… pendant les quelques jours suivant les primaires où il a semblé bénéficier d’une dynamique suffisante pour avoir ses chances. Cela ne dura pas longtemps avant qu’on lui colle l’étiquette du Monsieur 6%, score que lui promettait les sondages et qui a bien été le sien.

En racontant toute cette histoire, je me suis toujours évertué à éviter de me décrire comme quelqu’un qui aurait toujours tout prévu et qu’on n’aurait jamais écouté. C’est toujours tentant de le faire a posteriori. Mais un beau jour, j’ai écrit ce billet : http://www.julienbouffartigue.net/index.php/blog-actualites/1992-apprendre-de-ses-victoires. Dans celui-ci, j’écrivais : Benoît Hamon a remporté les primaires en étant l’homme qui défendait une idée forte et tous ses adversaires se sont évertués à en faire le centre du débat et lui offrir la victoire sur un plateau. Qu’il continue sur cette voie s’il compte l’emporter. La principale question est de savoir s’il possède encore des munitions pour reprendre la main. S’il compte s’asseoir à l’Elysée avec le seul revenu universel comme étendard, il va au devant d’une grande désillusion.
J’ignore s’il a encore des idées fortes sous le coude. Mais sa victoire sera à ce prix. Et uniquement à ce prix !

Je suis donc en droit de le dire, j’avais anticipé le désastre qu’allait représenter sa candidature. Et pas uniquement à cause de toutes les raisons que j’avais de lui vouer un mépris, voire une certaine forme de haine. J’avais identifié sa faiblesse et il s’est passé exactement ce que j’avais prédit. J’aurais sincèrement préféré que l’histoire me donne tort. Je ne sais pas si cela me confère un titre de gloire, mais cela constitue certainement un des éléments qui m’ont fait m’estimer légitime pour livrer ainsi ma vision de ces dix années.

J’aurais pu, du coup, me tourner vers Jean-Luc Mélenchon. Mais je pense que tous ceux qui m’ont fait l’honneur de me lire savent à quel point cela ne pouvait constituer une option pour moi. Il ne représente pas à mon sens simplement quelqu’un avec qui je peux avoir des désaccords. Je suis même souvent d’accord avec lui, car c’est certainement un des hommes politiques les plus intelligents de notre pays. Mais il défend une conception globale de la société qui est dangereuse. L’histoire a prouvé à de maintes reprises qu’elle provoquait toujours des drames sanglants à chaque fois qu’elle a eu l’occasion d’accéder au pouvoir.

Comme je l’ai évoqué dans le précédent billet, avant d’être rattrapé par la justice, François Fillon paraissait comme l’immense favori de l’élection présidentielle. Sa victoire aurait marqué une alternance droite/gauche, tout ce qu’il y a de plus classique. Le Nouveau Monde aurait peut-être bien du mal à l’admettre aujourd’hui, mais sans les soucis judiciaires du candidat des Républicains et l’incompréhensible choix de ces derniers de ne pas en changer, il n’aurait jamais pu émerger. Emmanuel Macron allait définitivement arriver au pouvoir par défaut et grâce à des circonstances qui n’ont rien à voir avec son talent ou son sens politique. Sans elles, le fait de ne pas s’appuyer sur un bloc militant fort et historique aurait constitué une faiblesse rédhibitoire.

L’enjeu du premier tour devient donc rapidement de savoir qui accompagnera Marine Le Pen au second tour pour finalement l’emporter certainement contre elle. La lutte est serrée. Si je n’ai jamais cru que Mélenchon puisse vraiment y accéder, le score de François Fillon dans les sondages continuent de se maintenir à un niveau étonnant. Or, je refuse de me voir contraint à un second tour entre la représentante du Front National et le représentant d’une droite réactionnaire et conservatrice. Avoir voté Jacques Chirac en 2002 avait déjà été assez douloureux comme ça.

Là encore, je ne veux pas réécrire l’histoire. Je ne le nie pas. L’émergence d’En Marche m’a interrogé. Si vous avez suivi les 39 épisodes précédents, vous imaginez bien que rejoindre un mouvement donnant un grand coup de pied de la fourmilière du militantisme politique me tente l’espace d’un instant. Mais idéologiquement, tout cela me semble trop flou pour que je puisse m’y engager. Je suis en retrait de la vie du PS et tout me pousse à garder cette posture d’attente. Mais mon choix est fait très vite après les primaires citoyennes. Je vais voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour.

La perspective d’un vote d’adhésion, plutôt qu’un vote utile, s’éloigne vite. Les options économiques du programme d’Emmanuel Macron l’éloignent vite du centre gauche, qu’il aurait pu facilement incarner, pour aller chasser sur les terres de la droite. Cyniquement, je ne peux que reconnaître que c’est tactiquement ce qu’il fallait faire. La gauche est en lambeaux et les électeurs comme moi sont résignés à voter pour lui. Pour être sûr d’accéder au second tour, il doit continuer à capter l’électorat qui se serait naturellement tourné vers François Fillon, sans les problèmes judiciaires de ce dernier. J’acte donc vite que je vais voter pour un candidat qui n’est pas sur la même ligne économique que moi. Je me console alors avec le progressisme qu’Emmanuel Macron semble encore afficher sur les questions sociétales. Je vivrais comme une trahison le tournant conservateur de son quinquennat.

Pour le premier tour, je tiens ma place au bureau de vote. Officiellement, je représente… Benoît Hamon. Ce simple fait résume à lui seul à quel point mon univers militant n’est plus qu’un champ de ruines dans lequel je me sens un peu perdu. Le soir, en voyant Emmanuel Macron devancer François Fillon et accéder au deuxième tour, je me sens soulagé. Je sais que Marine le Pen ne pourra pas le battre. Mais, pour moi, qui ai vécu si intensément 2002, la faiblesse de l’écart final restera comme une blessure.

Le jour de la passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron, une page de ma vie se tourne. Non que le PS soit toute ma vie, loin de là, mais elle apporte la conclusion à un long cycle de dix ans faites d’abord de tant de victoires avant une longue agonie. Tout est à reconstruire. Une nouvelle histoire est à écrire… Rendez-vous dans dix ans ?

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 39 : Les primaires si moyennes

episode39François Hollande avait pleinement bénéficié de la dynamique insufflée par les primaires pour être élu Président de la République. Cinq ans plus tard, au moment de renouveler la démarche, l’ambiance et les perspectives n’ont plus rien à voir. Il ne s’agit plus de battre un Président sortant impopulaire. Il ne s’agit plus de primaires organisées par un parti politique qui a enchaîné les victoires aux élections locales pendant dix ans. Il s’agit d’une tentative un peu désespérée de recoller les morceaux au sein d’une gauche en lambeaux. Le résultat s’avérera totalement inverse, mais à l’heure de préparer l’organisation des primaires citoyennes, les militants PS gardent malgré tout un petit fond d’espoir.

La question de la participation éventuelle à des primaires du Président sortant s’étant réglée toute seule, il reste celle de leur périmètre exact. Pendant longtemps, le PS a espéré organiser des primaires « de Macron à Mélenchon ». Je ne sais pas si quelqu’un a un jour vraiment cru à cette éventualité. Mais afficher cette volonté ne coûtait pas grand chose. La participation de deux leaders politiques ayant bâti leur mouvement en siphonnant un côté et l’autre du PS aurait pu paraître incongrue. Pourtant, je reste persuadé que l’un ou l’autre aurait peut-être été finalement élu Président s’il l’avait fait…

Mais qu’est ce que je raconte ? Emmanuel Macron a été élu Président de la République ! Certes… l’histoire oublie cependant souvent que sans le bénéfice qu’il a tiré de l’affaire Fillon, il n’aurait certainement pas remporté l’élection, faute d’une base fidèle et militante suffisante. Je maintiens donc mon propos… Sur lequel je reviendrai dans le prochain et ultime épisode de ce récit. En attendant, les primaires ont lieu sans lui et sans le leader de la France Insoumise. Parmi les candidats sur la ligne de départ, trois favoris : Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.

Personnellement, je suis plongé dans un profond désarroi. Aucun des trois ne me donne envie de le suivre pour différentes raisons, avant même d’entendre ce qu’ils ont à proposer. Mon déménagement m’ayant conduit à me retrouver en retrait de toute activité militante, je vis tout ça uniquement à travers les médias. Je n’assiste donc pas aux débats en Section et aux déchirements qu’ils engendrent. J’ai eu mon lot pendant cinq ans. Je ne me suis jamais engagé en politique pour assister à des pugilats un peu vains entre camarades, encore moins en tant que pur spectateur.

C’est donc avec un esprit totalement ouvert que j’assiste aux débats entre les candidats pour savoir qui aura ma voix au premier tour. J’avoue que j’espère alors me laisser convaincre par Sylvia Pinel. Non pas parce qu’elle était la seule femme sur la ligne de départ, mais parce que depuis le début je cache un terrible secret. En effet, il est temps de vous faire une révélation… En vrai, au fond, je ne suis pas socialiste. Si je regarde l’histoire des idées et des positions défendues, je suis clairement un raidical de gauche. Mais voilà, un parti dirigé par les héritiers d’un système quasi mafieux, très peu pour moi ! Malheureusement, ce soir-là, elle livre une prestation bien décevante. Non que les idées qu’elle défend me déplaise, mais sa diction hésitante et son manque absolu de charisme ne me permettent pas de voir en elle un candidat potentiel à une élection présidentielle.

Mon choix se porte donc sur un autre outsider, François De Rugy. Si je n’ai jamais eu beaucoup d’amour pour les écologistes politiques, il est pour moi tout simplement celui qui présente le meilleur programme. Il convaincra peu de monde, aussi parce que quasiment personne n’écoute jamais vraiment ce que les candidats ont à dire, à part quelques slogans. Je ne regrette pas mon choix, même si la suite de l’histoire fera que je n’ai plus grand chose en commun avec lui aujourd’hui. Mais cette histoire n’est alors pas encore écrite.

Si je n’ai pas participé aux débats en Section, j’ai tout de même fait savoir à mon Secrétaire que je suis disponible pour tenir un bureau de vote. Cette journée passée à faire voter le peuple de gauche reste tout de même un bon souvenir. Déjà parce que la participation est meilleure que ce que l’on pouvait craindre. Certes, rien à voir avec celles organisées cinq ans plus tôt, mais on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer.

L’identité des deux finalistes ne constitue pas vraiment une surprise, même si les troupes d’Arnaud Montebourg sont très amèrement déçues. Par contre, l’avance nette de Benoît Hamon n’était pas vraiment attendue. Manuel Valls sait qu’il n’a pas forcément un grand réservoir de voix et que peu d’électeurs d’Arnaud Montebourg voteront pour lui. Etre devancé de cinq points ressemble déjà à une défaite. Il reste cependant un débat en face à face entre les deux finalistes pour renverser la tendance.

Cependant, le débat ressemblera à un enterrement pour Manuel Valls. Benoît Hamon se présente avec une idée qu’il martèle, le revenu universel. Qu’on soit d’accord ou pas, convaincu ou non, force est de constater que c’est simple et percutant. Une vraie idée pour rendre une campagne accessible et compréhensible par tous. En face, c’est le néant. L’ancien Premier Ministre ne peut masquer qu’il n’a jamais été un homme qui produit des idées ou des axes programmatiques. On peut lui reconnaître des qualités, mais pas celle-là. Or, cela constitue un handicap rédhibitoire quand on aspire à une telle fonction. Benoît Hamon sort du débat en grand vainqueur.

Cela se confirme dans les urnes le dimanche suivant. Benoît Hamon est désigné candidat du Parti Socialiste pour l’élection présidentielle. Pas avec ma voix, vous vous en doutez pas. Mais son adversaire du soir n’en a pas bénéficié non plus. Impossible pour moi de choisir entre ces deux hommes dont trop de choses me séparent politiquement. Cette journée aura été une des plus difficiles de mon parcours militant. Car dès le soir même, je sais déjà, au fond de moi, que, moi, qui ai toujours été un bon petit soldat du parti s’apprête à le trahir dans les urnes dans quelques semaines.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 38 : Orphelin politique

episode38Nouveau boulot, nouvelle ville, nouvelle appart… en gros nouvelle vie. Et par la même occasion nouvelle Section. Si mon PS viroflaysien a toujours été paisible et convivial, je quitte une fédération des Yvelines en feu, marquée par une violence des rapports entre les forces militantes que je ne regrette pas le moins du monde. On peut même dire que je suis heureux de la quitter en espérant ne plus jamais avoir à militer dans une telle ambiance délétère.

Cependant, mon arrivée à Paris correspond à la période des désignations au PS pour les élections législatives et sénatoriales. Le député sortant est Daniel Vaillant. Il occupe ce mandat depuis 1988 (avec quelques interruptions). Il a aussi été maire de l’arrondissement de 1995 à 2014. Autant dire que ce n’est pas n’importe qui. A bientôt 70 ans, on lui a fait comprendre qu’il est temps de passer la main. Mais il rechigne. Pour faire passer la pilule, on lui promet en échange d’un renoncement une place éligible sur la liste PS des sénatoriales.

Le timing des événements va proposer un scénario dont seul le PS a le secret. La date limite des dépôts de candidature à la candidature pour la députation est atteinte avec une seule d’enregistrée, ce qui aurait dû permettre de régler la question de la succession sans heurt. Le lendemain, le Conseil Fédéral se réunit et annonce la liste pour les sénatoriales. Daniel Vaillant en est absent. Il crie à la trahison et annonce sa volonté de briguer malgré tout un nouveau mandat de député. Mais les statuts du PS ne lui permettent pas de le faire sous cette étiquette, la date butoir pour la valider à travers le vote des militants étant passée.

Le jour du vote en Section, il n’y a officiellement qu’une seule candidate. Pourtant, c’est bien Daniel Vaillant qui récoltera le plus de bulletins à son nom. D’un point de vue formel, autant de votes nuls, mais un terrible désavoeux pour celle qui est finalement investie. J’ai eu depuis des échos de la violence des échanges ayant eu lieu à cette occasion. Tout ceci prouve également une nouvelle fois, qu’au nom de la fidélité, les militants de terrain pardonnent facilement à ceux qui s’accrochent au pouvoir quand ils les connaissent, alors qu’ils dénoncent facilement ce genre de comportement chez les autres.

Je vois ça de loin, car je n’ai pas encore participé à la moindre réunion de Section. J’ai juste fait la connaissance de mon Secrétaire qui organisait une distribution de tracts juste en bas de chez moi. Il m’a fait immédiatement une excellente impression, ce qui se confirmera par la suite. Il fait partie de ces quelques personnes qui me rappellent pourquoi militera au PS représente aussi l’occasion de croiser des personnes hors du commun. Donc j’aurais pu me sentir impatient de découvrir mes nouveaux camarades. Mais voilà, ce que je perçois de la situation me rappelle trop ce que je viens de quitter. Du coup, je me mets en retrait pendant un long moment…

L’annonce du 1er décembre 2016 m’incitera d’autant moins à sortir de cette hibernation. Ce soir-là, quand le Président de la République prend la parole, la plupart s’attendent à l’annonce de sa candidature à l’élection de 2017. Ce sera au contraire un renoncement. Ce n’est pas non plus une surprise totale, tant le chemin vers une réélection parait semé d’obstacles insurmontables (dont un certain Emmanuel Macron). C’était même objectivement la meilleure décision à prendre. Mais pour ceux qui, comme moi, on a passé cinq ans à se battre pour le défendre et le plus souvent contre ses propres camarades, le coup est rude.

Je me définis ce jour-là comme un orphelin politique sur les réseaux sociaux. Je mesure l’immensité du vide qui s’ouvre devant ceux qui revendiquent l’étiquette de sociaux-démocrates. Ce vide frappera aussi tous ceux qui, à gauche, jubilent à cette annonce. La suite des événements me prouvera malheureusement à quel point j’avais raison et à quel point certains auraient dû mesurer leur joie. Ce sentiment de se retrouver sans cap, ni boussole ne m’a pas vraiment quitté depuis. Et le moins que l’on puisse dire est que personne n’a repris le flambeau. Tous ceux qui ont lui craché dessus pendant cinq ans en pensant pouvoir s’en saisir avec facilité ont échoué à entraîner une part significative de l’opinion.

Pourtant un homme aurait pu, aurait dû tenter sa chance. L’histoire l’a oublié, mais les quelques mois de Bernard Cazeneuve comme Premier Ministre, auront été les tels que le quinquennat tout entier aurait dû être. Il parvient à renouer la confiance avec une partie de ceux qui avaient rejoint la fronde. Son évidente modestie, son sens du devoir, que personne ne peut lui contester, vu son parcours, restaure une certaine confiance, mais bien trop tardive. Peu après avoir clamé mon statut d’orphelin, je me dis prêt à devenir cazeunvien. J’aurais pu l’être avec la même sincérité que j’ai été hollandais. Bernard Cazeneuve fera le choix de l’esquive et ne jouera aucun rôle dans la période de turbulences dans lequel le PS allait s’enfoncer. Tant pis pour lui, le PS, la gauche et sans doute le pays. Ses velléités de retour manifestées récemment sont vouées à l’échec. Personnellement, je ne lui pardonnerai pas cette forme de lâcheté.

Je n’en veux pas à François Hollande. Je l’aurais soutenu jusqu’au bout de la défaite. Son absence d’entêtement, qui contraste avec le retour raté que mènera Nicolas Sarkozy, prouve une nouvelle fois une forme d’intelligence et d’humanité qui auront fait sans doute aussi sa grande faiblesse. Sa présidence laissera un goût d’inachevé, de gâchis, mais pour avoir eu la chance de le voir depuis et d’échanger quelques mots avec lui, je sais qu’il vaut bien mieux que tous ceux qui auront osé le regarder de haut, sans avoir réalisé le centième de ce qu’il aura accompli.

Par contre, soyons clairs. Si le renoncement a fait de moi un orphelin, il trouverait en moins un farouche opposant s’il cherchait réellement à revenir. On ne réécrit pas l’histoire et je serais très triste de le voir substituer une triste fin par une fin pathétique.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 37 : La fin d’une vie

episode37En août 2016, ma période d’essai vient de se terminer. Je suis donc en mesure de mettre en oeuvre la dernière étape de mes envies de changement. Je me mets donc en recherche d’un appartement sur Paris… que je trouve à ma première visite. Je suis plutôt chanceux pour le coup. Mais une fois le préavis donné et le bail signé, une course contre la montre commence. Beaucoup de démarches, beaucoup de cartons et un coup de fil à passer.

Auparavant, je n’avais jamais appelé le Maire de Viroflay au téléphone. Il n’a jamais eu rien à craindre de moi et moi, jamais rien à espérer de lui. Nous nous sommes toujours témoignés une forme d’indifférence. J’ai mené une campagne municipale, sans jamais l’évoquer et je n’ai jamais fait de politique pour le plaisir d’être son opposant. Ce jour là pourtant, je suis sur le balcon de mon bureau pour lui annoncer que je m’apprête à lui envoyer un courrier de démission du Conseil Municipal. L’échange sera court et sans affect.

Je ne me souviens plus très bien du moment où j’ai prévenu mes camarades de mon départ. Je crois bien que c’est avant de trouver un appartement, peut-être même avant l’été. En tout cas, en le faisant, je me libère d’un poids. Je peux enfin arrêter de mentir, même si c’est mentir par omission. Les réactions sont bienveillantes. Il faut dire qu’une des différences entre la gauche et la droite à Viroflay tient aussi dans le rapport à la ville. Un des objectifs des élus de la majorité, rappelés sans cesse, étaient de permettre à leurs enfants d’y habiter (vaut mieux nos enfants, que des pauvres dans les logements sociaux…). Notre objectif était de permettre à nos enfants d’accomplir leurs rêves, qui passent souvent par un autre horizon que cette ville parfois désespérément calme…

En septembre 2016, j’assiste donc à mon dernier Conseil Municipal. Le dernier acte de ma vie d’élu. Il se passe normalement. A la fin, le Maire m’invite à faire un discours. J’avais évidemment réfléchi à ce que je voulais dire. J’hésitais sur le ton à adopter. J’aurais pu être cinglant, rappeler à la majorité une dernière fois ce qui nous séparait. Mais au dernier moment, un peu ému, j’opte pour un discours nettement plus consensuel. Je parle de l’engagement, de sa difficulté et de la fierté que chacun autour de cette table peut ressentir d’avoir fait ce choix, indépendemment de son camp. Je le termine sous une vraie salve d’applaudissements. Je sais que la plupart sont sincères. Au cours de ces années, je pense avoir gagné un profond respect de la part de beaucoup d’élus de la majorité, pour ne pas dire parfois de l’admiration. Et peut-être même un peu d’envie. Je suis sûr que certains auraient aimé qu’on leur donne les moyens d’être plus ambitieux dans leur mission.

Le Maire prononce quelques mots positifs à mon égard. Pas d’effusion non plus. Il se lève pour me faire un cadeau. Un livre sur l’histoire de Viroflay qu’il m’a dédicacé. Je lui fais alors remarquer que j’ai déjà ce livre puisqu’il a été donné précédemment à tous les élus… Ce cadeau dénué de toute imagination lui ressemble tellement… Enfin le petit mot à l’intérieur est plutôt sympathique alors j’ai substitué dans la ma bibliothèque cet exemplaire à celui qui s’y trouvait déjà. Je quitte pour de bon la salle du Conseil, tournant le dos à huit années de ma vie et à une expérience un rien frustrante, mais que je ne regrette certainement pas.

La soirée en mon honneur organisé par mes camarades me touchera infiniment plus. Touché par le nombre d’entre eux à être venus, même quand ils avaient pris quelque peu leurs distances avec le PS. C’est un des rares moments dans mon parcours politique où j’ai vraiment ressenti pourquoi nous nous surnommons « camarades » entre nous. Ils auraient pourtant pu me tenir rigueur pour un départ finalement peu de temps après qu’ils m’aient témoigné une grande confiance en me confiant la tête de la liste. Je n’ai ressenti ça dans aucun regard, dans aucun mot. Mais plutôt de la gratitude et des regrets de me voir partir.

Si je n’ai alors aucun regret de quitter Viroflay, j’ai ce soir là un gros pincement au coeur en quittant mes camarades viroflaysiens !

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 36 : Fin de règne

episode36Après les élections régionales et la déchéance de nationalité, le moral des militants socialistes ne se situent pas au beau fixe en ce début d’année 2016. L’échéance électorale de l’élection présidentielle se rapproche à grande vitesse et rien ne vient laisser penser que le quinquennat pourra être sauvé. Le dernier clou sera mis par la Loi Travail. J’ai beau être me situer sur l’aile droite (même si je récuse ce titre) du PS au niveau économique, il faut avouer que défendre cette initiative pouvait difficilement être défendu avec cœur et enthousiasme par un militant socialiste.

2016 restera pour moi une belle année d’un point de vue personnel. Celle d’un grand changement dans ma vie qui va venir bouleverser ma vie de militant. Depuis septembre 2015, je me rends tous les lundis matin dans les locaux de l’association de anciens de mon école d’ingénieur pour suivre une « formation » pour chercher efficacement un nouveau travail. Dans ma tête, le changement est donc désormais inéluctable. Il intervient au printemps, où je change d’emploi. Un nouveau job situé en plein Paris et m’offrant un salaire qui me donne les moyens de réaliser un vieux projet de vie : vivre enfin dans la capitale intra-muros.

Cette dernière étape n’interviendra qu’en septembre. Mais je l’ai en ligne de mire depuis septembre 2015. Je le garde pour moi, tant que le changement ne se concrétise pas, mais je vis désormais tout avec un certain détachement. L’histoire du PS de Viroflay et des Yvelines s’écrira bientôt sans moi et je le sais. Alors je me sens de moins en moins concerné, avec une envie de moins en moins forte de m’investir pour résoudre les difficultés qui surviennent. Mon univers militant est de plus en plus mal en point et je sais que je ne ferai pas grand chose pour y remédier.

La Section du PS de Viroflay a vu ses effectifs diminuer peu à peu depuis l’élection de François Hollande, chaque polémique apportant son lot de démissions, alors que les recrutements sont peu nombreux. Cette situation se retrouve partout en France. Pendant mes dix ans de militantisme dans mon ancienne commune, j’ai refusé à plusieurs reprises de devenir Secrétaire de Section. Il serait donc doublement injuste de ma part d’émettre la moindre critique envers celui qui exerçait alors cette fonction. Mais force est de constater que beaucoup des militants restant me font part régulièrement de leur mécontentement quant à l’animation et le contenu des réunions. En tant que leader politique, c’est vers moi qu’ils se tournent.

Si je n’avais pas su mon départ proche, j’aurais pris mes responsabilités et aurais tenté de devenir Secrétaire de Section à l’occasion du Congrès de Poitiers. A la place de ça, je constate les dégâts, le coeur serré. Je n’ai pas la prétention d’affirmer que j’aurais pu inverser une tendance aussi générale. Mais au moins, j’aurais eu le sentiment d’avoir fait le maximum. Le plus dur est cependant de taire mon départ inéluctable, même quans l’avenir est évoqué. Surtout une fois mon nouveau travail trouvé. Je dois expliquer à plusieurs reprises qu’il est tout à fait accessible de Viroflay (ce qui est vrai), quand on s’inquiète d’un éventuel départ à cause de ça. Mon envie de venir habiter Paris ne tient de toute façon pas à mes trajets domicile-travail.

Au niveau des Yvelines, notre collectif s’est aussi effiloché depuis les élections régionales. Les deux principales déçues ont adopté des attitudes différentes. L’une s’est mise en retrait, l’autre, celle dont on se méfiait, fait cessession. Son futur parcours à la République en Marche montre bien qu’elle aura toujours plus brillé par son arrivisme que par ses convictions.

Elle m’aura fait vivre une des moments les plus hallucinants de bêtise humaine causée par l’activisme politique. J’ai l’occasion de la croiser dans le cadre de mon activité professionnelle, un jour d’inauguration. Autour du buffet, elle m’aborde avec la même cordialité que celle que l’on se témoignait avant les régionales. Nous ne sommes donc pas dans le cadre d’une réunion politique, mais ça ne l’empêche pas de me livrer alors un réquisitoire d’une violence absolue contre le leader de notre mouvement, celui qui l’accuse de l’avoir trahie pour jouer sa carte personnelle. Sauf que les arguments employés tiennent plus du délire paranoïaque que de l’argumentation étayée. En gros, elle l’accuse d’être un mythomane qui nous manipulerait.

Comment pouvait-elle imaginer une seconde que j’allais lui donner raison et me laisser convaincre par son tissus de « faits alternatifs » comme on dit maintenant ? La politique pousse des gens pourtant brillants, normalement rationnels à ce genre de comportement proche du pathologique. Peut-être ai-je déjà sombré dans de tels travers. En tout cas, j’aurais passé toutes ces années à tout faire pour l’éviter.

Suite à cela, lors d’une réunion de notre groupe, certains plaident pour une réconciliation. Je prends alors ma parole et évoque l’incident précédent. Et je pose une question qui se pose à tous les forces minoritaires dans le jeu politique : doit-on, sous prétexte de renverser un pouvoir qui nous semble néfaste, nous allier avec quiconque mène le même combat que nous ? Doit-on légitimer ces travers pour combattre ceux de la majorité ? Je n’ai pas de réponse définitive. Car se diviser quand on est minoritaires, c’est se condamner définitivement à la défaite. Mais passer l’éponge sur tout, c’est péréniser à jamais ce genre de comportement. Cynisme efficace ou idéalisme vain, voilà le dilemne qui se propose à tous les militants politiques.

On rêve tous d’un idéalisme efficace. Mais tous les rêves ne se réalisent pas.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 35 : Présidence déchue

episode35Certains événements ont tellement marqué la conscience collective, que tout le monde, ou presque, est capable de vous raconter où il était, ce qu’il faisait et avec qui ce jour là. Ils peuvent être des événements joyeux comme la victoire de la France en 1998 ou bien des drames terribles. Pour ces derniers, les attentats terroristes occupent une place à part. 11 septembre, Charlie Hebdo et le 13 novembre 2015… autant de moments dont tout le monde se souvient. Pour cette dernière date, je me souviens parfaitement avoir appris qu’il se passait quelque chose à une terrasse. Heureusement pour moi, je me trouvais à Montparnasse. Pas là où le sinistre commando œuvrait.

Je me souviens très bien d’avoir entendu à la télévision les premiers mots de François Hollande. C’était ceux d’un homme tout simplement. Un homme qui avait bien du mal à ne pas être submergé par une émotion terrible. Devenir Président de la République demande une capacité à se glisser dans une armure hermétique. Parfois, le costume devient trop lourd à porter. Mais il n’est jamais loin. Quelques minutes plus tard, alors qu’il arrive sur les lieux du drame, le ton a radicalement changé. Il est froid, dur et déterminé. Ce n’est plus celui d’un concitoyen partageant la même détresse, mais celui d’un chef dont la force doit être capable de nous guider.

Ce sentiment de communion de la Nation autour du chef de l’Etat durera quelques temps. Mais ce genre d’élan ne peut jamais se prolonger éternellement. Le lundi 16 novembre, quand François Hollande s’exprime devant le Congrès, il est encore bien présent. C’est pourquoi, tous les parlementaires, toutes tendances confondues, finissent le discours debout pour l’applaudir. Je ne veux pas douter de la sincérité de ce moment où tout autre attitude aurait paru déplacée. Mais certains d’entre eux n’avaient-ils déjà pas à l’esprit la séquence pathétique qui allait suivre ?

Parmi les annonces du chef de l’Etat ce jour-là figurait la déchéance de la nationalité française pour les personnes condamnées pour des faits de terrorisme et possédant une autre nationalité. Sur le moment, la mesure n’avait pas été plus commentée que n’importe quelle autre. Mais elle allait bientôt se révéler être un boulet pour François Hollande et marqué un point final à la désunion de la majorité.

Avec le recul, on comprend bien le calcul fait par le Président de la République. Pour espérer une union sacrée et le soutien de la droite à la réforme constitutionnelle qu’il proposait, il fallait donner au camp d’en face un os à ronger. C’est à dire une mesure à laquelle il tenait et qui n’aurait jamais pu être proposé par la gauche dans d’autres circonstances. Cet os était donc cette déchéance de nationalité, à l’impact réel extrêmement limité. De manière concrète, elle ne changeait pas grand chose pour grand monde. C’est sans doute pour cela qu’il l’a choisie comme cadeau à la droite.

Mais comme souvent pendant son quinquennat, François Hollande a ignoré deux choses. Premièrement, l’importance de la portée symbolique des actions. L’ancien chef de l’Etat est un homme pragmatique, c’est aussi pour ça que l’apprécie tant. Mais la politique ne peut être faite que de pragmatisme. Il faut savoir donner du sens. Et cette déchéance, venant après un renoncement au droite de vote aux élections locales pour les étrangers, envoyaient un signal particulièrement négatif, pour ne pas dire hostile, à une catégorie de la population ayant largement contribué à son élection.

Deuxièmement, il fit preuve d’un aveuglement sur la division profonde existant déjà dans son propre camp. Même dans ces circonstances exceptionnelles et l’appel à l’union nationale, une partie de la gauche n’avait aucunement l’intention de lui faire le moindre cadeau. Se concentrant sur la nécessité de rallier la droite, il oublia de souder d’abord la gauche qui lui fit payer chèrement. Tout cela est à l’image d’un quinquennat qui se termina sur la Loi Travail sur laquelle on peut largement livrer la même analyse.

Je me souviens très bien d’une session du Conseil Fédéral où était proposé une motion pour demander le retrait de cette proposition. Sans cette proposition, la droite ne suivrait pas, enterrant définitivement la tentative de modifier la Constitution (ce qui finit par advenir). Je me retrouve donc coincé entre une mesure à laquelle je suis opposé dans l’absolu, même si je comprends le calcul politique sous-jacent, et la possibilité d’un soutien à une motion proposée par un courant que je combats depuis de longs mois. Partagé entre le fait qu’on ne peut pas demander à la droite de suivre sans reprendre aucune de ses idées qui nous déplaisent (bref, sans faire un compromis… gros mot en politique) et les arguments qui sous-tendent le texte soumis au vote, qui le tourne en procès politique totalement déplacé.

J’ai alors fait quelque chose que j’ai rarement fait dans la ma vie politique et citoyenne. Je me suis abstenu. Pas forcément le geste le plus courageux, mais pour moi le geste juste. Un geste que je renouvellerai un jour de deuxième tour des primaires. Mais ceci est une autre histoire… même si elle est intimement reliée à celle-ci.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 34 : Régionales 2015 : la machine à perdre

episode34Je vous ai parlé à de nombreuses reprises dans cette chronique de cet objet étrange qu’est une fédération au Parti Socialiste. Un truc qui prend beaucoup d’énergie et de temps aux militants les plus investis, sans servir à grand chose au fond. Constituer la liste des candidats pour les élections régionales constitue un des rares moment où elles jouent un vrai rôle. Et c’est bien pour ça que la majorité fédérale sortante avait tout fait pour renforcer son emprise sur les instances, en se comportant de la pire des façons et profitant d’une certaine naïveté de la part de notre collectif hollandais.

Quand les discussions débutent, nous comprenons vite que nous allons avoir un problème. En effet, parmi les élues sortantes, trois appartiennent à notre motion. Une a vendu son soutien à majorité hamoniste au moment du congrès. Une est candidate largement hors sol, mais qui bénéficie d’importants soutiens au niveau national. L’autre fait pleinement partie de notre collectif, mais certains s’en méfient (l’histoire leur donnera largement raison). A cela, s’ajoute la volonté légitime d’une des militantes les plus méritantes qui soient, qui n’a rien à envier à personne intellectuellement et moralement, de voir son travail dans l’ombre depuis des années enfin récompensé.

Or, le rapport de force issu du Congrès ne nous permet pas d’espérer autant de places éligibles (à l’époque on espère encore légitimement remporter la victoire) pour les femmes. Il faudra donc choisir. Au sein de la motion, mais aussi donc au sein de notre collectif. Les négociations s’annoncent difficile, puisque nous n’avons strictement aucun moyen de pression. La majorité n’a pas besoin de nous pour faire adopter la liste qu’elle aura choisi et à remplir les places réservées à notre motion avec des candidats qui lui plaisent. Quiconque a déjà mené une négociation dans ces conditions sait qu’il ne s’agit pas vraiment d’une négociation.

Le résultat de la discussion est sans surprise. Il n’y avait pas grand chose à espérer et le résultat est à la hauteur de nos espérances. Notre chef de file est le mieux placé de notre motion chez les hommes. Mais au gré des alliances avec nos meilleurs amis des autres partis, il se retrouvera à une modeste 10ème place sur la liste du deuxième tour. Chez les femmes, la majorité hamoniste fera strictement ce qu’elle veut et ne favorisera aucune des deux candidates issues de notre mouvement. Enfin pas tout à fait ce qu’elle veut…

Le soir de la validation de la liste (du moins celle des candidats socialistes), Benoît Hamon, qui y figure en deuxième position derrière la première fédérale, mène clairement les débats. Il annonce une liste où la candidate hors sol se situe plus loin que ce qu’elle espérait. Elle fait mine de protester. J’assiste alors à une scène les plus marquantes de ma carrière de militant. Benoît Hamon et elle se retrouvent dans les derniers rangs de l’assemblée, tout près de là où je suis moi-même assis. J’entends donc clairement ce qu’il lui dit. Ses mots sont durs et humiliants, d’une méchanceté totalement déplacée. Il lui explique que c’est lui qui décide et qu’elle n’a strictement rien à dire. Elle est visiblement choquée, elle l’écoute sans le regarder en fixant le vide devant elle, retenant ses larmes avec la plus grande des difficultés.

Cette anecdote en dit déjà long sur les mœurs du personnage. Mais l’épilogue dresse un portrait encore plus lamentable. Dans les jours qui suivent, la direction nationale du PS (et certainement Martine Aubry en personne) a ordonné que les choses rentrent dans l’ordre. La candidate humiliée retrouvera sa troisième place sur la liste. Témoigner d’un excès d’autoritarisme est souvent la preuve qu’on en manque en réalité d’une réelle autorité. Je n’appréciais aucun des deux protagonistes de cet épisode. Mais elle ne méritait certainement pas une telle humiliation. Et lui perdra toute chance que je lui apporte jamais le moindre soutien… élection présidentielle incluse.

Ce soir-là, je faisais partie des rares militants à voter contre la liste proposée, par amitié pour la militante que nous n’avions pas pu porter à la place qu’elle méritait. Cela ne changeait vraiment rien, mais je ne regrette vraiment pas. Mais ce soir-là signera le vrai début de la fin pour notre mouvement. La constitution de la liste laissera beaucoup de rancœurs, trop pour que le chemin puisse se poursuivre ensemble.

Tout ceci n’est pas grand chose de toute façon comparée à l’immense gâchis qui conduira à la défaite de la gauche à une élection qu’elle n’aurait jamais dû perdre. D’abord, la volonté de Jean-Paul Huchon de se représenter, alors qu’il était usé, avec une image brouillée, l’empêcha de préparer sereinement sa succession. Résultat, il est poussé vers la sortie sans beaucoup d’élégance, mais sur le coup, je trouve qu’il ne peut s’en prendre avant tout qu’à lui-même. Il a livré une caricature du politicien voulant s’accrocher coûte que coûte au pouvoir.

Claude Bartolone prendra donc sa suite, un peu dans l’urgence. La campagne est sans éclat. Je garde le souvenir de la réunion de Section où j’ai présenté le programme. Mes camarades viroflaysiens en soulignèrent la nullité. En bon soldat, j’essayais tant bien que mal de le défendre, mais sans vraiment y croire. Mais bon, si les élections se jouaient sur les programmes, ça se saurait. Le bon résultat du premier tour en ait la preuve. La fusion avec les liste EELV et communiste devait nous assurée la victoire.

Sur la liste communiste figurait d’ailleurs en première place dans les Yvelines une Viroflaysienne. La même qui a toujours tout fait pour ne jamais me parler. Lors de la fusion, elle hérite d’une place éligible dans le Val de Marne. Naïvement, je me dis qu’elle acceptera quand même de venir tracter dans sa propre commune pour sa propre élection, même si elle doit le faire avec des sociotraites socialistes. Nous demandons donc à la cellule locale du PC s’ils acceptent de venir distribuer des tracts avec nous le mercredi matin aux trois gares de la ville, puisque l’élection d’une des leurs est en jeu. Aucun d’eux ne viendra, laissant les socialistes qu’ils méprisent, braver le froid de décembre dès 7h du matin pour leur offrir des élus qu’ils n’auraient jamais eu sans eux. A noter que la seule militante connue d’EELV sur la commune nous a fait également comprendre que se lever tôt pour tracter n’était pas trop son truc… Vous comprendrez mieux pourquoi je ne suis pas le premier défenseur de la fameuse union de la gauche, qui ne fait que donner raison à ce genre de comportement.

Claude Bartolone perdra bêtement l’élection à cause d’une sortie non maîtrisée à propos de son adversaire, Valérie Pécresse, et de son électorat. Cela conduira une partie de l’électorat FN du premier tour à ne pas renouveler leur choix pour le second, mais voter plutôt pour les Républicains. Ces dernier l’emporteront de peu. La défaite fait que la dixième place dans les Yvelines n’est pas éligible. Notre mouvement n’aura donc aucun élu au Conseil Régional.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 33 : Le Congrès de Poitiers, partie 3 : le couteau dans le dos

episode33Après les débats nationaux, le Congrès se traduit dans un deuxième temps au niveau local, avec un renouvellement des instances au niveau local (Section) et départemental (Fédération). Il paraît que beaucoup de militants se sont engagés en politique pour changer le monde. Chaque Congrès prouve, qu’à défaut d’y parvenir, ils sont prêts à tout pour gagner une petite part de pouvoir au sein des instances du PS. On a les combats et l’ambition que l’on peut.

Au niveau de ma Section, je suis sollicité par quelques camarades pour me présenter au poste de Secrétaire. En effet, nos effectifs ont fondu et la Section apparaît de plus en plus moribonde (j’y reviendrai dans un prochain épisode) et certains considèrent qu’il y a des choses à changer dans l’animation. J’aurais très certainement accepté si je n’avais déjà en tête mon futur départ de Viroflay. J’ai donc poliment refusé et nous avons reconduit simplement le Secrétaire de Section sortant.

Au niveau fédéral, les choses sont nettement moins tranquilles. La motion soutenant l’action gouvernementale a fait un bon score, meilleure que ce que j’avais imaginé (je n’ai plus le chiffre précis), montrant que l’emprise des forces hamonistes et frondeuses n’est peut-être pas si importante que ça. Nous gardons donc l’espoir qu’au moment d’élire le Secrétaire Fédéral, les militants choisirons la cohérence avec leur vote de motion.

Malheureusement, la motion n’est pas soutenue par un bloc collectif soudé. Il y a bien sûr notre noyau dur « hollandais ». Mais même lui commence à faire apparaître des fissures, qui finiront bientôt par éclater. Au moment de la campagne pour les motions, le national a imposé qu’elle soit conduite au niveau local par plusieurs personnes à la légitimité douteuse. Ainsi nous avons « hérité » d’un représentant quasi inconnu au niveau départemental, mais qui se trouve être proche de Christophe Borgel, Secrétaire National aux élections (et apparatchik notoire). On ajoute à ça une proche de Ségolène Royal et une de Martine Aubry, ne représentant qu’elles-mêmes, et on se retrouve avec un quatuor pour porter la motion. Tout le travail accompli par notre collectif semble compter bien moins que les bonnes relations avec les cadres de la rue de Solférino.

Le leader de notre collectif est cependant à nouveau candidat au poste de Secrétaire Fédéral face à la sortante. Mais il ne bénéficie pas du soutien unanime et fort de tous les représentants de la motion qu’il est censé représenter. Cela tient aussi à sa personnalité. En effet, sa plus grande qualité est aussi son plus grand défaut. Il a une vision détachée de l’importance des institutions du PS. Epanoui professionnellement et humainement, il n’a pas besoin de ça pour vivre et se sentir exister, contrairement à beaucoup. C’est pour ça que l’on a autant de plaisir à travailler ensemble, car on se concentre sur l’essentiel, dans une ambiance saine et sereine. Mais du coup, il se refuse à appeler et « draguer » tous ceux qui ont envie qu’on leur fasse la cour pour accorder leur soutien à un camp ou un autre. Et ils sont nombreux. Il les laisse à leur médiocrité. Il a raison humainement. Mais électoralement, cette attitude constitue un sérieux handicap.

Nous nous retrouvons également face au dilemme auquel fait face toutes les oppositions du monde. Devons-nous chercher à nous allier et agglomérer toutes les forces qui ne soutiennent pas la majorité sortante, y compris ceux qui représenteraient un mal bien pire que celui en place ? La tentation de le faire est immense. Déjà que le combat est déséquilibré, alors renoncer à des forces supplémentaires est difficile à accepter. Personnellement, je sais que nous allons perdre, alors je me dis autant le faire avec toute notre intégrité. Nous la garderons globalement, même si on afficherons au final certains soutiens dont on aurait pu franchement se passer.

Tout cela rend difficile dans un premier temps le choix des représentants de la motion au Conseil Fédéral. J’ai déjà décrit cet exercice toujours assez ubuesque. Au PS, le vote des militants détermine simplement le quota attribué à chaque motion. A chaque de ces dernières de détermines, comme elles peuvent, qui occupera les sièges obtenus, sans aucune transparence. Le manque d’union au sein de notre motion se ressent, mais on parvient tout de même à établir une liste acceptée par toutes les forces en présence. Pour ce faire, nous devons convaincre certains d’entre nous de ne pas figurer sur cette liste, contre la promesse qu’ils siégeront au Conseil Fédéral dans le collège des Secrétaires de Section, dont la composition est déterminée dans un second temps. Un de mes camarades proches, jeune, compétent et actif, ne l’accepte que difficilement mais fait tout de même le choix du collectif en acceptant de patienter. Il ne prend pas grand risque alors pense-t-on.

Le débat entre notre candidat et la Secrétaire Fédérale sortante se passe dans une ambiance relativement sereine. Peut-être pas cordiale mais presque. Il faut dire qu’elle ne craint pas grand chose puisqu’elle a réussi à obtenir le soutien de quelques membres de notre motion. De vieux secrétaires de Section (dont celui qui ne voulait rien changer pendant les élections départementales) et une des mandataires de la motion, dont le seul mérite politique, à part réussir à être détestée par tout le monde, est d’avoir un jour réussi à devenir proche de Ségolène Royal, ce qui est suffisant pour imposer sa présence que personne ne souhaite.

Notre sérénité s’explique aussi des assurances que nous avons reçus. Après l’élection, la majorité hamoniste nous promet de travailler avec nous en bonne intelligence et dans le respect. Nous maintenons donc notre ligne, à savoir de défendre nos idées, sans jamais attaquer le camp d’en face. Il y a pourtant à dire. J’avoue qu’à Viroflay, je la joue un peu plus fine. La veille de l’élection, j’envoie à tous mes camarades, en dehors de trois irréductibles soutiens de la majorité sortante, un mail en glissant en pièce-jointe le rapport d’activité de la précédente mandature et celui rédigé pour le Congrès de Reims, en 2008, le dernier témoignant du travail que ma mouvance avait réalisé à la tête de la fédération quand elle l’occupait.

Entre les deux, c’est le jour et la nuit. La majorité sortante ne s’est en effet jamais réellement intéressée à la vie fédérale. Exit toutes les commissions, groupes de travail, journaux d’information, soirées débats organisées précédemment… En envoyant ces mails, je suis saisi d’un peu de nostalgie, mais aussi de fierté en me rappelant pourquoi je défends notre collectif. Au final le stratagème fonctionne, puisque notre candidat fera le plein de voix à Viroflay ! Mon Secrétaire de Section, qui fait partie des irréductibles, m’en tiendra rigueur. Mais j’ai juste profité de l’absence de débat ou échange à l’échelle de la Section, qu’il aurait très bien peu organisé, et du fait n’a pas osé envoyer un message à ses ouailles pour les informer de son choix, comme c’est de tradition pour un Secrétaire de Section. Mais, il est vrai qu’en attendant le dernier moment, pour ne pas lui laisser le temps de réagir, je n’ai pas été totalement fair-play.

La Secrétaire Fédérale est réélue sans surprise. Elle fait plus de 60% des voix, donc pas de repas au Ministère de l’Agriculture pour nous. Mais nous restons fiers de notre campagne et nous apprêtons à continuer à participer sereinement à la vie fédérale. Une très mauvaise surprise nous attend. Les Secrétaires de Section du département sont appelés à se réunir pour valider la liste de leurs représentants au Conseil Fédéral. Naturellement, nous informons la Secrétaire Fédérale du nom des Secrétaires que nous voudrions voir représenter notre motion. Au final, elle n’en tiendra pas compte et soumet aux votes une liste avant les quelques Secrétaires de Section issus de notre motion qu’ils l’ont finalement soutenue. Exit donc notre jeune camarade dynamique pour laisser place à quelques vieux barbons sans intérêt. Au moment de constituer le Secrétariat Fédéral, c’est à dire ceux qui seront chargés d’animer les commissions thématiques de la Fédération, rien ne nous ai proposé, contrairement à ce qui avait été convenu. Bref, les hamonistes nous l’ont fait à l’envers, tout ça pour renforcer leur position de force en vue de la négociation pour la liste des régionales qui allaient commencer quelques semaines plus tard.

Un jour, Benoît Hamon payera cher ses pratiques qui auront profondément abîmé l’appareil militant socialiste, dans l’espoir vain d’en prendre le contrôle. Bizarrement il jouera les meurtris, le jour où, comptant sur nous pour faire campagne pour lui, nous lui avons tourné le dos. On récolte pourtant souvent simplement ce que l’on sème.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 32 : Le Congrès de Poitiers, partie 2 : le PS épuisé

episode32Un jour de congés de posé et me voilà dans la voiture avec deux camarades yvelinois en route pour Poitiers. Si politiquement, ce Congrès n’aura pas légué un héritage intellectuel remarquable, il restera à jamais pour moi un très beau souvenir. Le point d’orgue d’une belle histoire d’amitié, forgée autour de combats communs. Si je ne regrette jamais tout le temps que m’aura pris mon militantisme politique, même dans les réunions le plus inutiles, c’est pour les rencontres qu’il m’aura permis de faire.

Pour la première fois donc, j’assistais à un Congrès du Parti Socialiste. J’avais largement suivi celui de Reims à la télévision, mais bien d’eau avait coulé sous les ponts, et la dramaturgie n’avait plus grand chose à voir. Nous arrivâmes sur place le vendredi après-midi. A l’extérieur, de nombreux stands qui font ressembler le Congrès plus à une foire qu’à un moment de réflexion politique. Mais c’est surtout un endroit de convivialité qui a finalement plus de valeur que les débats formels qui ont lieu sur la scène à l’intérieur. Surtout qu’en ce premier jour, il y avait encore très peu de monde et les personnes invitées à la tribune parlaient principalement devant des sièges vide.

L’ambiance fut différente le samedi où le public était nettement plus nombreux. De nombreuses têtes d’affiche se succédèrent à la tribune. Des invités extérieurs venaient aussi élargir l’horizon de nos débats. Je me rappelle notamment l’intervention d’une combattante kurde irakienne, venue nous parler de son combat contre l’Etat Islamique. Une intervention rendant bien pathétiques nos combats de motion pour lequel certains sont prêts à tous les déchirement les comportements le plus bas.

Une photo peut témoigner également de mon regard énamouré quand Najat Vallaud-Belkacem prend la parole. Mon admiration pour elle en ressortira encore grandi après avoir entendu son discours incisif et pertinent. Mon grand regret est ne pas avoir pu la croiser à un moment à l’autre dans les allées à l’extérieur. Elle y passa beaucoup de temps, ne faisant preuve d’aucune avarice pour discuter avec les simples militants et leur laisser prendre des selfies. Bref, j’aurais aimé m’adonner à quelque chose que je dénonce parfois dans le comportement des militants politique : la fan attitude ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Le grand moment de la journée resta cependant sans conteste le discours du Premier Ministre, Manuel Valls. A son arrivée, on sentit l’assemblée partagée, vu le caractère particulièrement clivant du personnage. Moi-même, je me trouvais dans un état d’esprit bizarre face à cette homme que je n’ai jamais aimé, certainement jamais admiré et auquel j’en voulais un peu d’occuper la position qu’il occupait alors. Mais il allait me retourner comme une crêpe. En effet, son discours restera le moment le plus fort émotionnellement de mes années de militantisme. Si Manuel Valls est un homme sans idées, la suite le prouvera, il reste un tribun extraordinaire. Il est l’incarnation du leader charismatique. Voilà un général capable de vous convaincre de donner votre vie à ses côtés dans la bataille. Cela ne suffit évidemment pas en faire un grand Premier Ministre, voire même il n’est pas évident que ces qualités soient vraiment utiles pour un tel poste. Mais malgré tous les reproches que je peux formuler à son encontre par ailleurs, je ne pourrais pas lui enlever ça.

Le point d’orgue de son discours restera le moment où il demande à l’assemblée d’accorder une longue ovation à François Hollande. Une large part de celle-ci applaudira avec force et enthousiasme. Cette période était particulièrement difficile pour tout militant socialiste et il était parvenu à nous rappeler avec une puissance rare pourquoi nous nous étions battus pour le voir élire et pourquoi il fallait continuer à défendre l’action d’un gouvernement auquel on ne pardonne rien. Certains resteront muet et ne daigneront pas se lever, dont les principaux responsables de la Fédération des Yvelines. Les frondeurs avaient alors bien largué depuis longtemps les amarres de la courtoisie républicaine. De la courtoisie tout court en fait. Ne parlons même pas de la camaraderie.

La journée se poursuivit par deux moments de convivialité. Tout d’abord, un apéritif entre membres de Répondre à Gauche, soit le mouvement des « hollandais », sous l’égide de Stéphane Le Foll. Le moment fut sympathique, me permit d’échanger quelques mots avec Michel Sapin. Il se termina surtout par un échange entre nous, militants des Yvelines, et Stéphane le Foll lui même. Nous lui parlâmes de la campagne fédérale à venir. Nous lui signifions que nous avons besoin de tout le soutien possible pour espérer battre la candidate hamoniste. Il nous répondit qu’il ne fallait pas trop rêver à la victoire, mais nous promit de nous inviter à déjeuner au Ministère de l’Agriculture si nous dépassions les 40%. Malheureusement, nous ferons un peu moins et nous passerons à côté d’un bon repas.

Ensuite, les militants yvelinois de toute tendance avaient rendez-vous pour un repas en commun. La tablée fut à l’image de la fédération, coupée en deux. Benoît Hamon était là et j’eus même « le privilège » d’être assis à côté de lui. Le hasard fit que ce même soir a lieu la finale de la Ligue des Champions. Cela me permit de découvrir que j’aurais au moins un point en commun avec lui, l’amour profond du football. Il insista auprès des restaurateurs pour que le match soit diffusé sur l’écran au dessus de notre table, mais ils avaient un problème avec leur box. Il demanda alors à la 1ère fédérale sa tablette. Celle-ci lui fit remarquer que nous étions à un repas convivial et que ce n’était pas très poli de préférer regarder un match de foot. Benoît Hamon lui répondit sèchement, comme un maître parle à sa domestique. Je me rappelle bien avoir été choqué. Cela ne sera pas la seule fois que je le vis comporter ainsi en petit chef misogyne et irrespectueux. Si je n’ai jamais aimé ses idées, ce que j’ai vu de l’homme ne m’a jamais donné envie de le lui pardonner.

Les deux côtés de la table se trouvaient plongés dans deux ambiances radicalement différentes. De mon côté, les militants riaient, buvaient, parlaient parfois un peu fort. De l’autre côté, les jeunes hamonistes, privés de leur chef parti au bout d’une demi-heure, mangeaient dans un silence d’une tristesse absolue. Certes, cela n’a que peu de rapport avec les convictions politiques, mais ces derniers traduisent souvent un certain état d’esprit. Et ce soir-là, j’étais vraiment heureux de me trouver dans le camp de la bonne humeur, ne voyant pas la politique que comme un sinistre combat du bien contre le mal.

Le Congrès se termina le dimanche matin par un triste discours de Jean-Christophe Cambadélis. L’homme est visiblement épuisé. Mais cela n’explique pas entièrement la médiocrité du discours sur la forme et le fond. Sans doute, le PS a-t-il alors un Premier Secrétaire à son image. Car il n’y a pas que lui qui semble épuisé…