TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 37 : La fin d’une vie

episode37En août 2016, ma période d’essai vient de se terminer. Je suis donc en mesure de mettre en oeuvre la dernière étape de mes envies de changement. Je me mets donc en recherche d’un appartement sur Paris… que je trouve à ma première visite. Je suis plutôt chanceux pour le coup. Mais une fois le préavis donné et le bail signé, une course contre la montre commence. Beaucoup de démarches, beaucoup de cartons et un coup de fil à passer.

Auparavant, je n’avais jamais appelé le Maire de Viroflay au téléphone. Il n’a jamais eu rien à craindre de moi et moi, jamais rien à espérer de lui. Nous nous sommes toujours témoignés une forme d’indifférence. J’ai mené une campagne municipale, sans jamais l’évoquer et je n’ai jamais fait de politique pour le plaisir d’être son opposant. Ce jour là pourtant, je suis sur le balcon de mon bureau pour lui annoncer que je m’apprête à lui envoyer un courrier de démission du Conseil Municipal. L’échange sera court et sans affect.

Je ne me souviens plus très bien du moment où j’ai prévenu mes camarades de mon départ. Je crois bien que c’est avant de trouver un appartement, peut-être même avant l’été. En tout cas, en le faisant, je me libère d’un poids. Je peux enfin arrêter de mentir, même si c’est mentir par omission. Les réactions sont bienveillantes. Il faut dire qu’une des différences entre la gauche et la droite à Viroflay tient aussi dans le rapport à la ville. Un des objectifs des élus de la majorité, rappelés sans cesse, étaient de permettre à leurs enfants d’y habiter (vaut mieux nos enfants, que des pauvres dans les logements sociaux…). Notre objectif était de permettre à nos enfants d’accomplir leurs rêves, qui passent souvent par un autre horizon que cette ville parfois désespérément calme…

En septembre 2016, j’assiste donc à mon dernier Conseil Municipal. Le dernier acte de ma vie d’élu. Il se passe normalement. A la fin, le Maire m’invite à faire un discours. J’avais évidemment réfléchi à ce que je voulais dire. J’hésitais sur le ton à adopter. J’aurais pu être cinglant, rappeler à la majorité une dernière fois ce qui nous séparait. Mais au dernier moment, un peu ému, j’opte pour un discours nettement plus consensuel. Je parle de l’engagement, de sa difficulté et de la fierté que chacun autour de cette table peut ressentir d’avoir fait ce choix, indépendemment de son camp. Je le termine sous une vraie salve d’applaudissements. Je sais que la plupart sont sincères. Au cours de ces années, je pense avoir gagné un profond respect de la part de beaucoup d’élus de la majorité, pour ne pas dire parfois de l’admiration. Et peut-être même un peu d’envie. Je suis sûr que certains auraient aimé qu’on leur donne les moyens d’être plus ambitieux dans leur mission.

Le Maire prononce quelques mots positifs à mon égard. Pas d’effusion non plus. Il se lève pour me faire un cadeau. Un livre sur l’histoire de Viroflay qu’il m’a dédicacé. Je lui fais alors remarquer que j’ai déjà ce livre puisqu’il a été donné précédemment à tous les élus… Ce cadeau dénué de toute imagination lui ressemble tellement… Enfin le petit mot à l’intérieur est plutôt sympathique alors j’ai substitué dans la ma bibliothèque cet exemplaire à celui qui s’y trouvait déjà. Je quitte pour de bon la salle du Conseil, tournant le dos à huit années de ma vie et à une expérience un rien frustrante, mais que je ne regrette certainement pas.

La soirée en mon honneur organisé par mes camarades me touchera infiniment plus. Touché par le nombre d’entre eux à être venus, même quand ils avaient pris quelque peu leurs distances avec le PS. C’est un des rares moments dans mon parcours politique où j’ai vraiment ressenti pourquoi nous nous surnommons « camarades » entre nous. Ils auraient pourtant pu me tenir rigueur pour un départ finalement peu de temps après qu’ils m’aient témoigné une grande confiance en me confiant la tête de la liste. Je n’ai ressenti ça dans aucun regard, dans aucun mot. Mais plutôt de la gratitude et des regrets de me voir partir.

Si je n’ai alors aucun regret de quitter Viroflay, j’ai ce soir là un gros pincement au coeur en quittant mes camarades viroflaysiens !

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