THE NORTHMAN : La voix du Nord

Les vikings ont longtemps été largement délaissés par les productions audiovisuelles. Certes, les Vikings de Richard Fleisher passait régulièrement à la télévision, mais le film de 1958 a forcément fini par prendre quelques petits coups de vieux. Et puis, la série Vikings est arrivée sur nos écrans et ces guerriers nordiques semblent constituer désormais un nouveau filon que les producteurs s’empressent d’exploiter autant qu’ils le peuvent. A travers d’autres séries, mais aussi donc des longs métrages, dont The Northman, le nouveau film de Robert Eggers, réalisateur remarqué grâce à The Witch et The Lighthouse, deux films autant de genre que d’auteur.

Les films de Robert Eggers se caractérisent tous par un style particulier, aussi bien sur la forme que sur le fond. Ses histoires flirtent toujours avec un certain ésotérisme. Dans The Northman, la mythologie et la religion viking sont omniprésentes pour englober cette histoire relativement classique de vengeance dans un aura mystérieuse et mystique. Cela donne une vraie personnalité au film, même si certains aspects ont déjà été vus dans la série Vikings. Cela ne parvient pas tout à fait à cacher le manque d’originalité d’une histoire qui s’avère, au fond assez vaine. A part un vrai rebondissement, elle est relativement sans surprise.

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ON SOURIT POUR LA PHOTO : Rallumer le feu

L’amour dure trois ans paraît-il. Si l’adage est évidemment une caricature, il traduit la forme d’usure et de lassitude qui finit forcément par atteindre toute relation amoureuse. La passion du début laisse forcément place à une forme de routine qui peut s’avérer certes confortable mais aussi délétère à terme. Mais comme disait Jacques Brel, on a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux… C’est en tout cas, ce dont semble convaincu le personnage principal d’On Sourit pour la Photo. Un film, comme souvent, vendu comme une pure comédie mais qui développe finalement un propos bien plus riche et intéressant que cela.

On Sourit pour la Photo est une comédie des mœurs à la française. Un film qui cherche à faire rire mais aussi à traiter quelques sujets sociétaux par la même occasion. Comme pour le Test, il y a quelques mois, le premier aspect est sûrement celui qui aura attiré le plus de spectateurs dans les salles, mais c’est bien le second qui finira par les séduire définitivement. Si le film utilise quelques ressorts d’humour au premier degré, il parvient toujours à trouver le bon équilibre pour ne pas faire sombrer le propos dans une caricature qui ferait certes rire aux éclats, mais au détriment de la profondeur. Le meilleur exemple reste le personnage du beau fils qui peut paraître trop ridicule pour être crédible dans un premier temps, avant d’apporter une mise en perspective salutaire.

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LES PASSAGERS DE LA NUIT : L’humain d’abord

Si l’enfer, c’est les autres, il faut bien admettre que le bonheur l’est aussi parfois. La quête de notre bonheur, de notre équilibre individuel passe rarement par la solitude, mais plutôt se construit à travers les relations que l’on construit avec les autres. C’est ainsi que l’on peut finalement résumer le fond du propos des Passagers de la Nuit, le nouveau film de Mikhaël Hers. Le réalisateur avait signé en 2018 le magnifique Amanda, passé bien trop inaperçu. Celui-ci ne fait pas la une de l’actualité non plus, et si l’injustice est ici un peu moins flagrante, il nous prouve cependant qu’il est une des réalisateurs les plus sous-cotés du cinéma français.

Les Passagers de la Nuit est donc un film de personnages. Ceux de ce film vont vivre chacun leur quête d’un bonheur qui ne sera jamais total, mais qui n’apparaîtra jamais comme totalement inaccessible. L’équilibre dans le propos de Mikhaël Hers fait sa grande force. On ne peut pas vraiment parler de « feel good movie », mais rien n’est dramatisé à l’excès. On est face à la vie telle qu’elle est, même si les protagonistes ne vont pas vivre que des péripéties banales ou ordinaires. Tout cela contribue à donner beaucoup de force au propos et surtout à l’émotion qu’il véhicule, chacun pouvant y retrouver un peu de son propre vécu, tout en découvrant une histoire réellement singulière.

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DOCTOR STRANGE IN THE MULTIVERSE OF MADNESS : Pas fou fou

Depuis quelques films, on commence à se demander si l’univers cinématographique Marvel n’est pas sérieusement en train de s’essouffler. En effet, cela fait un moment qu’il ne nous a pas offert un film soulevant un réel enthousiasme chez les fans. Même la réunion de trois Spider-man n’a pas suffit à donner naissance à un volet marquant profondément les mémoires. Seules les séries parviennent encore à faire vibrer les amateurs de super-héros. C’est pourquoi, ces derniers fondaient beaucoup d’espoirs sur Doctor Strange in the Multivers of Madness, surtout qu’il faisait revenir sur grand écran le personnage de Wanda, qui nous avait ravi dans l’excellent WandaVision. Et surtout, l’idée de revoir Sam Raimi aux commandes d’un film de ce genre était porteuse de beaucoup de promesses.

Le problème des promesses est qu’il faut les tenir et ce n’est pas toujours facile. Doctor Strange in the Multivers of Madness est plutôt un bon film à bien des points de vue. Cependant, il existe un léger décalage entre les ambitions qu’il porte et la qualité du résultat final. C’est distrayant, plutôt bien réalisé, porteur des vrais enjeux dramatiques pour l’univers dans lequel il se situe. On y retrouve la touche d’humour et d’autodérision qui a fait le succès des films Marvel. Malgré tout cela, quelque chose manque néanmoins. La multiplicité des films a fini par tuer tout réel effet de surprise. Jamais on ne se dit « ah je ne m’attendais vraiment pas à ça ». Du coup, on y trouve ce que l’on est venu chercher, mais quasiment rien de plus.

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ALWAYS SOMETHING (UV-TV), SONG IS WAY ABOVE THE LAWN (Karen Peris), LOCAL VALLEY (José Gonzalez) : Vive l’anarchie !

Direction New-York, le Queens pour être plus précis, pour débuter cet avis. Nous pouvons y rencontrer UV-TV afin de découvrir leur album Always Something sorti l’année dernière. Ils nous offrent un son qui fleure bon les années 80. Une musique énergique mais maîtrisée, où le groupe mord dans chacun de ses titres. La qualité est constante et on apprécie donc pleinement l’écoute de cet album. Cependant, on peut cependant remarquer qu’il peine quelque peu à apporter quelque chose de vraiment nouveau. Il épouse tous les codes du genre, avec par exemple la ballade.

On reste aux Etats-Unis pour se rendre cette fois-ci en Pennsylvanie pour faire la connaissance de Karen Peris, qui est par ailleurs la chanteuse du groupe The Innocence Mission (qui tourne depuis 1989 mais dont je n’avais jamais entendu parlé). Mais c’est bien en solo qu’elle nous offre Song is Way Above the Lawn. Celui-ci nous permet de découvrir une voix qui se démarque, un peu cassée, mais tout de même claire et aiguë. Cela confère une vraie personnalité à sa musique. Les mélodies et les instrumentations sont par contre un rien anarchiques, avec une grande diversité d’instruments. Cela fonctionne et c’est plutôt agréable. Il manque juste une petite étincelle pour prendre une dimension supplémentaire.

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LETTRE A MES ANCIENS CAMARADES

Ce texte, j’avais d’abord l’intention de l’écrire au soir du premier tour de l’élection Présidentielle quand le score d’Anne Hidalgo est apparu inférieur à 2%, en dessous du score de Jean Lassalle ou Nicolas Dupont-Aignan. Je n’ai pas pris alors le temps de le faire et c’est tant mieux car il s’est passé beaucoup de choses depuis et j’ai beaucoup d’autres choses à vous dire. Il ne s’agit pas ici de pérorer sur le thème « je vous l’avais bien dit ». Je n’en tire aucune fierté et j’aurais aimé avoir tort. Cependant, il y a dans ma démarche un espoir de faire sortir certains d’entre vous du profond aveuglement dans lequel tout membre du Parti Socialiste est aujourd’hui plongé. Car s’il ouvrait les yeux, il verrait à quel point il n’y a plus aucune raison d’y rester.

Face au score de 1,74%, j’ai lu les nombreux textes ou commentaires sur les réseaux sociaux sous forme de « oui, mais »… Oui, mais le programme était bon. Oui, mais le résultat est injuste. Oui, mais des lendemains meilleurs viendront. Oui, mais c’est la faute aux médias. Non, mes camarades, si vous m’autorisez à vous appeler encore ainsi, derrière un tel score, il n’y a pas de « mais ». Il signe un échec absolu, total et qui ne peut appeler qu’à une remise en question sévère, pour ne pas dire totale. Et il faut comprendre que ce score et cet échec est aussi le vôtre. Je suis resté assez longtemps au PS pour considérer que c’est aussi le mien. Mais dans une telle situation d’échec, j’ai fait ce que j’avais à faire. Ouvrir les yeux, arrêter de prétendre que j’allais changer la vie des gens grâce au PS et partir.

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AU LIEU D’EXECUTION (Val McDermid) : Pur polar

Le polar est un genre qui rempli des mètres et des mètres de rayon dans les librairies. Il n’est donc pas toujours évident de trouver celui qui va vraiment se démarquer des autres. On peut bien sûr se fier aux auteurs qui ont acquis le statut de valeur sûre du genre. Ou on peut compter sur le hasard. Ou encore sur le bon goût présumé de ses voisins quand il laisse à disposition des livres dans le hall de votre résidence. C’est ainsi que j’ai pu mettre la main sur Au Lieu d’Exécution de Val McDermid. Un roman qui n’a rien de très original, mais qui est assez bien mené pour se laisser lire avec plaisir.

La disparition d’une jeune fille, un coupable présumée, un inspecteur obsédé par l’affaire, une vérité qui éclate des années plus tard… Autant d’éléments relativement classiques pour un polar et qui se retrouvent rassemblés au sein d’Au Lieu d’Exécution. Mais le tout formé est assez cohérent et habile pour permettre au lecteur de rentrer sans trop de difficulté dans l’intrigue et de la suivre avec curiosité du début à la fin. Peut-être qu’un rythme un peu plus soutenu et quelques pages en moins aurait donner un impact supplémentaire à cette histoire. Elle satisfera cependant tous les amateurs du genre, tant qu’ils ne cherchent pas à sortir de leur zone de confort littéraire.

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LE PARAVENT DE LAQUE (Robert Van Gulik) : Chine éternelle

Après le polar dans la Chine contemporaine avec les Courants Fourbes du Lac Taï, retour au polar dans la Chine impérial du 7ème siècle avec de nouvelles aventures du Juge Ti. Une façon de comparer les époques et de mieux comprendre comment les absurdités du régime communiste, délicieusement décrites par Xialong Qiu, ont des racines profondes dans la culture chinoise. Certes, cela se produit à travers un récit écrit par un Hollandais, mais quand on connaît la vie de Robert Van Gulik, on peut estimer qu’il sait de quoi il parle. C’est pourquoi, on peut apprécier Le Paravent de Laque pour toutes ses valeurs.

Comme pour beaucoup d’épisodes des aventures du Juge Ti, le Paravent de Laque raconte trois enquêtes distinctes en parallèle. Cette caractéristique rend ces romans parfois un peu difficiles à suivre car il faut se prêter à un petit exercice de reconnexion à chaque nouveau chapitre. Cela évite néanmoins la monotonie et donne beaucoup d’intensité au contenu. De plus, Robert Van Gulik a la bonne idée de proposer un index des personnages préalables, qui permet de recoller quelque peu les morceaux quand on se sent un peu perdu. Les protagonistes sont particulièrement nombreux par rapport à la longueur du récit, un rappel de qui est qui s’avère donc parfois nécessaire.

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SENTINELLE SUD : L’impossible retour

Dans notre pays, nous vivons la guerre comme quelque chose de lointain, pouvant difficilement nous atteindre. Certes, les événements en Ukraine ont rapproché cette réalité de nous, mais sans pour autant nous la faire vivre concrètement. Nous oublions ainsi facilement certains de nos compatriotes, engagés dans des conflits lointains, la vivent concrètement. Et rentrent au pays avec leurs blessures, qui ne sont pas toujours que physiques. Sentinelle Sud nous raconte le retour plus que difficile de soldats ayant combattu en Afghanistan. Un sujet quasiment absent du cinéma hexagonal.

Evidemment, cela tient aussi à la différence de niveau d’engagement et du nombre de soldats (et de victimes) concernés, mais la différence est frappante avec le cinéma américain qui traite très fréquemment de la réinsertion particulièrement compliquée des vétérans. Mais Sentinelle Sud n’a vraiment rien d’un film hollywoodien. Le traitement des personnages, la dimension psychologique et sociale, la noirceur du propos dans ses aspects les plus intimistes, en font un film purement hexagonal. Et dans le bon sens du terme. Le film est chargé d’une forte charge émotionnelle car il se focalise avant tout sur l’humain, même s’il se repose sur une intrigue par ailleurs solide et non dénuée de rebondissements.

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CHANSON DOUCE (Leïla Slimani) : Du rêve au cauchemar

Certains noms nous semblent familiers car nous avons l’occasion de les entendre régulièrement. Mais en prenant un peu de recul, on s’aperçoit parfois que seul le nom nous est familier et qu’on ne sait finalement pas vraiment de qui il s’agit. Celui de Leila Slimani entrait pleinement pour moi dans cette catégorie. En effet, son nom ne m’évoquait en fait que la polémique née de son journal du confinement dans le journal le Monde, sans que je me demande vraiment jamais à quel titre elle avait été invité à proposer une chronique dans un tel quotidien. J’en sais désormais un peu plus après avoir lu Chanson Douce, le roman pour lequel elle a reçu le Prix Goncourt.

Chanson Douce nous raconte l’histoire d’un rêve qui se transforme en pire cauchemar. Ou quand la nounou idéale commence à prendre un peu trop de place dans la vie de ses employeurs. Le roman est structuré autour de courts chapitres qui font monter la tension de manière très progressive, presque un rien sadique. Leila Slimani parvient à placer un à un les rouages d’une mécanique qui finira par franchir un point de non retour. Le lecteur est aspiré dans le mouvement, comme le couple qui voit la situation lui échapper de manière inexorable. On aurait envie de crier à ce dernier de tout arrêter tant qu’il n’est pas trop tard, mais à chaque fois, on comprend pourquoi il ne le fait pas, préférant s’enfoncer toujours un peu plus.

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