DON’T WORRY DARLING : Équilibre précaire

Don't Worry Darling affiche

Après six films français d’affilée, depuis Tout le Monde Aime Jeanne jusqu’à Citoyen d’Honneur, il était temps de retrouver le cinéma américain. C’est chose faite avec Don’t Worry Darling. Le film nous entraîne dans un univers dystopique entre Desperate Housewives et 1984. Il se montre très hollywoodien aussi bien dans la forme que dans le fond, avec toutes les qualités, mais aussi les limites que cela implique. La somme des qualités et des défauts s’équilibrent au final, mais on peut évidemment attendre mieux que cette stricte égalité.

Surprise longuement attendue

Sur le fond, Don’t Worry Darling a le mérite de réserver un vrai effet de surprise quant à l’explication finale. Difficile de deviner à l’avance le fin mot de l’histoire. On peut cependant facilement argumenter que si c’est le cas, c’est aussi parce que ce dernier ne tient pas tout à fait debout. Le plus grand défaut reste néanmoins la longueur du film. Il dure un peu plus de deux heures, mais aurait mérité vingt minutes de moins. Une fois l’ambiance installée, le scénario flotte longtemps sans avancer, ni rien apporter au spectateur. Sans aller jusqu’à s’ennuyer ferme, le spectateur a tout de même très envie de voir les choses avancer beaucoup plus vite.

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CITOYEN D’HONNEUR : En version française

Citoyen d'honneur affiche

On critique parfois le cinéma américain quand il fait des « remakes » de films étrangers, et évidemment d’autant plus quand il s’agit de film français. Mais on oublie que le cinéma hexagonal réalise aussi ce genre d’adaptation. Ainsi, Citoyen d’Honneur est la version française de l’excellent film argentin… Citoyen d’Honneur, sorti sur nos écrans en 2016. En ne prenant même pas la peine de changer le nom du film, les producteurs assument complètement la démarche. Au final, si on peut juger que cette dernière n’était pas indispensable, le résultat est tout de même plutôt sympathique.

Sympathique et gentillet

On juge évidemment différemment ce genre d’œuvre, selon que l’on ait vu ou non le film original. Quand c’est le cas, difficile d’échapper à la tentation de procéder à des comparaisons, qui n’auront’ que peu d’intérêt pour ceux dans la situation inverse. Ainsi, dire que Citoyen d’Honneur de chez nous est moins mordant et plus gentillet que l’original argentin n’est pas forcément une information pertinente pour tout le monde. Mais bon, je vous la livre quand même. En tout ça pour dire, que nous sommes ici face à une comédie plutôt gentillette, dont le léger fond politique et moral ne casse pas trois pattes à un canard.

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RODÉO : Double révélation

Rodéo affiche

Les films n’échappent désormais plus aux campagnes de dénigrement orchestrés sur internet à l’encontre d’une œuvre pour des raisons parfois obscures. Rodéo en a été clairement victime avec beaucoup de commentaires négatifs, des appels à boycotter le film, le tout en mettant en avant des arguments sans rapport avec son contenu réel. Je ne sais pas quelle en est la raison et ça serait faire trop d’honneur à ses détracteurs que de la chercher. C’est en tout cas très injuste pour ce très beau premier film, qui ne fait l’apologie de rien, mais nous livre un regard profondément humain, mais certainement pas angélique, sur une jeunesse désœuvrée et la violence qu’elle engendre et subit. Un film qui est l’occasion d’une double révélation.

Victime, mais pas trop

Le plus grand mérite de Rodéo est bien d’échapper à toute forme de misérabilisme. Il traite ses personnages avec compassion, mais sans rien cacher de leurs travers. Cela donne un vrai équilibre au propos et permet d’échapper aux clichés et autres poncifs attendus. Le spectateur est certes touché par le parcours de la jeune fille au centre de l’histoire, sans pour autant jamais la trouver profondément sympathique. Le film décrit merveilleusement bien ses blessures qui l’empêchent de nouer des réels liens avec les autres, les spectateurs compris. Cela n’enlève rien à l’émotion dégagée. Au contraire, ce soucis de réalisme nous touche aussi parce qu’il dit sur notre société et la manière dont il repousse certains à sa frange. Mais encore une fois, les personnages de ce film ne sont jamais enfermés dans un statut de victime. Cela ne leur en donne que plus de force et d’impact.

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UNITY (The KVB), DRAGON NEW WARM MOUTAIN I BELIEVE IN YOU (BIg Thief), COVERS (Cat Power) : Promesses non tenues

Unity (The KVB) : Objet froid

Unity de the KVBOn commence avec Unity du groupe britannique the KVB. Il nous livre une musique électro-rock évaporée, mais dont les instrumentations se montrent parfois assez agressives. Les voix sont légèrement déformées, ce qui n’apporte rien, si ce n’est souligner l’aspect assez peu harmonieux du résultat. Tout semble assez maîtrisé (Wikipédia nous explique qu’ils peuvent être rangés dans la catégorie « musique bruitiste »…), mais cela aboutit du coup à une musique assez froide qui n’allume rien chez l’auditeur. Pourra donc ravir les amateurs du genre, mais guère au-delà.

New Warm Moutain I Believe in You de Big Thief : Excellents débuts…

Dragon New Moutain I Believe in You de Big ThiefOn poursuit avec les Américains de Big Thief et leur album Dragon New Warm Moutain I Believe In You. Il s’ouvre sur une voix qui résonne comme un murmure, un rien cassée, tout en dégageant une vraie personnalité. On y prête immédiatement l’oreille et on se laisser charmer. On poursuit avec une musique plus énergique, un rien bordélique, mais qui entraîne l’auditeur avec lui. La suite sera malheureusement moins maîtrisée et surtout plus transparente. On oscille entre country classique et quelques jolies ballades. Cependant, si l’album reste toujours agréable, les promesses du début ne sont jamais vraiment tenues.

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REVOIR PARIS : Ceux qui restent

Revoir Paris affiche

Le cinéma français n’a désormais plus de scrupule à s’attaquer aux événements récents pour en tirer des scénarios. On l’a encore vu récemment avec Notre-Dame Brûle de Jean-Jacques Annaud. Si Revoir Paris est une pure fiction, les liens avec les attentats du 13 novembre 2015 sont à peine voilés. Il ne traite pas directement du déroulement de ceux-ci, mais du parcours difficile des victimes survivantes pour se reconstruire après un tel traumatisme. Cet angle pouvait facilement conduire l’histoire vers un pathos lourdingue et un propos pas du tout à la hauteur du sujet. Heureusement, le projet est porté par Alice Winocour, dont la subtilité n’est plus à démontrer.

Force et sensibilité

La cinéaste nous avait déjà convaincu de sa capacité à mettre en scène avec le très beau Proxima, après avoir signé le scénario du magnifique Mustang. Avec Revoir Paris, elle nous livre une histoire nous offrant la force de ce dernier et la sensibilité du premier. Un film portrait qui rend hommage à ceux qui ont vécu une histoire comparable à celle de la principale protagoniste. Il serait illusoire de croire que le film nous permet de vraiment comprendre ce qu’ont vécu et vivent encore les survivants. Mais au moins, nous permet-il de le toucher du doigt et de réaliser justement qu’il reste inaccessible dans sa pleine mesure à ceux qui n’étaient pas là. Tout cela nous est raconté avec un mélange d’optimisme et de fatalisme qui fait naître une grande émotion.

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CHRONIQUE D’UNE LIAISON PASSAGÈRE : On badine avec l’amour

Chronique d'une Liaison Passagère affiche

J’ai souligné à l’occasion de ma critique d’Avec Amour et Acharnement la propension du cinéma français à parfois se caricaturer lui-même avec des mélos intellos, toujours très portés sur le sexe. J’aurais pu renouveler l’exercice en vous parlant de Chronique d’une Liaison Passagère qui pourrait correspondre à la même description. Mais la qualité du résultat est toute autre. Grâce à une vraie qualité d’écriture et surtout une touche d’humour qui offre une vraie légèreté à l’ensemble. On se retrouve face à une fantaisie amoureuse qui se laisse apprécier pour ce qu’elle est.

Portrait amoureux

Chronique d’une Liaison Passagère nous livre une réflexion sur la définition de l’engagement amoureux. Existe-t-il vraiment des relations sans sentiment, ni attache ? Mais jamais le propos ne cherche à présenter une portée universelle. On est plus proche du film portrait. On y découvre de manière relativement approfondie deux personnages et l’alchimie particulière qui naît entre les deux. On explore ce qu’elle a d’unique, lié au vécu et aux aspirations de chacun d’eux. Libre à chaque spectateur ensuite de se reconnaître dans tel ou tel aspect du récit. Le tout nous est raconté avec poésie et un rien de fantaisie qui rendent le film très plaisant.

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LE VISITEUR DU FUTUR : Les idées avant l’argent

Le Visiteur du Futur affiche

En France, non n’a pas toujours les budgets pour proposer des films à très grand spectacle. Il s’avère aussi que l’on n’a pas de pétrole. Mais dans les deux cas, on compense avec des idées. Parfois aussi en s’associant avec d’autres pays, comme pour Vesper Chronicles récemment. Le Visiteur du Futur est quant à lui une production 100% hexagonale. Si le début du film nous fait quelque peu douter de la capacité du film à nous entraîner réellement dans son univers, faute de crédibilité. La suite se montrera réellement convaincante et on en ressort très agréablement surpris.

Paradoxes temporels

Malgré des moyens visuels qui touchent parfois leurs limites, François Descraques a eu l’immense mérite de ne pas renoncer à l’ambition scénaristique. Même si le ton du Visiteur du Futur est clairement celui d’une comédie, il nous propose une véritable histoire de science-fiction pleine de paradoxes temporels, qui peuvent donner quelques migraines au plus réfractaires à ce genre d’histoire. De même si les personnages portent en eux une touche de parodie, le scénario creuse assez leur personnalité pour leur offrir une réelle épaisseur. De plus, l’intrigue est ponctué de nombreux rebondissements qui fonctionnent parfaitement bien.

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TOUT LE MONDE AIME JEANNE : Bonheur thérapie

Tout le Monde Aime Jeanne affiche

De la scène comique au cinéma dramatique, il existe à première vue un large fossé qui n’est pas aisé de franchir. Pourtant, on ne compte plus les exemples éclatants d’un passage réussi d’un bord à l’autre. Sans remonter jusqu’à Coluche dans Tchao Pantin, on peut notamment citer Marina Foïs dont je dis tellement de bien dans ces pages (comme pour Ad Bestas par exemple) et qui nous livre des prestations loin de ses simagrées du temps des Robin des Bois. Il encore un peu tôt pour la comparer à Blanche Gardin, qui prend doucement ses marques sur grand écran. Mais avec Tout le Monde Aime Jeanne, on pourrait être tenter de lui prédire un parcours similaire.

Feel good movie

Avant de briller à travers son casting, Tout le Monde Aime Jeanne se démarque par la qualité de son scénario et l’imagination de sa mise en scène. Sur le premier point, je n’ai pas envie d’en dire trop car sa grande force réside dans la manière dont il ne va dévoiler que très progressivement le vrai sujet du film. On est cependant face à un vrai feel good movie qui sans optimisme béat ou fleur bleue nous fait croire qu’il y a toujours du beau temps après la pluie. Tout cela est agrémenté par les pensées de la principale protagonistes représentées par un personnage crayonné (par Céline Devaux elle-même) et fort sympathique. Le procédé, sans être révolutionnaire, apporte un peu d’originalité bienvenue.

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EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE : Réjouissant désordre

Everything Everywhere All At Once

Voir un parfait quidam propulsé au rang de héros devant sauver le monde (ou tout du moins la situation) est un point de départ relativement fréquent dans les récits d’aventure. En effet, il facilite l’attachement que le spectateur peut ressentir à l’égard de l’héroïne ou du héros et offre un ressort comique assez puissant et inépuisable. Mais rarement l’idée aura été poussé jusqu’au bout comme dans Everything Everywhere All At Once. Un film qui part un peu dans tous les sens, mais qui nous ravit par ses qualités tout aussi multiples. A sa tête, un duo de réalisateurs tous les deux prénommés Daniel, qui sont font appeler The Daniels (ce qui est somme toute logique). Ils devaient bien s’y mettre à deux pour nous proposer une histoire marquée par une imagination si débridée.

Énergie communicative

Daniel Sheinert et Daniel Kwan ont eu le grand mérite de partir de leur idée de départ et le faire vivre avec toute la force et l’enthousiasme possible. Le résultat manque parfois franchement de maîtrise, mais il y a quelque chose de communicatif dans l’énergie qu’ils insufflent à leur œuvre. Que ce soit dans l’action ou l’humour (on passe de l’un à l’autre constamment), ils ne font jamais les choses à moitié et on passe tellement vite d’une idée à l’autre qu’on oublie vite les moments de faiblesse. On en ressort sans être sûr d’avoir totalement saisi la signification de tous les détails et on regardera désormais son bagel d’un air perplexe (promis, je n’ai rien divulgâché par cette allusion au contenu du film). On passe un bon moment, on ne voit pas le temps passer (ou presque, un petit quart d’heure de moins n’aurait pas été de refus) et on se dit qu’on a au moins échappé au formatage habituel des films d’action. Si Marvel vous ennuie désormais, essayez donc Everything Everywhere All At Once.

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A LOVE SUPREME : Live IN SEATTLE (John Coltrane), VALENTINE (Snail Mail), NONANTE-CINQ (Angèle) : Sonorités et voix

A Love Supreme : Live in Seattle (John Coltrane) : Modèle de genre

A love Supreme Live in SeattleLe jazz est certainement le genre musical majeur où ma culture est la plus faible. Mais il y a quand même quelques artistes qui parviennent à se faire une place dans ma discothèque. John Coltrane en fait partie. C’est pourquoi, je me suis penché sur ce A Love Supreme – Live in Seattle, un concert enregistré en 1965, sorti à titre posthume en 1971 et récemment réédité. On y découvre un jazz assez doux, parfois mélodieux, parfois dissonant. Il joue beaucoup avec les sonorités. La musique prend une toute autre dimension quand les cuivres sont très présents. Mais le tout reste néanmoins plutôt chaotique. Bref, un modèle du genre pour ceux qui aiment les modèles de ce genre là.

Valentine (Snail Mail) : Voix mordante

ValentineDerrière le nom de Snail Mail se cache en fait une artiste solo, de son vrai nom Lindsey Jordan (et effectivement les musiciens qui l’accompagnent, mais dont le turn-over est important). Valentine est son deuxième album. Sa voix se détache immédiatement de la musique. Elle présente une vraie profondeur et se pose sur des instrumentations un peu anarchiques, riches en sonorités diverses. Quand elle pousse sa voix, elle donne beaucoup d’impact aux titres. Sa pop électro se montre parfois réellement enthousiasmante, aussi bien dans les moments très énergiques que dans la douceur. Sa voix lui offre une large palette qu’elle exploite parfaitement à travers des titres à la qualité constante malgré leur grande variété.

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