AVEC AMOUR ET ACHARNEMENT : Caricature

Avec Amour et Acharnement afiche

Les détracteurs du cinéma français ont tendance à le caricaturer. Ils décrivent facilement les films hexagonaux comme pompeusement intellectuels et où le sexe joue un rôle central. Il faut croire que les caricatures ne sortent jamais tout à fait de nul part. En effet, Avec Amour et Acharnement répond en tout point à cette définition. Une histoire de jalousie qui aurait pu avoir une portée universelle, mais qui se transforme en spectacle ridicule, mettant en scène des personnages aussi risibles qu’irréalistes. Des personnages qui n’existent pas dans la vraie vie. Uniquement dans l’esprit de Claire Denis.

Extraterrestres

La qualité d’écriture des dialogues est forcément vitale dans un film où la psychologie et les rapports humains jouent un grand rôle. Ceux d’Avec Amour et Acharnement contribuent à transformer les protagonistes en êtres d’un autre monde. La volonté de Claire Denis est de nous montrer comment la jalousie peut dévorer, comment certains amours nous poursuivent même quand on pense qu’ils font définitivement partie du passé. Mais la volonté ne suffit pas on propose un récit qui sombre dans le n’importe quoi, aussi pédant que dénué finalement de tout sens. Tout cela est évidement ponctué de quelques scènes de sexe, certes assez courtes, mais assez crues pour faire genre. Claire Denis aurait voulu signer volontairement une caricature, elle ne serait pas parvenue à la rendre aussi caricaturale.

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TROIS MILLE ANS À T’ATTENDRE : Rare génie

Trois mille ans à t'attendre

Certains mythes semblent impossible à dépoussiérer et à renouveler. Celui du génie dans la lampe nous ramène évidemment avant tout à l’histoire d’Aladin. Il semble ardu à première vue de se détacher de ce contexte, qu’on soit fan de Disney ou des contes de mille et une nuits. Mais ce n’est pas pour faire peur à George Miller, ce réalisateur relativement inclassable, qui compte dans sa filmographie des films aussi différents que Mad Max, Happy Feet et Babe, un Cochon dans la Ville… 11 films en 43 ans de carrière, mais presque autant de films culte pour les petits et les grands. Trois Mille Ans A T’Attendre traduit d’ailleurs parfaitement la capacité de ce réalisateur trop rare d’aller sur des terrains très différents avec un talent qui, lui, reste constant.

Riche patchwork

Trois Mille Ans A T’Attendre est un film étonnamment riche. Il nous emmène à différentes époques, dans différents lieux, de l’Orient ancien au Londres moderne. Il traite également de nombreux sujets. Qu’ils soient philosophiques, avec une jolie réflexion sur la solitude. Ou sociétaux, en abordant le sujet du racisme et de l’intolérance. Le grand mérite de George Miller est d’être parvenu à donner une réelle cohérence à ce qui s’apparente presque à un patchwork. L’histoire est solide, aussi divertissante que touchante et non dénouée d’une certaine profondeur. En tout cas le résultat est plutôt étonnant et inattendu. Il se laisse regarder surtout avec un plaisir sincère.

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LA PAGE BLANCHE : Le changement, c’est maintenant !

La Page Blanche

Qui n’a jamais rêvé à un moment ou à un autre de pouvoir refaire sa vie à partir d’une page blanche ? De pouvoir tout remettre en question, réécrire sa vie comme on l’entend. C’est la question au centre de la Page Blanche (titre pertinent donc), une jolie fable humoristique sur fond d’amnésie. Une comédie un rien philosophique, portée par la magnifique Sara Giraudeau. Même si la réponse à la question initiale est non, vous pourrez tout de même apprécier pleinement ce film plein de fraîcheur et de légèreté. Donc aucune raison de se priver.

Jeu de piste

La Page Blanche est un film tourné presque entièrement vers un seul personnage. Mais peut on parler de film portrait quand le point de départ est justement que ce personnage ne se rappelle plus qui elle est ? Va s’en suivre un jeu de piste que l’on suit avec un certain enthousiasme. Cet aspect de l’histoire lui donne son épaisseur scénaristique. L’histoire ne se limite donc pas aux interrogations métaphysiques qui torturent les protagonistes. Le récit est vivant, ponctué de traits d’humour qui font mouche. A force d’être léger cependant, il manque tout de même quelque peu de profondeur pour devenir vraiment inoubliable.

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THINGS TAKE TIME, TAKE TIME (Courtney Barnett), 30 (Adele), BARN (Neil Young) : Puissantes femmes

Things Take Time, Take Time (Courtney Barnett) : Toujours aussi agréable

Things Take Time, Take TimeOn débute avec une artiste australienne que j’apprécie beaucoup, Courtney Barnett. Après Sometimes I Sit and Think and Sometimes I Just Think et Tell Me How You Really Think (auxquels on peut ajouter Lotta See Lice, en duo avec Kurt Vile), voici son troisième album solo, Things Take Time, Take Time, sorti en 2021. Elle nous offre un rock mélodique, aux accents country. Une sorte de mélange entre The Bangles et Sheryl Crow. Sa voix possède définitivement une vraie personnalité. Elle fait preuve de conviction et de maîtrise. La production donne un côté intime. La qualité est constante et le résultat très agréable.

30 (Adele) : Puissante découverte

30On poursuit avec une immense star… que je n’avais pas la chance de vraiment connaître jusqu’à l’écoute de 30, son quatrième album. Je comprends mieux désormais le succès d’Adele, saisi par sa voix claire. L’ambiance est un rien rétro, avec quelques accents symphoniques. Cela ressemble souvent à une musique de film, comme un générique de James Bond (on se rappelle alors qu’elle a signé celui de Skyfall en 2012). La voix est parfaitement mis en valeur. La qualité monte encore d’un cran quand la voix est poussée et qu’elle mord vraiment dans ses titres. Mais globalement, la qualité est constante et l’album dégage une vraie puissance.

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RUMBA LA VIE : Pas de deux

Rumba la Vie affiche

Franck Dubosc n’est pas vraiment ma tasse de thé (surtout si c’est du darjeeling), que ce soit en tant que comique ou en tant qu’acteur. Je lui avais cependant reconnu de vraies qualités de réalisateur lorsque j’ai vu Tout le Monde Debout. C’est donc avec une certaine curiosité que j’ai pris mon billet pour Rumba la Vie pour savoir si cette facette de son talent se confirme ou s’il avait bénéficié de la chance du débutant. Curiosité, mais aussi confiance en lisant les critiques plutôt élogieuses. Au final, je vais me joindre au concert de louanges, tant ce film représente une belle réussite à beaucoup de points de vue.

Haut la France du bas

A une époque où les questions sociétales sont traités avec beaucoup de manichéisme et d’agressivité, Rumba la Vie nous offre une jolie leçon d’humanité. Il est rare de voir ce que certains appellent, avec beaucoup de condescendance, la France d’en bas ainsi représentée à l’écran sans aucun jugement, ni misérabilisme. Le personnage de Franck Dubosc n’est ni meilleur, ni pire que ce qu’il pourrait être dans vraie vie. Cela le rend d’autant plus attachant et empêche surtout l’histoire de devenir mièvre. On regrettera simplement le manque de crédibilité d’une des péripéties relativement importante. Mais au-delà de ce défaut plutôt mineur, le résultat se montre particulièrement convaincant.

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UN ÉCHEC DE MAIGRET : Commissaire sans défauts ?

Un Échec de Maigret

Le moins que l’on puisse attendre d’un des plus célèbres détectives de la planète qui fait face à un nouveau mystère, c’est qu’il le résolve à la fin du roman. Mais quand on tient dans ses mains un roman intitulé un Échec de Maigret, on se se demande si l’heure n’est pas venue de voir notre héros pris à défaut. L’impensable semble alors possible. Qu’en est-il vraiment à la fin de cet ouvrage ? Ne comptez pas sur moi pour le révéler ici. Il serait vraiment dommage de gâcher un des meilleurs épisodes des « aventures » du commissaire à la pipe.

Savoureux portraits

Les enquêtes du commissaire Maigret, comme le reste de l’œuvre de Georges Simenon, constitue une occasion d’examiner les travers de la bourgeoisie. Ici c’est la figure du parvenu qui joue un rôle central. Comme toujours, le portrait est savoureux, acide et piquant. Mais ceux dressés à travers la galerie de personnages riche et convaincante, le sont tout autant. Ce qui fait la qualité particulière d’un Échec de Maigret est que tout cela vient se greffer sur un mystère dont on attend vraiment le fin mot avec une certaine impatience. En un mot, il allie l’étude des mœurs avec un récit policier prenant. On regrettera juste un dénouement qui laisse un peu le lecteur sur sa faim.

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MEMORIES : Triple facette de l’animation nippone

Memories affiche

Les reprises sur grand écran de films sortis plusieurs années auparavant s’est quelque peu perdu avec le temps. On est loin des vieux Disney qui ressortaient chaque Noël au cinéma, ce qui fait que les personnes de ma génération les ont vus sur des écrans dignes de ce nom. La mode des films en 3D avait quelque peu relancé le phénomène (je me souviens d’avoir revu Titanic ainsi), mais comme cette mode a totalement disparu elle-aussi, cette source s’est tarie. Cependant, l’animation japonaise bénéficie encore parfois de tels retours en salle. On se souvent de la ressortie d’Akira l’année dernière notamment. Le succès de la démarche explique sûrement que Memories bénéficie du même traitement. Cette œuvre est nettement moins digne de culte, mais les amateurs du genre ne doivent pas passer à côté de l’occasion de le voir ou le revoir.

3 en 1

Memories est un film composé de trois courts métrages, tous écrits par Katsuhiro Ōtomo, qui signe également la réalisation du troisième. Trois histoires assez différentes, aussi bien dans le contenu, que l’ambiance ou les décors. On passe de la science-fiction pure et dure à une sorte de farce, pour finir sur une vision du futur sombre à la 1984. C’est forcément inégal, même si chaque partie possède ses qualités et son attrait. Le premier intrigue, le deuxième amuse et le troisième fait réfléchir. Cette richesse donne tout son attrait au film, car chaque sketch individuellement est intéressant, mais pas forcément inoubliable.

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LEÏLA ET SES FRÈRES : L’iran à l’envers

Affiche de Leïla et ses Frères

J’ai plusieurs fois souligné la capacité des cinéastes iraniens à parvenir à jouer avec la censure et parvenir à livrer au monde leur regard critique sur la société et le pouvoir de ce pays. Saeed Roustaee y était brillamment parvenu avec la Loi de Téhéran. Il a eu moins de chance avec Leïla et ses Frères qui reste à ce jour interdit de sortie dans son pays d’origine. C’est là qu’on mesure notre chance de jouir d’autant de liberté. Il serait en effet vraiment dommage de passer à côté de cet excellent film qui nous plonge au cœur de la médiocrité humaine.

Valeurs renversées

Avec Leïla et ses Frères, Saeed Roustaee s’amuse à renverser les valeurs portées par les personnages. Le titre traduit bien sa volonté de faire d’une jeune femme la protagoniste la plus forte de l’intrigue. La figure du patriarche n’est pas ici symbole de sagesse, bien au contraire. L’histoire bouscule tous les repères qui devraient la jalonner, pour souligner avec une force toute l’hypocrisie de ceux qui cherchent tout de même à sauver les apparences. Une attaque en règle contre les traditions et les fondements même de la société iranienne. On ne sera donc pas étonné de voir la censure frapper, même si le pouvoir en tant que tel est relativement absent de l’intrigue.

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OOKII GEKKOU (Vanishing Twin), NEARER THE FOUNTAIN, MORE PURE THE STREAM FLOWS (Damon Albarn), RAISE THE ROOF (Robert PLant et Alison Krauss): Promesses non tenues

Ookii Gekkou (Vanishing Twin) : Dilution progressive

Ookii Gekkou de Vanishing TwinAvant de passer à deux immenses stars, on commence par un groupe anglais nettement moins connu, Vanishing Twin. Leur album Ookii Gekkou se caractérise par la voix douce et évaporée de Cathy Lucas, qui vient se poser sur une musique qui navigue entre jazz et électro. Avec des sonorités étranges, c’est parfois envoûtant et mélodieux. Cependant, cela finit par tourner quelque peu en rond pour ne finalement plus ressembler qu’à une musique d’ambiance. C’est maîtrisé et relativement intéressant, mais un peu trop lisse. Les promesses du début se dilue malheureusement progressivement.

The Nearer the Fountain, More Pure the Stream Flows (Damon Albarn) : Les mélodies s’écoulent

The Nearer the Foutain, More Pure the Stream Flows de Damon AlbarnDamon Albarn est surtout connu comme leader et chanteur du groupe Blur, puis de Gorillaz. Il connaît aussi une carrière solo moins flamboyante mais qui compte plusieurs albums dont ce the Nearer the Fountain, More Pure the Stream Flows. Il débute dans une ambiance douce et épurée, où la voix du britannique est claire et posée. Ensuite, c’est parfois plus dynamique, mais on reste toujours dans un style relativement éthéré. Les mélodies s’écoulent délicatement jusqu’aux oreilles de l’auditrice ou de l’auditeur, malgré la voix parfois un peu criarde de Damon Albarn. Au final, on traverse agréablement cet album, mais sans non plus en retenir grand chose.

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DISPARITIONS à LA CHAÎNE (Ake Smedberg) : En toute transparence

Disparitions à la Chaîne

Ecrire des romans policiers est un métier en soi. En effet, les auteurs qui s’essaient à ce genre écrivent le plus souvent uniquement des polars. Certains font exception comme Ake Smedberg, dont les rares éléments biographiques en français indiquent que Disparitions à la Chaîne, dont il est question ici, est sa première incursion dans le roman policier. Difficile de se faire une idée de ce que vaut le reste de sa bibliographie puisqu’il ne semble pas y avoir d’autres de ses œuvres traduites en français. On peut facilement penser que la traduction de celle-ci est simplement liée au fait de la popularité globale des polars suédois. Malheureusement, plus que pour la qualité exceptionnelle de ce roman…

Une histoire un peu fade

Disparitions à la Chaîne n’est pas non plus un mauvais polar. Mais simplement un polar qui n’a vraiment rien d’exceptionnel. Le fait que l’enquête soit en fait menée par un journaliste et non un policier n’apporte pas vraiment d’originalité. Il possède néanmoins une réelle qualité pour ce genre de roman, à savoir une intrigue dont on ne voit pas arriver le dénouement largement à l’avance. A l’inverse cependant, aucun des éléments de celle-ci ne déchaîne vraiment l’enthousiasme. Certains sont même passablement bancals et pas toujours très convaincants. Rien de rédhibitoire, mais cela place ce livre plutôt dans le rayon romans de gare corrects, plutôt que dans celui des grands polars.

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