TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 38 : Orphelin politique

episode38Nouveau boulot, nouvelle ville, nouvelle appart… en gros nouvelle vie. Et par la même occasion nouvelle Section. Si mon PS viroflaysien a toujours été paisible et convivial, je quitte une fédération des Yvelines en feu, marquée par une violence des rapports entre les forces militantes que je ne regrette pas le moins du monde. On peut même dire que je suis heureux de la quitter en espérant ne plus jamais avoir à militer dans une telle ambiance délétère.

Cependant, mon arrivée à Paris correspond à la période des désignations au PS pour les élections législatives et sénatoriales. Le député sortant est Daniel Vaillant. Il occupe ce mandat depuis 1988 (avec quelques interruptions). Il a aussi été maire de l’arrondissement de 1995 à 2014. Autant dire que ce n’est pas n’importe qui. A bientôt 70 ans, on lui a fait comprendre qu’il est temps de passer la main. Mais il rechigne. Pour faire passer la pilule, on lui promet en échange d’un renoncement une place éligible sur la liste PS des sénatoriales.

Le timing des événements va proposer un scénario dont seul le PS a le secret. La date limite des dépôts de candidature à la candidature pour la députation est atteinte avec une seule d’enregistrée, ce qui aurait dû permettre de régler la question de la succession sans heurt. Le lendemain, le Conseil Fédéral se réunit et annonce la liste pour les sénatoriales. Daniel Vaillant en est absent. Il crie à la trahison et annonce sa volonté de briguer malgré tout un nouveau mandat de député. Mais les statuts du PS ne lui permettent pas de le faire sous cette étiquette, la date butoir pour la valider à travers le vote des militants étant passée.

Le jour du vote en Section, il n’y a officiellement qu’une seule candidate. Pourtant, c’est bien Daniel Vaillant qui récoltera le plus de bulletins à son nom. D’un point de vue formel, autant de votes nuls, mais un terrible désavoeux pour celle qui est finalement investie. J’ai eu depuis des échos de la violence des échanges ayant eu lieu à cette occasion. Tout ceci prouve également une nouvelle fois, qu’au nom de la fidélité, les militants de terrain pardonnent facilement à ceux qui s’accrochent au pouvoir quand ils les connaissent, alors qu’ils dénoncent facilement ce genre de comportement chez les autres.

Je vois ça de loin, car je n’ai pas encore participé à la moindre réunion de Section. J’ai juste fait la connaissance de mon Secrétaire qui organisait une distribution de tracts juste en bas de chez moi. Il m’a fait immédiatement une excellente impression, ce qui se confirmera par la suite. Il fait partie de ces quelques personnes qui me rappellent pourquoi militera au PS représente aussi l’occasion de croiser des personnes hors du commun. Donc j’aurais pu me sentir impatient de découvrir mes nouveaux camarades. Mais voilà, ce que je perçois de la situation me rappelle trop ce que je viens de quitter. Du coup, je me mets en retrait pendant un long moment…

L’annonce du 1er décembre 2016 m’incitera d’autant moins à sortir de cette hibernation. Ce soir-là, quand le Président de la République prend la parole, la plupart s’attendent à l’annonce de sa candidature à l’élection de 2017. Ce sera au contraire un renoncement. Ce n’est pas non plus une surprise totale, tant le chemin vers une réélection parait semé d’obstacles insurmontables (dont un certain Emmanuel Macron). C’était même objectivement la meilleure décision à prendre. Mais pour ceux qui, comme moi, on a passé cinq ans à se battre pour le défendre et le plus souvent contre ses propres camarades, le coup est rude.

Je me définis ce jour-là comme un orphelin politique sur les réseaux sociaux. Je mesure l’immensité du vide qui s’ouvre devant ceux qui revendiquent l’étiquette de sociaux-démocrates. Ce vide frappera aussi tous ceux qui, à gauche, jubilent à cette annonce. La suite des événements me prouvera malheureusement à quel point j’avais raison et à quel point certains auraient dû mesurer leur joie. Ce sentiment de se retrouver sans cap, ni boussole ne m’a pas vraiment quitté depuis. Et le moins que l’on puisse dire est que personne n’a repris le flambeau. Tous ceux qui ont lui craché dessus pendant cinq ans en pensant pouvoir s’en saisir avec facilité ont échoué à entraîner une part significative de l’opinion.

Pourtant un homme aurait pu, aurait dû tenter sa chance. L’histoire l’a oublié, mais les quelques mois de Bernard Cazeneuve comme Premier Ministre, auront été les tels que le quinquennat tout entier aurait dû être. Il parvient à renouer la confiance avec une partie de ceux qui avaient rejoint la fronde. Son évidente modestie, son sens du devoir, que personne ne peut lui contester, vu son parcours, restaure une certaine confiance, mais bien trop tardive. Peu après avoir clamé mon statut d’orphelin, je me dis prêt à devenir cazeunvien. J’aurais pu l’être avec la même sincérité que j’ai été hollandais. Bernard Cazeneuve fera le choix de l’esquive et ne jouera aucun rôle dans la période de turbulences dans lequel le PS allait s’enfoncer. Tant pis pour lui, le PS, la gauche et sans doute le pays. Ses velléités de retour manifestées récemment sont vouées à l’échec. Personnellement, je ne lui pardonnerai pas cette forme de lâcheté.

Je n’en veux pas à François Hollande. Je l’aurais soutenu jusqu’au bout de la défaite. Son absence d’entêtement, qui contraste avec le retour raté que mènera Nicolas Sarkozy, prouve une nouvelle fois une forme d’intelligence et d’humanité qui auront fait sans doute aussi sa grande faiblesse. Sa présidence laissera un goût d’inachevé, de gâchis, mais pour avoir eu la chance de le voir depuis et d’échanger quelques mots avec lui, je sais qu’il vaut bien mieux que tous ceux qui auront osé le regarder de haut, sans avoir réalisé le centième de ce qu’il aura accompli.

Par contre, soyons clairs. Si le renoncement a fait de moi un orphelin, il trouverait en moins un farouche opposant s’il cherchait réellement à revenir. On ne réécrit pas l’histoire et je serais très triste de le voir substituer une triste fin par une fin pathétique.

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