
Donc, comment parler de ce qu’a réalisé Usain Bolt dimanche soir à Berlin ? Une nouvelle génération de superlatifs doit donc être inventé. Quand on lit les commentaires, on voit que les qualificatifs sont obligés de quitter la Terre pour décrire sa performance, puisque c’est le mot extra-terrestre qui domine. Cela peut apparaître comme une formule toute faite de plus, survendant un événement qui sera aussi vite effacé par un nouveau record qu’il a été décrit comme un moment d’histoire.
Pourtant, le terme employé ici pour décrire le sprinter jamaïquain n’est pas si galvaudé que cela. Peut-être peut-on lui préférer la notion de « hors-norme », plus mesurée. Car les caractéristiques physiologiques d’Usain Bolt sont tout simplement uniques dans l’histoire du sport. Personne n’a pu combiner ainsi toutes les qualités nécessaires à un sprinter, dont certaines étaient jugés totalement antinomiques. L’explosivité et le départ d’un gabarit petit et râblé combinés dans un même homme à la foulée et le finish d’un grand et longiligne, cela semblait simplement et surtout objectivement impossible. Usain Bolt a prouvé que cela ne l’était pas, bousculant, comme jamais dans l’histoire, les certitudes les plus établies. Voir triompher le travail et l’abnégation font peut-être plus rêver que l’écrasante domination du talent naturel et des qualités génétiques. Cependant, Usain Bolt restera à coup sûr, et même avec beaucoup de recul, comme un des plus extraordinaires sportifs de l’histoire.

Venant d’une athlète plutôt connue pour son antipathie et sa propension à courir la prime attachée aux records encore plus que ces derniers, cela est plutôt rassurant sur les motivations profondes qui peuvent l’habiter. Personne ne me fera croire que son effort pour retenir, comme elle le pouvait, ses larmes au micro de Nelson Monfort était calculé ou avait la moindre chose à voir avec les primes qu’elle ne touchera pas. Malgré l’argent, la gloire et la célébrité, les sportifs gardent au fond d’eux la passion enfantine et sincère qui les animait à leurs débuts. Et sans cela, toutes les qualités génétiques ne pourront rien pour faire d’un homme un champion.