
Le jeune Lucien Ginsburg, dans le Paris occupé, est à la fois juif et a les oreilles décollés. De quoi vous coller quelques complexes. Après la guerre, il tente de vivre de sa peinture mais très vite, le destin le conduira à revenir vers la musique vers laquelle son père, professeur de piano, a toujours essayé de le pousser.
Pour les gens de ma génération, Serge Gainsbourg était un homme capable de dire à Whitney Houston « I want to fuck her » et dont le look ressemblait à celui d’un clochard en fin de vie. Dérangeant, provocateur, lubrique, à la frontière du vieux dégueulasse, il n’en restait pas moins un personnage sympathique. On a oublié qu’il a été avant ça, un vrai artiste de music-hall, ami de Boris Vian et écrivant pour les frères Jacques. Une époque où ce genre n’était pas synonyme de passer chez Patrick Sébastien. Et c’est surtout sur cette époque que le film se concentre et on peut être déçu de ne pas retrouver le Serge Gainsbourg que l’on a connu.
En fait, ce film, où plutôt ce conte comme il est précisé dans le générique, nous raconte surtout comment ce petit garçon a pu devenir « Gainsbarre ». La fin de sa vie est plus évoquée que racontée, et surtout largement édulcorée. On peut y voir peut-être là une forme de respect et de pudeur. Car avouons-le, il a, sur la fin, plus ressemblé à un déchet qu’à un artiste flamboyant. De même on peut préférer Love on the Beat ou No Comment au Poinçonneur des Lilas, mais ils représentent deux étapes différentes d’un même chemin. Gainsbourg : Vie héroïque se concentre surtout sur les premiers kilomètres. On peut le regretter, mais c’est un choix, un peu frustrant certes car il donne l’impression d’une fin quelque peu bâclée.

Un biopic demande forcément un acteur qui entre dans la peau d’un personnage que tout le monde connaît. C’est toujours un exercice délicat car, du coup, le spectateur est particulièrement exigeant quant à la ressemblance. Si on se moque d’avoir dans un film un Louis XIV qui ne ressemble pas à l’original, pour un homme qu’on a vu si souvent à la télé, c’est plus difficile. Cette fois c’est Eric Elmosnino qui s’y colle. C’est aussi l’occasion pour cet éternel troisième rôle d’enfin occuper le haut de l’affiche. Si on a connu métamorphose plus impressionnante, il épouse parfaitement son personnage… au moins dans la première moitié de sa vie. Car à mesure que Gainsbourg s’enfonce dans une décadence physique, moins la ressemblance est frappante. Cela concoure à l’impression plus mitigée que procure la dernière demi-heure.
Gainsbourg : Vie Héroïque est également marqué par une série d’apparition parfois surprenantes, mais généralement très réussies. On notera notamment un Philippe Katerine excellent en Boris Vian. Mais la révélation vient de Laetitia Casta, formidable en Brigitte Bardot. A telle point qu’elle est beaucoup plus classe et sexy que l’originale à mon humble avis, qui n’engage que moi.
Gainsbourg : Vie Héroïque n’est donc pas le meilleur biopic de l’histoire. Mais il est assez original pour que l’on prenne beaucoup de plaisir à le regarder et avoir une envie soudaine de faire des trous, des petits trous, toujours des petits trous…
Fiche technique :
Production : One World Films, Studio 37, Focus Features, France 2 Cinéma, Lilou films, Xilam films
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Joann Sfar
Scénario : Joann Sfar
Montage : Maryline Monthieux
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Christian Marti
Son : Daniel Sobrino, Jean Goudier, Cyril Holtz
Musique : Serge Gainsbourg, Olivier Daviaud
Durée : 135 mn
Casting :
Eric Elmosnino : Serge Gainsbourg
Lucy Gordon : Jane Birkin
Laetitia Casta : Brigitte Bardot
Doug Jones : La gueule
Anna Mouglalis : Juliette Gréco
Mylène Jampanoï : Bambou
Sara Forestier : France Gall
Yolane Moreau : Fréhel
Philippe Katerine : Boris Vian