ANOTHER HAPPY DAY : Famille, je vous…

anotherhappydayafficheDans la série des films qui vous font aimer votre propre famille en comparaison avec celle des autres, voici Another Happy Day. Une sorte de mini Festen (toute proportion gardée) à l’américaine, qui dynamite les valeurs traditionnelles de ce beau pays. Une film méchamment drôle, drôlement méchant, mais aussi terrifiant et émouvant.

Lynn arrive avec deux plus jeunes fils, Ben et Elliot, chez ses parents pour une occasion heureuse : un mariage. Il s’agit de celui de son troisième fils, demi-frère des deux autres, qu’elle n’a pas élevé, après avoir fui son ex-mari violent, Paul, avec sa fille. Toute la famille est là, à l’exception de cette dernière qui veut éviter de revoir son père biologique, auquel elle n’a pas parlé depuis sept ans. Il règne une ambiance particulièrement pesante, marquée par les tensions entre Lynn, Paul et sa nouvelle femme, sous le regard d’Elliot qui partage son temps entre les moments de lucidité ironique et l’abus d’alcool et de stupéfiants.

Another Happy Day est le premier film de Sam Levinson, fils de Barry Levinson, le réalisateur de Good Morning Vietnam et Rain Man. J’aurais donc pu commencer ma critique par « dans la série les chiens ne font pas de chats ». Remerciez-moi, je vous ai épargner ce lieu commun. Bon, après, il faut voir si ce film est une façon d’exorciser ce qui se passe dans la famille Levison. Franchement, je n’espère pas pour eux…

En effet, Another Happy Day est un film sur des gens qui se détestent et se méprisent, mais qui sont bien obligés de cohabiter puisqu’ils font partie de la même famille. Et comme pour la plupart d’entre eux, les apparences sont ce qu’il y a de plus important, tout cela donne une montagne d’hypocrisie, de non-dits, de messes-basses et de mesquineries cruelles et méchantes à n’en plus finir. Au milieu de tout cela, Lynn et son fils Elliot ont un grave défaut : ils expriment ce qu’ils ont sur le cœur et refusent de se soumettre à la dictature ambiante.

Il faut dire qu’ils ont de quoi se révolter. Mais comment faire quand votre propre famille ne cherche qu’à vous faire taire, à vous expliquer que tout est de votre faute puisque vous n’acceptez pas de faire comme si. Certaines scènes de Another Happy Day sont quelque part plus violentes que n’importe quel bain de sang, juste par une seule petite réflexion, une compassion que l’on refuse, un geste de mépris presque anodin. Face à cela, un des grands intérêt du film repose sur le contraste entre les efforts désespérés de Lynn pour faire comprendre ce qu’elle ressent et le regard cynique et désabusé d’Elliot.

Avec ce sujet, Another Happy Day aurait pu devenir soit une vraie comédie grinçante, soit un vrai drame psychologique. Sa grande originalité et sa grande force est de se situer entre les deux. Certes, certains passages sont d’une cruauté sans borne, mais le personnage d’Elliot apporte un détachement par rapport aux situations qui nous permet de contempler tout cela avec beaucoup d’ironie. Les « méchants » sont tellement mesquins et au fond malheureux qu’on arrive à rire d’eux, même si on prend évidemment pitié pour cette pauvre Lynn et pour sa fille.

anotherhappydayAnother Happy Day est un film qui va crescendo. Il est vrai qu’on a un peu de mal à rentrer dans cette histoire lors du premier tiers du scénario. Mais au fur et à mesure que l’on se rapproche du mariage, lorsque tous les personnages sont rassemblés et que la tempête peut éclater à tout moment, on se prend au jeu et on exulte devant le spectacle de cette famille très éloignée de l’idéal puritain qu’elle essaye de suivre.

Another Happy Day nous offre une très belle galerie de personnages et par la même occasion une très beau casting. Retenons trois nom : Elle Barkin nous offre une très belle performance qui est peu toujours sur le même registre, mais parfaitement exécutée. Ezra Miller confirme qu’il sait parfaitement incarné les adolescents torturés, après ses prestations remarquées dans City Island (un vrai petit chef d’œuvre bien trop inaperçu) et We Nee to Talk About Kevin. Enfin Demi Moore n’a peut-être le rôle plus subtil et le plus intéressant, mais elle brille par son charisme de vraie star d’Hollywood.

Another Happy Day est donc un film profondément humaniste… mais qui ne nous donne pas vraiment envie d’aimer certains humains.

Fiche technique :
Production : Mandalay Vision, Filmula, Prop Blast Films, Cineric, Taggart Productions
Distribution : Memento Films
Réalisation : Sam Levinson
Scénario : Sam Levinson
Montage : Ray Hubley
Photo : Ivan Strasburg
Décors : Michael Grasley
Musique : Olafur Arnalds
Durée : 119 mn

Casting :
Elle Barkin : Lynn
Ezra Miller : Elliot
Ellen Burstyn : Doris
Demis Moore : Thomas Haden Chirch
Kate Bosworth : Alice
George Kennedy : Joe

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