RENOIR : Le crépuscule des peintres

renoirafficheLes chiens ne font pas des chats, mais parfois un peu quand même. La famille Renoir peut en fait illustrer les deux versions du proverbes. En effet, on peut considérer qu’un immense artiste a engendré un immense artiste, ou bien qu’un peinte a engendré un cinéaste. Comme quoi tout est relatif, comme dirait Albert. En tout cas, toute cette belle famille nous a donné un bien beau film pour débuter l’année, sobrement intitulé Renoir.

Au cœur de la guerre 14-18, la jeune et belle Andrée se rend à la propriété d’Auguste Renoir, désormais perclus de rhumatismes, pour proposer ses services comme modèle. Dans la maison, les domestiques et le jeune fils du maître lui font vite comprendre qu’il s’agit d’un emploi qui l’emmènera très certainement dans le lit du peintre. Mais c’est sans compter le retour de Jean, blessé à la cuisse au cours du conflit.

Renoir est un film aux thématiques nombreuses et riches. Il faut dire qu’avec deux tels personnages, il y a de quoi faire. Certes à cette époque, Jean Renoir n’était qu’un simple soldat convalescent qui rêvait vaguement de cinéma. Mais cela n’empêchera pas très vite de voir naître une rivalité entre le fils et le père. La belle Andrée en sera bien sûr le catalyseur, mais le propos va plus loin, car le thème de la figure paternel écrasante existe même sans la jeune fille.

Mais Renoir est bien plus qu’un simple triangle amoureux ou un énième film sur les relations père-fils. Il nous parle aussi de rapports sociaux, du poids des convenances, du désir d’émancipation, de la déchéance physique ou à l’inverse des ambitions et des rêves de jeunesse. Mais il parle aussi évidemment avant tout de l’acte de création. Et on ne peut que constater encore une fois que ce processus est particulièrement cinégénique. On ne compte plus les beaux films qui font leur élément central (Frida, Séraphine, Ivre de Femmes et de Peintures…). On en a un nouvel exemple ici.

On peut cependant reprocher à Renoir un léger aspect contemplatif qui nuit quelque peu au rythme du film. On ne s’ennuie pas vraiment, mais le scénario offre un long moment de flottement en son milieu où ni la situation, ni les personnages n’évoluent vraiment, ou du moins assez lentement. Le film n’est pas spécialement long, il est très riche, mais on peut cependant trouver que le propos manque quelque fois un peu d’épaisseur. Mais comme chacun trouvera une thématique qui lui parle, on peut tout de même apprécier ce film pour de multiples raisons.

On peut également apprécier Renoir parce que c’est un beau film. Il est évidemment difficile de parler de peinture et de création artistique, si les images ne possèdent pas elles-mêmes des qualités esthétiques. La réalisation de Gilles Bourdos reste sobre, mais surtout subtile. Il arrive à nous faire saisir ce qui charme le regard du grand peintre. Des paysages bien sûr, mais aussi et même surtout le corps de la belle Andrée. La caméra épouse la vision de l’artiste, une vision partagée entre désir primaire et l’amour de ce qui est tout simplement beau. Cela passe aussi d’ailleurs par de très bons dialogues.

renoirRenoir nous propose une vraie révélation en la personne de Christa Théret que l’on avait découvert il y a quelques années dans le sympathique Et Toi, t’es Sur Qui ? En plus d’être tout simplement sublime, elle dégage un charisme sur lequel repose une large partie du film. Sa carrière devrait prendre une nouvelle dimension et méritera d’être suivie. On ne n’en dirai pas autant de Vincent Rottiers dont la performance est convaincante, mais sans être particulièrement brillante. Tout cela sous le regard d’un Michel Bouquet qui ne rajeunit pas et qui, après le Promeneur du Champs de Mars, nous livre encore une fois une interprétation sublime d’un personnage historique au crépuscule de sa vie.

Renoir confirme que peinture et cinéma font toujours bon ménage. Un beau film sur la création et l’amour. Mais peut-il exister l’un sans l’autre ?

Fiche technique :
Titre : Renoir
Réalisation : Gilles Bourdos
Scénario : Gilles Bourdos, Michel Spinosa et Jérôme Tonnerre
Directeur de la photographie : Mark Ping Bing Lee
Montage : Valérie Deloof, Cyril Holtz et Yannick Kergoat
Direction artistique : Elsa Pharaon
Musique : Alexandre Desplat
Production : Olivier Delbosc et Marc Missonnier
Producteur exécutif : Christine De Jekel
Durée : 1 h 51

Casting :
Michel Bouquet : Auguste Renoir
Christa Theret : Andrée Heuschling
Vincent Rottiers : Jean Renoir
Thomas Doret : Coco
Romane Bohringer : Gabrielle
Michèle Gleizer
Carlo Brandt : Dr Prat
Hélène Babu : Odette
Stuart Seide : Dr Barnes
Paul Spera : Secrétaire de Barnes

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