Quand on écrit une histoire à partir d’une idée qui semble quelque peu improbable et peu crédible, il est capital de ne surtout pas s’arrêter à cela et d’y aller malgré tout à fond. Le cinéma américain possède cet absence de complexe pour nous livrer des scénarios qui se moquent éperdument de leur crédibilité. Et il excelle particulièrement dans l’exercice quand tout cela met en scène leur Président… ou leur Présidente. Une nouvelle preuve avec Séduis-Moi Si Tu Peux, qui nous propose une histoire qu’aucun scénariste français n’aurait osé écrire. Mais les qualités du film nous démontrent qu’ils ont bien tort de se priver.
Pour oser proposer une histoire dont pas un événement ne pourrait survenir dans la vraie vie vraie, il ne faut pas se poser trop de questions. Et pour faire adhérer le spectateur, il ne faut pas lui laisser l’occasion de s’en poser non plus. Séduis-Moi Si Tu Peux nous emporte immédiatement par son rythme, son humour, parfois très premier degré, mais tout de même très efficace. On se surprend à aimer immédiatement des personnages pourtant loin d’être subtils. Bref, on se retrouve diverti et on ne peut que s’en satisfaire puisque c’est exactement ce que le type de plaisir que l’on était venu chercher. Parfois, un coin de notre cerveau a envie de nous glisser que tout cela ressemble fort à un grand n’importe quoi, mais on oublie totalement de l’écouter, trop occupé à profiter du spectacle.
Seth Rogen et Charlize Theron permettent à Séduis-Moi Si Tu Peux de fonctionner aussi bien par leur implication de tous les instants. Pas de cabotinage, mais un jeu maîtrisé, même dans les moments qui frisent la vulgarité. La qualité du casting donne à ce film une crédibilité qui compense le fait que les péripéties n’en ont strictement aucune. Jonathan Levine nous offre là un vrai travail de mise en scène et de réalisation, aussi léger soit le contenu de ce film. Un professionnalisme très hollywoodien, qui prouve qu’on peut être sérieux, même quand ce n’est pas sérieux, sans se prendre au sérieux. L’essentiel est de toute façon de faire passer au spectateur un bon moment et ce film y parvient parfaitement.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Réalisation : Jonathan Levine
Scénario : Dan Sterling et Liz Hannah, d’après une histoire de Dan Sterling
Direction artistique : Sharon Davis
Décors : Kalina Ivanov
Costumes : Mary E. Vogt
Photographie : Yves Bélanger
Montage : Melissa Bretherton et Evan Henke
Musique : Marco Beltrami et Miles Hankins
Production : A. J. Dix, Evan Goldberg, Beth Kono, Seth Rogen, Charlize Theron et James Weaver
Durée : 125 minutes
Casting :
Seth Rogen : Fred Flarsky
Charlize Theron : Charlotte Field
O’Shea Jackson Jr. : Lance
June Diane Raphael : Maggie Millikin
Ravi Patel : Tom
Andy Serkis : Parker Wembley
Alexander Skarsgård : James Steward
Randall Park : le patron de Flarsky
Bob Odenkirk : Chambers
Tristan D. Lalla : l’agent M
James Saito : le Ministre Kishido
Randy Orton : Jimmy P.
Lisa Kudrow : Katherine
L’amour dure trois ans paraît-il. Nous avons tout de même heureusement tous autour de nous des exemples démontrant que cela peut aussi durer toute la vie. Parfois, les choses sont un peu plus compliquées et se situent entre les deux. Ce ne serait pas drôle sinon et ne nous permettrait pas de découvrir d’aussi bons films que Retour de Flamme. Un long métrage qui nous procure une nouvelle preuve de la vitalité du cinéma argentin et du talent incomparable de Ricardo Darin. Comme nous tous, il vieillit quelque peu, mais fait partie de ces êtres chanceux dont l’âge les fait ressembler de plus en plus à du bon vin.
Vous l’aurez compris en introduction, Retour de Flamme doit beaucoup à la présence à l’écran de Ricardo Darin. Son charisme et son charme naturels font vraiment la différence et on comprend une nouvelle fois pourquoi il est parvenu à mettre le cinéma argentin sur le devant de la scène depuis Dans Tes Yeux. Mais il serait particulièrement injuste de passer sous silence la performance de sa partenaire à l’écran, Mercedes Moran. A une époque où les débats sur la place des femmes, que l’on qualifiera pudiquement d’un certain âge, à l’écran sont nombreux, cela fait plaisir de voir qu’une certaine maturité, teintée de naturel, a encore l’occasion de nous émouvoir. A eux deux, ils forment un duo magnifique qui porte ce film assez haut pour ne pas devoir passer à côté.
Les sports aquatiques sont décidément particulièrement à la mode chez les cinéastes français. Après la natation synchronisée qui donné naissance à l’immense succès, mérité, du Grand Bain, voici le water-polo qui nous permet de découvrir les Crevettes Pailletées. Les points communs entre les deux films s’arrêtent à la piscine, même si on peut voir dans ces deux œuvres une réflexion sur la différence et la souffrance qu’elle peut engendrer. Le ton est également ici humoristique, avec quelques degrés de moins de subtilité cependant. Mais l’énergie a ceci de magique qu’elle se montre parfois particulièrement communicative.
Le casting des Crevettes Pailletées est relativement inégal. Nicolas Gob ne semble vraiment pas très à l’aise et peine à donner un peu d’épaisseur à son personnage. On mettra plutôt en avant les très belles prestations d’Alban Lenoir et Roland Menou qui incarne les personnages les plus marquants. Les autres ne sont pas pour autant mauvais, mais ne nous permettent pas toujours de s’attacher à leur personnage comme on aurait aimé. Tout cela est au final assez symptomatique des limites de ce film particulièrement sympathique, mais peut-être pas tout à fait abouti, ni totalement maîtrisé.
Les Petits Mouchoirs avait profondément divisé la critique lors de sa sortie, certains détracteurs se montrant particulièrement féroces. D’autres, comme moi, y avait vu un petit chef d’œuvre, ou au moins un film culte, drôle et touchant. Nous Finirons Ensemble fait cette fois l’unanimité des critiques professionnels contre lui… et même des critiques amateurs comme moi ! Par contre, le public semble l’avoir pleinement apprécié. Comme quoi, il est difficile de faire l’unanimité. Comme il est difficile de vouloir tenter le diable deux fois en prenant les mêmes risques. Si la première fois, on franchit l’obstacle, pour la seconde, on risque fort de se planter.
C’est d’autant plus regrettable, que Nous Finirons Ensemble est vraiment très drôle. Un humour parfois très premier degré, mais qui fonctionne remarquablement bien. Surtout que la densité est là et qu’on rit beaucoup et souvent. On a plaisir a retrouvé le casting initial, avec quelques renforts sympathiques comme José Garcia. Cependant, cela ne nous fera pas oublier à quel point le film illustre à merveille le principe « que tout le monde a ses petits problèmes, mais ce n’est pas une raison que tout le monde en fasse un film ».
Quand on est sur le point de perdre son statut de trentenaire comme moi, on se met à craindre de tomber dans ce que le cinéma et les séries appellent la crise de la quarantaine. Pour l’instant, je n’ai aucune envie d’acheter une voiture de sport, mais je me dis que ça va peut-être finir par arriver. Il est donc particulièrement rassurant d’aller voir un film qui tend à vous expliquer que la vraie crise est plutôt celle de la cinquantaine, pour se dire qu’on a encore un peu de temps devant soi avant les grandes questions existentielles et les profondes remises en question. C’est donc avec un très grand plaisir que je suis allé voir Gloria Bell. Plaisir aussi et même avant tout lié à la présence de Julianne Moore à l’écran.
Si Julianne Moore occupe évidemment une place centrale dans Gloria Bell, la vraie star du film est au final John Turturro. Non que l’un fasse preuve d’un plus grand acteur que l’autre, à ce niveau-là, on ne peut plus départager. Mais le personnage masculin est ici de loin le plus original et celui qui nous laisse le souvenir le plus profond. Les moments les plus réussis que j’évoquais plus haut sont incontestablement ceux qui le mettent en scène. En tout cas, ni l’un, ni l’autre ne semble porter le poids des ans ou plutôt le porte avec beaucoup de bonheur (surtout quand on repense au botox de Catherine Deneuve). Si le film ne donne pas une folle envie de vieillir trop vite, ses deux interprètes principaux vous font dire que ce n’est pas si grave après tout.
Le Guatemala, voici un de ces pays mystérieux dont on a souvent une image assez floue, puisqu’ils font rarement la une de l’actualité. Le film Tremblements vous permettra de mieux découvrir la société locale. Mais pas sûr que le film vous en donne une très bonne image car le sujet principal est le rejet profond de l’homosexualité qui y sévit, notamment du fait de l’influence très forte des églises évangélistes. Bref, rien qui ne donne envie de faire sa valise pour s’y installer, à moins de considérer que le degré de tolérance ne revêt strictement aucune importance. Cependant, vu comme cette valeur semble en recul un peu partout dans le monde, on se dit que certains y verront peut-être une incitation au voyage.
Tremblements repose beaucoup sur les épaules de Juan Pablo Olyslager. Par un jeu particulièrement sobre, mais qui parvient tout de même à véhiculer beaucoup d’émotions, il donne beaucoup de crédibilité à son personnage. Cela ne fait que renforcer le sentiment d’injustice que son histoire nous inspire. Mention spéciale également à Sabrina de la Hoz dont le personnage, qui donne froid dans le dos, vous ferai perdre la foi si vous l’avez encore. C’est parce qu’ils donne vie de manière aussi convaincante à des destins individuels que le film parvient à porter un propos beaucoup plus large sur une société sclérosée intellectuellement et les forces obscures (pour ne pas dire maléfiques) qui la cadenassent.
J’apprécie particulièrement le cinéma d’André Téchiné. J’avais été choqué de la manière dont ses précédents films, Comme des Garçons et Nos Années Folles, ont été totalement oubliés lors des Césars, et ce dès les nominations. Quelle injustice pour ce monument du cinéma français, fournisseur officiel de bons films depuis 1969 ! Je ne crois pas que l’Adieu à la Nuit ne change quoique ce soit à cette situation. A moins que la présence à l’affiche de Catherine Deneuve, et la bonne dose de botox, qui va avec n’attire à nouveau les feux des projecteurs sur cet immense réalisateur. Cette fois, on ne criera pas au scandale, malgré quelques réelles qualités.
S’il y a une leçon à tirer de l’Adieu à la Nuit, c’est l’urgence de plus en plus urgence de voir Catherine Deneuve arrêter toute chirurgie esthétique, avant de devenir totalement défigurée. Elle ne fait pas encore peur, mais elle s’en rapproche doucement et sûrement. Cela n’enlève rien à son immense talent d’actrice, mais cela décrédibilise quand même beaucoup son personnage que l’on imagine mal plastifier ainsi son visage. On retiendra donc avant tout la belle performance du duo formé par Kacey Mottet Klein et Oulaya Amamra. On n’oubliera évidemment pas la jolie réalisation d’André Téchiné, jamais spectaculaire mais qui nous plonge vraiment dans l’intimité des personnages. Et on oubliera surtout pas tout ce que cet homme aura apporté au cinéma français.
Apporter une conclusion à une œuvre qui se compose de 22 films différents constitue un exercice assez inédit dans l’histoire du cinéma, même si l’essor des séries nous a habitués aux récits au long cours. Les films Marvel ont créé un univers cinématographique d’une grande richesse, formant ce que l’on pourrait facilement comparer à une nouvelle mythologie. Avengers Endgame était attendu comme rarement un film l’a été, surtout après la fin à couper le souffle d’Infinity War. Il ne fallait donc pas se rater. En misant sur les fondamentaux qui ont fait le succès de cette saga et sur un brin de nostalgie, le pari est incontestablement réussi, malgré quelques imperfections.
En effet, Avengers Endgame propose un délicieux cocktail d’action, d’humour et de regard tendre sur les protagonistes. Tout cela s’achèvera par une bataille d’une puissance épique à la hauteur de l’immensité de l’œuvre. On en prend alors plein les mirettes et on en alors définitivement pour son argent. Mais ce film ne se résume définitivement pas à ça et ajoute par ailleurs une ultime touche de profondeur à certains des personnages qui… Ah non je m’arrête ici avant de spoiler, ce qui constituerait un crime terrible. Et je ne suis pas Thanos ! Même si l’histoire est loin d’être terminée et saura à coup sûr rebondir, on ressort de ce film avec cette sensation de tristesse à la fin de quelque chose qui nous aura accompagnés longtemps. Au revoir et à bientôt donc !
La vie est quand même mal faite. On passe une bonne partie de sa vie à vouloir paraître plus jeune que ce que l’on est réellement. Mais on oublie souvent qu’on a passé une première partie de sa vie en souhaitant être plus vieux. Vouloir grandir plus vite est un sentiment commun chez les enfants, surtout chez ceux qui ne trouvent pas facilement leur place dans ce monde. 90’s est un film sur ce sentiment. Un film sur le skate-board également, mais cela devient totalement secondaire. Premier passage de l’autre côté de la caméra réussi pour Jonah Hill en tout cas.
90’s parvient parfaitement à mêler la douleur et l’espoir, c’est ce qui fait tout son intérêt. Tout ceci est remarquablement mis en images, avec une réelle élégance. Jonah Hill soigne donc la forme et le fond, démontrant de vraies dispositions de cinéaste. Il dirige avec beaucoup de bonheur le jeune Sunny Suljic, qui fait preuve d’une maturité étonnante pour son âge. Mais c’est tout le casting adolescent qui est salué, alors qu’ils sont tous des acteurs débutants. Au final, on assiste à un film poétique et touchant, manquant peut-être un rien de profondeur, mais qui vaut bien un petit passage en salle.
La prise de conscience récente du poids du sexisme dans la société irrigue forcément le cinéma et ce dans beaucoup de pays, comme le prouve ce nouveau film israélien sorti sur nos écrans, Working Woman. Il prouve d’ailleurs par la même occasion l’incroyable vitalité du 7ème art de ce pays que j’ai évoqué à plusieurs reprises ces derniers temps. La gravité et l’importance d’un sujet ne peuvent assurer à eux-seuls la réussite d’un film. Faut-il encore savoir le traiter sur le fond et sur la forme. Michal Aviad parvient à rendre son film remarquable sur les deux plans.
Working Woman doit beaucoup à la formidable prestation de Liron Ben-Shlush. Elle porte véritablement le film sur ses épaules. En parvenant à communiquer ses émotions avec autant d’acuité, elle donne vraiment toute son épaisseur au film et au propos. Il ne faudrait pas non plus oublier la figure inquiétante incarnée par Menashe Noy. Finalement, la seule réelle limite de ce film repose sur le personnage du mari. Non que l’acteur qui lui donne vie, Oshri Cohen, n’ait quoi que ce soit à se reprocher, mais il reste exploité d’une manière un peu trop superficielle pour vraiment apporter une dimension supplémentaire à cette histoire. Cependant, le reste se suffit largement à lui-même.
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