
Au XIIème siècle, Balian est un forgeron au cœur du Royaume de France, rongé par le souvenir de sa femme qui vient de se suicider après la mort de leur enfant. Godefroy de Gibelin, à la tête d’une troupe de croisés, vient le trouver et lui révèle qu’il est son père. Légèrement moins surpris que Luke Skywalker, Balian repousse d’abord la proposition de suivre son nouveau papa jusqu’à Jérusalem. Mais après, avoir tué son propre frère, prêtre du village qui a ordonné que sa femme soit décapitée avant d’être enterrée, il fuit son village et rejoint la troupe sur la route de Messine.
La période des croisades a rarement inspiré les cinéastes. Riddley Scott a donc abordé un thème relativement vierge de références. Il a donc pu donner libre court à sa vision des évènements. Esthétiquement, il a choisi le réalisme. De toute façon, depuis Gladiator, on est loin du temps des films historiques où les héros arborent des tuniques immaculés du début à la fin. Le Jérusalem de Kingdom of Heaven est sale, peuplée d’hommes peu recommandables et à l’hygiène plus que douteuse. Le sang coule pendant les batailles, les hommes meurent en hurlant, sans que Ridley Scott ne cherche à mettre ceci en avant.
Car si Kingdom of Heaven est si spectaculaire, ce n’est pas par l’hémoglobine à foison. Non, au contraire, c’est sur des plans larges qui nous permettent d’assister à des batailles épiques où s’affrontent chevaliers et fantassins, tours de siège et catapultes, le tout dans des décors grandioses jusqu’à l’horizon. Bref, un film à gros moyens, mais quand on connaît les qualités de cinéastes de Ridley Scott, on peut facilement s’imagine qu’il en a fait le meilleur usage qui soit.

Mais la plus grosse polémique sur ce film, concerne l’intrigue et surtout le message qu’il essaye de véhiculer. Kingdom of Heaven nous narre un court moment de l’histoire de Jérusalem mais se veut une allégorie de son histoire globale passée et même présente. Lieu saint des trois monothéismes, Jérusalem a toujours été au cœur de toutes les passions et continue de l’être. Personnellement, au lieu d’être une faiblesse du film, je trouve au contraire que c’est un de ses très grandes forces, car le message est délivré avec une grande intelligence. Il n’y a aucun manichéisme. Il ne s’agit absolument pas là d’un affrontement entre de gentils croisés contre de méchant sarrasins, ni l’inverse d’ailleurs. Il n’y a ni méchant, ni gentil…
… excepté notre héros… Ici, effectivement, le film souffre peut-être d’une toute petite faiblesse. Oie blanche au milieu des brutes, homme privilégiant l’honneur avant toute chose, Balian manque d’aspérités pour être réellement intéressant. Certes, par son regard impartial sur les deux camps, il est le messager de ce que veut nous délivrer Ridley Scott, mais au final, cela affadit terriblement le personnage. C’est un peu dommage, car il est vraiment le seul protagoniste à être aussi caricatural. Et comme, il s’agit là du personnage principal, il est vrai que cela pèse… mais pas tant que ça au final.
Pour moi, Kingdom of Heaven est un grand film, bien au-delà de son aspect spectaculaire ! La morale est très intelligente et on est heureux de voir un film délivré un message sans que ce dernier n’alourdisse l’intrigue. Mais on en n’attendait pas moins d’un réalisateur de la trempe de Ridley Scott.
Fiche technique :
Titre : Kingdom of Heaven (États-Unis et France), Royaume des cieux (Québec)
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : William Monahan
Production : Ridley Scott pour Scott Free Productions (R.-U.) et 20th Century Fox (USA)
Musique : Harry Gregson-Williams
Photographie : John Mathieson
Montage : Dody Dorn et Chisako Yokoyama
Pays d’origine : États-Unis
Tournage: Maroc
Genre : Aventure, film de guerre, historique
Durée : 145 minutes, 187 minutes pour la version longue (uniquement disponible en DVD)
Dates de sortie : 4 mai 2005 (France) ; 6 mai 2005 (USA)
Casting :
Orlando Bloom : Balian d’Ibelin
Eva Green : Sibylle
Liam Neeson : Godefroy d’Ibelin (en fait c’est un personnage composite, inspiré de Godefroy de Bouillon et Barisian d’Ibelin, le vrai père de Balian)
Jeremy Irons : Tiberias (nom donné dans le film au personnage historique Raymond III, comte de Tripoli et prince de Tiberias)
Marton Csokas : Guy de Lusignan
Jon Finch : Héraclius, patriarche de Jérusalem
Brendan Gleeson : Renaud de Châtillon
Ghassan Massoud : Saladin
Edward Norton : Baudouin IV
Alexander Siddig : Imad al-Din al-Isfahani
David Thewlis : Roger de Moulins, grand maître de l’Ordre de Saint-Jean de l’Hôpital
Karim Saleh : émissaire de Saladin