
Que retiendrons les générations futures de notre civilisation occidentale contemporaine ? Une vidéo de chats tirant la chasse d’eau ? Ou bien l’image d’Américains moyens évacués manu militari de leurs maisons, dont ils sont pourtant propriétaires depuis plusieurs décennies ?
Le point de départ de Capitalism : a love story résume bien la « patte » Michael Moore. De l’humour auquel succède très vite beaucoup d’émotions. Tous ses films sont peuplés de témoignages poignants, de gens en pleurs, dont on ne peut que partager la souffrance et la peine. Après, évidemment, il manque une prise de recul, la recherche d’une vérité objective et une mise en perspective, mais encore, nous ne sommes pas ici devant un documentaire. Ce film n’échappe pas à la règle, qui vous fait vite passer du rire aux larmes.
Bien sûr, étant entré dans la salle avec le dernier numéro d’Alternatives Economiques sous le bras, j’étais peut-être prédisposé à recevoir le message véhiculé par Capitalism : a love story. Mais c’est avant tout le talent de Michael Moore qui lui permet encore une fois de faire mouche. Cependant, ce film ne provoque pas le même choc que Bowling for Columbine ou Fahrenheit 911. Beaucoup reprochent à Michael Moore de se laisser aller à une certaine paresse intellectuelle et de se contenter de tirer toujours sur les même ficelles. Il faut bien avouer qu’ils n’ont pas complètement tort.
La première moitié de Capitalism : a love story n’est pas franchement une réussite. Le capitalisme, c’est le mal, il nous le répète pendant une heure, mais on avait déjà compris au bout de cinq minutes. On pourra s’interroger, par exemple, sur l’intérêt de faire intervenir successivement plusieurs hommes d’Eglise pour répéter la même chose. Certes, il y’a là une volonté de dénoncer l’utilisation abusive des références religieuses par la droite américaine ultra-libérale. Mais le tout manque un peu de subtilité et de pédagogie.

Capitalism : a love story n’en reste pas moins un film tout ce qu’il y’a de plus salutaire pour l’esprit. Déjà, parce qu’il pousse à réfléchir, qu’on soit d’accord ou non avec le propos. Certes, Michael Moore enfonce des portes ouvertes. Mais des portes ouvertes totalement inacceptables, mais face auxquels nous sommes trop souvent indifférents ou résignés, comme si tout cela était normal et surtout inévitable. L’appel de Michael Moore à la fin du film à reprendre en main notre pouvoir, le pouvoir démocratique, le seul légitime, qui ne doit pas ployer devant le pouvoir économique, constitue une excellente conclusion à ce film qui ne l’est pas tout à fait.
Avec Capitalism : a love story, Michael Moore touche ses propres limites. Mais, même s’il a bien des défauts, vous en ressortirez avec une petite boule au ventre qui n’est que trop peu souvent donné par le petit écran (et ne parlons pas du JT de TF1…).
Fiche technique :
Production : Paramount Vantage, Overture Films
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Michael Moore
Scénario : Michael Moore
Montage : Conor O’Neill, John Waiter
Photo : Dan Marracino, Jayme Roy
Son : Francisco LaTorre, Mark Roy, Hillary Stewart
Musique : Jeff Gibbs
Durée : 122 mn