LE BRUIT DES GLACONS : Dialogue avec mon cancer

lebruitdesglaconsafficheBertrand Blier est un des rares cinéastes français qui peut se vanter d’avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger. C’était certes il y’a plus de 30 ans avec Sortez vos Mouchoirs, mais bien des petits jeunes aimeraient en faire autant. Mais voilà, n’est pas Bertrand Blier qui veut, un réalisateur qui s’est toujours affranchi des interdits moraux et chez qui le politiquement correct n’est jamais de rigueur. Les Valseuses ou Buffet Froid ont fait scandale en leurs temps. Ses films ont parfois un peu vieilli mais il leur reste ce charme provocateur, cet humour noir et grinçant qui n’appartiennent qu’à lui. Le Bruit des Glaçons, son nouveau film, nous fait partager son regard unique sur deux sujets qui ne prêtent guère à rire : la maladie et la mort.

Charles Faulque vit reclus dans son mas provençal, avec sa bonne et une jeune russe qu’il entretient. Il n’écrit plus, il boit, du blanc de préférence, en grande quantité, toute la journée. Mais son quotidien est perturbé par l’arrivée d’un personnage dont il se serait bien passé de la visite : son cancer.

On pourrait débattre à l’infini sur un point : Le Bruit des Glaçons est-il une comédie ? Ou bien une fable dramatique ? Un peu de deux en fait. Evidemment, le choix d’Albert Dupontel et Jean Dujardin n’est pas anodin. Les deux acteurs sont utilisés ici à contre-emploi, mais pas tant que ça. Leur talent comique, leur faculté à manier l’ironie et le second degré étaient indispensables pour que le Bruit des Glaçons soit une réussite. Et il en est une.

Le Bruit des Glaçons nous parle d’un sujet dont on n’a pas forcément envie d’entendre parler, mais qui fait forcément partie de notre existence à un moment ou à un autre, directement ou indirectement. La mort et la maladie ne sont pas très glamour et nos société occidentales ont souvent tendance à nier leur existence. Ou bien, quand on évoque le sujet à travers une fiction, cela tombe dans le larmoyant, les bons sentiments, souvent de manière absolument insupportable et ridicule.

Le Bruit des Glaçons le fait d’une manière bien différente, la manière que l’on pouvait attendre de Bertrand Blier. Pourtant il n’esquive aucun des sujets que l’on associe à l’approche de la mort : le retour sur sa vie, les regrets concernant les erreurs que l’on a commises, l’envie de les réparer et de retisser des liens que l’on a bêtement brisé, le regard des autres qui acceptent difficilement votre disparition prochaine… Encore une fois, vous ne rirez pas de tout cela dans ce film, mais vous ne vous apitoierez pas non plus. C’est là toute la force et l’intérêt de ce film et on peut réellement saluer Bertrand Blier pour la justesse du ton qu’il a su trouver.

lebruitdesglaconsLe Bruit des Glaçons est un film très court, un peu moins d’une heure et demie. Cependant, il faut bien admettre que c’est déjà un tout petit peu long par rapport au contenu. Une heure aurait sans doute suffi mais ce n’est pas un format qui permet une exploitation en salle. Cependant, même quand le film se met à tourner en rond, on reste attentif car on se demande bien quelle sera la conclusion de tout ça. Et heureusement, la fin est vraiment réussie, mais évidemment je n’en dévoilerai rien.

Un mot enfin sur le duo d’acteurs. Parfaitement dirigés, Jean Dujardin et Albert Dupontel sont vraiment très bons. Mais il y’a longtemps que l’on savait déjà que leur talent d’acteur dépasse largement le seul registre du comique pur. Cependant, la plus belle interprétation est à mettre à l’actif de Anne Alvaro, qui signe là un de ses plus beaux rôles.

Le Bruit des Glaçons nous montre que la carrière de Bertrand Blier n’est pas encore finie. Il est difficile à dire si ce film lui a été inspiré par sa propre mort qui approche. Mais bon, il n’a jamais que 71 ans, alors espérons qu’il ait encore des nombreuses années et beaucoup de films devant lui.

Fiche technique :
Production : Wild Bunch, France 2 Cinéma, Hérodiade, Plateau A
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Bertrand Blier
Scénario : Bertrand Blier
Montage : Marion Monestier
Photo : François Catonné
Format : 35mm
Décors : Patrick Dutertre
Son : Pierre Gamet, Hélène Le Morvan, Emmanuel Crozet
Musique : Collectif
Durée : 87 mn

Casting :
Jean Dujardin : Charles Faulque
Albert Dupontel : le cancer de Charles
Anne Alvaro : Louisa
Myriam Boyer : le cancer de Louisa
Audrey Dana : Carole Faulque
Emile Berling : Stanislas Faulque
Christa Théret : Evguenia

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