A BOUT PORTANT : Bonne surprise hexagonale

aboutportantafficheThriller, film d’action et cinéma français, voici des notions qui ne se sont que rarement mariés. Et encore moins souvent, pour des mariages heureux. Guillaume Canet a pourtant montré la voie avec son formidable Ne le Dis à Personne. Fed Cavayé emprunte le même chemin avec A Bout Portant, avec un film rare pour le cinéma hexagonal.

Samuel est aide-soignant, sur le point de devenir papa et de passer le concours d’infirmier. Un jour, un truand blessé par balles est amené dans son service. Peu après, il s’interpose face à un homme visiblement venu pour achever le blessé. Il pense alors avoir simplement accompli un geste héroïque. Mais son geste va le plonger dans un cauchemar de plus en plus profond et mettra en danger la vie de sa femme et de son futur enfant.

Si A Bout Portant est relativement enthousiasmant, c’est que l’on ne s’attend vraiment pas à ça pour un film français. Le cinéma hexagonal n’est pas avare en très bon polar, mais ils prennent souvent la forme de film noir, doté d’une bonne dose de psychologie. Ils brillent rarement par leurs rebondissements incessants et leur rythme échevelé. C’est pourtant le cas de ce film parfaitement maîtrisé et particulièrement réussi.

Alors évidemment, on peut toujours rechigner en disant que si ce film avait été une production hollywoodienne, il aurait été jugé réussi certes, mais relativement classique. Objectivement, ces remarques sont fondées, mais on peut tout de même se réjouir d’en voir naître une bien de chez nous, avec un fond culturel qui nous parle réellement, même si ceux des films américains nous sont aussi, à force, parfaitement familiers.

Le parallèle avec Ne le Dis à Personne est difficilement évitable sur bien des points. Certes, le scénario de A Bout Portant est nettement plus basique. Mais certaines scènes d’action, dont notamment une poursuite à pied haletante, ressemblent presque à un clin d’œil. Et oui, en France, on ne donne peut-être pas dans le délire pyrotechnique ou la destruction massive de voitures, mais on sait tout de même réaliser des scènes d’action qui tiennent la route et ne sont pas loin, parfois, de littéralement nous scotcher au fauteuil.

aboutportantComme je l’ai évoqué, la plus grande limite de A Bout Portant reste son scénario. Niveau rythme, il n’y a vraiment rien à dire et il faut vraiment le souligner car c’est souvent là où pêchent bien des productions hexagonales. Les rebondissements sont nombreux, mais sans jamais nous prendre totalement au dépourvu. Mais sa vraie faiblesse reste dans ses personnages, qui même s’ils peuvent nous inspirer une réelle sympathie ou au contraire une forte antipathie, il faut bien avouer qu’ils ne présentent pas non plus un intérêt fantastique. Certains pourront donc dire que le film abandonne ici ce qui fait d’habitude la force du cinéma français. Mais que voulez-vous on ne peut pas tout avoir, même au cinéma… Enfin si, ça arrive, mais tous les quatre matins non plus.

La relative faiblesse des personnages entraîne du coup une interprétation qui ne reste parfois au ras du cliché. Gilles Lellouche, quelque peu à contre emploi, et Gérard Lanvin, dans un rôle par contre tout à fait classique pour lui, n’économisent guère leur énergie, mais ils ont bien du mal à donner de l’épaisseur à leurs personnages respectifs. Mais heureusement, Roschdy Zem est là. Il est certes aidé par un rôle nettement plus ambiguë et complexe que ses deux compères, mais il faut reconnaître qu’il est réellement en train de devenir un très très grand acteur au registre extrêmement large et il le prouve ici une nouvelle fois.

A Bout Portant a donc réussi là où la plupart des productions Besson se plantent. Certes, ce n’est pas du grand cinéma, il possède bien des imperfections, mais aussi énormément de qualités. Et des qualités rares par chez nous !

Fiche technique :
Production : LGM films, Gaumont
Distribution : Gaumont
Réalisation : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé, Guillaume Lemans
Montage : Benjamin Weill
Photo : Alain Duplantier
Son : Pierre Mertens, Alain Feat, Marc Doisne
Musique : Klaus Badelt
Durée : 85 mn

Casting :
Gilles Lellouche : Samuel
Roschdy Zem : Hugo Sartet
Gérard Lanvin : Commandant Werner
Elena Anaya : Nadia
Mireille Perrier : Commandant Fabre
Claire Perot : Capitaine Susini
Valérie Dashwood : Capitaine Moreau

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