LES FEMMES DU 6EME ETAGE : Bonheur à tous les étages

lesfemmesdu6emeetageafficheFaire un film avec un fort fond social peut donner des résultats parfois très émouvants, mais quelque peu déprimants. Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai pas vraiment eu envie de danser dans la rue après avoir vu La Vie Rêvée des Anges ou Rosetta. Mais on peut faire également dans le social rigolo. Cela fonctionne aussi et le message passe souvent largement aussi bien, voire même mieux. C’est le cas de Les Femmes du 6ème Etage et c’est une complète réussite.

Au début des années 60, Jean-Louis Joubert, 45 ans, agent de change, vit dans l’immeuble parisien où il est né. Il ne sait presque rien des femmes espagnoles qui vivent au 6ème étage, dans les chambres de bonnes… et qui, à l’époque, étaient effectivement habitées par les bonnes travaillant chez les habitants de l’immeuble. Un jour, il embauche l’une d’entre elles, Maria, dont la jeunesse, la beauté et la gentillesse le touchent. Elle va lui faire découvrir un autre monde, une autre culture, plus gaie, plus exubérante, loin des conventions dans lesquelles il a toujours vécu.

Avant de vraiment rentrer dans le vif du sujet, j’évoquerai rapidement la limite que connait toujours ce genre de films. Le message « pour être heureux, il vaut mieux être pauvre » est parfois particulièrement convaincant au cinéma. Dans la vraie vie, cette idée se vérifie déjà nettement moins souvent et on s’aperçoit très vite que les valeurs humaines des individus ne sont nullement corrélées à leur niveau de revenu, que ce soit dans un sens ou un autre.

Voilà, parenthèse refermée, car là, nous sommes au cinéma, le pays où les princes épousent les bergères. Il n’est pas question de faire mon rabat-joie plus longtemps, car Les Femmes du 6ème Etage est à consommer sans modération. Alors bien sûr, l’histoire racontée est éternelle et déjà vue mille fois sous une forme ou sous une autre. Mais Philippe le Guay le fait ici avec une infinie intelligence, ce qui fait de ce film un vrai moment de bonheur enthousiasmant.

Déjà parce qu’il n’y a aucune méchanceté gratuite. Il décrit les fractures sociales réelles entre les personnages, mais sans jamais juger qui que ce soit. Il n’y a ni méchants, ni gentils. Jutes des gens qui s’ignorent. Alors bien sûr, on a plus de tendresse pour ces bonnes espagnoles à la joie de vivre communicative que pour la mangeuse d’hommes, coqueluche des salons parisiens (interprétée par la sublime Audrey Fleurot… Au fait, quand est-ce qu’elle arrive la suite d’Engrenages ??!!!). Même la concierge raciste n’est pas inutilement clouée au pilori. Bref, un film humaniste sur la diversité des situations et des caractères et les barrières absurdes qui se dressent parfois entre les gens.

Ensuite, si le message peut sembler très beau et assez simple à comprendre, il aurait pu être à l’origine d’un film complètement cucul ou tombant dans l’émotion de bas étage. Il n’en est rien, car Les Femmes du 6ème Etage a le bon coup de chercher, et surtout de réussir, à avant tout être drôle. Encore une fois, les différences culturelles constituent un élément de base d’un nombre incalculable de comédie, mais toutes n’ont pas la chance d’être interprétée par Fabrice Luchini.

lesfemmesdu6emeetagePourtant, entre Fabrice Luchini et moi, ce n’est pas toujours une folle histoire d’amour. Je lui reconnais un talent rare, mais aussi une tendance au cabotinage et à jouer toujours exactement sur le même registre. Mais là, je dois bien l’admettre, il est tout simplement parfait. Il porte le film largement sur ses épaules, lui insufflant une très large part de son énergie comique, mais sans jamais en faire trop ou chercher à tirer inutilement la couverture à lui. Bon, il faut dire que son rôle ressemble par certains côtés (mais pas du tout par d’autres) à son personnage dans Potiche, autre exemple de film social rigolo très réussi.

Mais Le Femmes du 6ème étage, c’est avant tout et comme son nom l’indique, un film avec beaucoup de femmes dedans. Je passerai rapidement sur Sandrine Kiberlain, parfaite dans son rôle de bourgeoise qui plane à mille kilomètres au-dessus des réalités du monde. Mais je m’attarderai sur la très belle et très talentueuse Natalia Verbeke, que l’on avait déjà pu admirer dans quelque peu controversée Gal, aux côtés de José Garcia. Que son charme naturel soit capable de bouleverser à ce point la vie d’un homme se devait d’être crédible. Heureusement, elle en possède largement assez pour que cela soit le cas et nous aussi, on aimerait bien quitter nos beaux appartements pour une chambre de bonne, si c’est pour vivre à ses côtés.

Les Femmes du 6ème Etage est donc un film vraiment drôle, très touchant, résolument optimiste, parfaitement réussi et avec du fond, ce qui ne gâte rien.

Fiche technique :
Production : Les films de la Suane, France 2 cinéma, Canal +, Cinecinema
Distribution : SND
Réalisation : Philippe Le Guay
Scénario : Philippe Le Guay, Jérôme Tonnerre, Sylvie Koechlin
Montage : Monica Coleman
Photo : Jean-Claude Larrieu
Décors : Pierre-François Limbosch
Musique : Jorge Arriagada
Durée : 106 mn

Casting :
Fabrice Luchini : Jean-Louis Joubert
Sandrine Kiberlain : Suzanne Joubert
Carmen Maura : Conception
Natalia Verbeke : Maria
Lola Duenas : Carmen
Nuria Solé : Teresa
Concha Galan : Pilar

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