NEVER LET ME GO : Mort, amour et don d’organes

neverletmegoafficheLorsque l’on pense science-fiction, on pense souvent à un futur, plus ou moins proche, plus ou moins imaginaire. Plus rares sont les œuvres de ce genre se déroulant dans…le passé. C’est pourtant le cas de Never Let Me Go. Un film qui nous décrit ce qu’aurait pu être notre société si certains progrès de la médecine avait été réalisés dans le courant des années 60. Un film élégant et sensible, mais qui peine parfois à trouver un ton juste.

Kathy, Tommy et Ruth sont amis depuis leur plus tendre enfance. Une enfance qu’ils ont passé dans une institution un peu spéciale. En effet, ils sont, comme tous les autres enfants qui les accompagnaient, destinés, une fois adultes, à donner leurs organes pour prolonger la vie des gens « normaux », avec qui ils ont peu de contact. Une existence qu’ils savent brèves, mais qui ne les empêchent pas de ressentir les mêmes sentiments amoureux que n’importe qui.

Mark Romanek signe avec Never Let Me Go son deuxième film, près de 10 ans après Photo Obsession, où il avait offert à Robin Williams un de ses rôles les plus étonnants. Il signe à nouveau une œuvre assez inclassable, qui brise les barrières entre les genres. Mélo ou film de science-fiction, réflexion sur la bioéthique ou triangle amoureux adolescent ? Ce film est à la fois tout ça, sans être réellement aucun de ces stéréotypes. Du coup, on se sent parfois un peu perdu et déboussolé. Je comprends très bien que ce film ait eu du mal à trouver un public et qu’il ait provoqué des réactions assez contrastées.

Du coup, il est tentant de reprocher à Never Let Me Go de n’aller au bout d’aucune des idées qu’il amorce. C’est en grande partie vraie et parfois un peu frustrant. C’est d’ailleurs la principale limite de ce film qui n’a incontestablement pas su tirer le maximum de son potentiel. Mark Romanek a une certaine retenue, pour ne pas dire une retenue certaine. Mais à l’inverse, peut-être que cela rend le propos d’autant plus effrayant. On peut être choqué, énervé ou déçu face à la résignation des personnages face à leur sort. Mais leur comportement est-il si éloigné de celui qu’ils auraient eu dans la réalité ?

neverletmegoReste alors les sentiments amoureux entre les trois personnages. Ils forment réellement le corps de Never Let Me Go. Mais comme souvent dans ce cas-là, de notre attachement aux protagonistes dépend notre attachement au film tout entier. Si on n’aime pas Kathy, Tommy et Ruth, on n’aimera pas leur histoire. Et là encore, Mark Romanek a choisi la retenue. Leur histoire est au fond ordinaire, pour ne pas dire médiocre et mesquine, quand on pourrait s’attendre à une histoire passionnée et romanesque au vu des circonstances exceptionnelles. Il n’en est rien, mais cela ne rend pas moins attristant de les voir marcher ainsi vers une mort certaine. Au contraire, cela rend d’autant plus monstrueux l’indifférence à leur égard, alors qu’on peut si facilement se sentir proche d’eux.

Never Let Me Go est filmé avec beaucoup d’élégance par Mark Romanek. Si les rapports entre les personnages peuvent apparaître trop superficiels, le travail de photographie est lui empli d’une sensibilité remarquable, qui met parfaitement en valeur, le trio Carey Mulligan, Andrez Garfield et Keira Knightley. On pourra reprocher à leur jeu la même retenue que chez le metteur en scène, mais au moins ils sont à l’unisson du ton général de ce film. Une belle performance de mon point de vue, en tout cas d’une grande justesse.

Never Let Me Go est donc un film élégant et inhabituel. Quelque peu frustrant aussi. Mark Romanek n’a peut-être pas été au bout de toutes ses idées, mais il les a traité avec une délicatesse, qui nous amène à nous interroger sur notre capacité de révolte… et d’indifférence.

Fiche technique :
Production : Fox Searchlight pictures, DNA Films, Film4
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Mark Romanek
Scénario : Alex Garland, d’après le roman de Kazuo Ishiguro
Montage : Barney Pilling
Photo : Adam Kimmel
Décors : Mark Digby
Musique : Rachel Portman
Durée : 108 mn

Casting :
Carey Mulligan : Kathy
Andrew Garfield : Tommy
Keira Knightley : Ruth
Isobel Meikle-Smal : Kathy enfant
Charlie Rowe : Tommy enfant
Ella Purnell : Ruth enfant
Charlotte Rampling : Miss Emily
Sally Hawkins : Miss Lucy
Nathalie Rochard : Madame

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