RABBIT HOLE : Juste émotion

rabbitholeaffichePerdre un enfant est sans doute l’épreuve la plus douloureuse que l’on puisse connaître ici-bas, une douleur que nul ne peut imaginer sans l’avoir vécu. En faire le thème central d’un film est donc extrêmement périlleux, surtout si l’on veut dire autre chose qu’une simple description de la souffrance et du deuil. Mais le moins que l’on puisse dire est que Rabbit Hole y parvient avec un brio, teinté de beaucoup d’émotion.

Huit mois après la perte de leur fils, Becca et Howie forment un couple qui a du mal à se reconstruire. Il reste présent à chaque moment de leur vie et ils se retrouvent déchirés entre l’envie de tourner la page et celle de se replonger inlassablement dans les mêmes souvenirs. Une épreuve qui les sépare chaque jour un peu plus, malgré leurs efforts pour l’affronter ensemble.

A la lecture de ce synopsis, on pourrait facilement imaginer que Rabbit Hole est un film sinistre et déprimant. Bien sûr, il ne va pas vous tordre de rire du début à la fin, même s’il est loin d’être dénué d’humour. Mais il ne va pas non plus vous plonger dans les tréfonds de la tristesse et de la souffrance. Le film ne parle pas de cela, mais de la manière dont les deux personnages principaux tentent de surmonter cela. Et s’il ne se termine pas par un happy-end béat, il est tout de même parcouru par un certain optimisme.

Le plus remarquable dans Rabbit Hole est justement son équilibre et sa justesse. Entre tristesse et tendresse, entre douleur et espoir, entre deuil et volonté d’avancer, entre oubli et acceptation… tout cela est merveilleusement bien traité pour ne jamais plomber l’ambiance inutilement et surtout nous couper de personnages qui auraient pu être trop tournés vers leur chagrin pour être réellement attachants. Ce film dégage une grande émotion par sa subtilité, sa retenue et au final sa simplicité.

Rabbit Hole n’est donc pas un film sur des gens tristes, mais sur des gens qui se battent. Pas de grande leçon de morale sur la vie qui continue malgré tout ou sur la nécessité d’aller de l’avant. Mais une vraie conclusion sur laquelle je ne dirai rien, si ce n’est qu’elle est au fond la seule vraiment possible. Elle achève brillamment un scénario jamais contemplatif, qui, au contraire, nous permet de suivre un processus qui constitue un fil narratif assez épais pour que jamais l’intérêt du spectateur ne faiblisse.

rabbitholeParadoxalement, cette justesse pudique constitue la grande force, mais aussi la principale limite de Rabbit Hole. Si on s’attache aux personnages, il est difficile de partager leur peine, de s’identifier à eux, à moins d’avoir soi-même connu un drame similaire. En ne nous faisant pas partager le drame, en refusant tout voyeurisme, le film crée malgré tout une distance qui nous empêche de rentrer totalement dans cette histoire remarquablement touchante, mais pas bouleversante. Il s’agit là d’un choix, qui se comprend très bien. Et chercher à dépasser ces limites aurait conduit à un autre film, pas forcément plus réussi.

Le tout est merveilleusement interprété par deux grands acteurs. On ne présente plus Nicole Kidman qui tient un rôle peut-être moins glamour que d’habitude. Mais un tel talent de comédienne lui permet de se sentir aussi à l’aise et surtout crédible dans la peau d’une madame « tout le monde »… Enfin une très belle madame tout le monde…. A ses côtés, l’excellent Aaron Eckhart qui tient là un de ses rôles les plus intéressants, lui qui souvent se contente, avec brio certes, de seconds rôles.

Rabbit Hole est un film touchant mais jamais sinistre, non dénué optimisme, d’humour et d’espoir. En tout cas, il s’agit d’une belle réussite qui appréhende parfaitement un sujet particulièrement difficile.

Fiche technique :
Production : Olympus pictures, Blossom films, Oddlot entertainment
Distribution : Haut et Court
Réalisation : John Cameron Mitchell
Scénario : David Lindsay-Abaire, d’après sa propre pièce
Montage : Joe Klotz
Photo : Frank G. DeMarco
Décors : Kalina Ivanov
Musique : Anton Sanko
Costumes : Ann Roth
Durée : 92 mn

Casting :
Nicole Kidman : Becca
Aaron Eckhart : Howie
Dianne Wiest : Nat
Tammy Blanchard : Izzy
Miles Teller : Jason
Giancarlo Esposito : Auggie
Sandra Oh : Gabby

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