MINUIT A PARIS : Voir Paris et mûrir

minuitaparisafficheUne déclaration d’amour peut prendre bien des formes. On tremble de les formuler, on rêve de les recevoir. Bien des œuvres ressemblent à s’y méprendre à un tel aveu, comme si l’artiste trouvait dans la création un moyen de surmonter sa timidité. Mais les déclarations d’amour ne concernent pas toujours les sentiments entre deux êtres humains. On peut clamer sa flamme pour beaucoup de chose : son chien, sa voiture, son équipe de football préférée. Woody Allen dans Minuit à Paris nous livre lui une formidable déclaration d’amour à Carla Bru… mais non je déconne, c’est à la ville lumière qu’elle s’adresse.

Gil voyage avec sa femme et ses beaux parents dans la ville qui le fascine depuis toujours : Paris. Son rêve est de s’y installer, mais il ne recueille que railleries de ses proches, qui n’y voient là que caprice immature. Il les délaisse volontiers pour parcourir les rues de la capitale seul la nuit. Et un jour, miracle, il se retrouve sans savoir comment au cœur du Paris des années 30 qu’il vénère tant.

Minuit à Paris donne le ton dès les premières minutes : de la musique et des vues de Paris. Cela aurait pu ressembler à un clip du syndicat d’initiative, mais la caméra de Woody Allen vaut bien sûr bien mieux que ça. Des vues ordinaires et non touristiques, mais qui captent avec une justesse rare l’âme de cette ville à nulle autre pareille. Une vision que seul un étranger peut avoir, tant les autochtones dont je fais partie, oublient devant s’extasier devant le moindre immeuble haussmannien. Le court passage à Versailles m’a d’ailleurs fait particulièrement sourire, me rappelant que c’est là un des lieux les mythiques de la planète, mais que je peux aller y pique-niquer tous les dimanches si je veux.

Mais cette déclaration d’amour ne se contente évidemment pas de nous proposer quelques plans fixes. Minuit à Paris nous plonge dans ce qui a construit le mythe parisien au cours du XXème siècle. Le mot mythe est important car ce que nous fait vivre ce film, c’est la vision rêvée d’un Paris qui n’a évidemment jamais existé. C’est là le deuxième thème majeur du scénario. Une ode critique à la nostalgie, le fameux « c’était mieux avant », alors qu’avant, on n’avait pas encore inventé les antibiotiques… Woody Allen à travers son personnage nous chante son amour d’un Paris chargé d’une histoire plus ou moins légendaire, tout en nous rappelant que c’est le présent qu’il faut aimer.

Mais Minuit à Paris reste avant tout une comédie légère très réussie, telle que le réalisateur new-yorkais sait si bien nous offrir. Il en profite pour égratigner au passage l’Américain moyen, tendance Tea Party, sans imagination, ni poésie, incapable d’aimer autre chose que son pays. Il s’amuse aussi à nous livrer cette galerie de personnages hauts en couleur, caricatures des figures mythiques qu’ils incarnent. C’est aussi l’occasion de proposer un casting de seconds rôles de premier choix : Adrien Brody, Kathy Bates, Gad Elmaleh, Léa Seydoux… et Carla Bruni, dont l’apparition a fait couler tant d’encre…pour pas grand chose au final. En tout cas, une chose est sûre, son talent d’actrice est certes limité, mais sans non plus faire tâche. Elle ne serait pas qui elle est, son rôle serait tout simplement passé inaperçu en mal et en bien.

minuitaparisWoody Allen confirme son incomparable talent de directeur d’acteur en offrant à Owen Wilson un des rôles les plus intéressants et le plus subtils. L’habitué des grosses comédies qui tâchent trouve ici un personnage qu’il peut incarner sans grimace ou en faire des tonnes. Et il s’en sort parfaitement, arrivant à attirer immédiatement la sympathie du spectateur. En face de lui, Marion Cotillard est égale à elle-même. Certains diront, quoi encore elle ! Mais si on pense ce qu’on veut de la femme qu’elle est, l’actrice dégage un peu plus de charisme à chacun de ses apparitions, devant peu à peu une véritable étoile du cinéma mondial.

Minuit à Paris est donc un film très agréable qui permet de redécouvrir avec un œil neuf des endroits anodins pour nous, mais exotiques et magiques pour d’autres. D’ailleurs, paradoxalement, ce film donne envie de voyager pour ressentir la même excitation que Gil. Tiens, et si j’allais faire un tour à New-York !

Fiche technique :
Production : Gravier Productions, MediaPro Pictures, Versátil Cinema
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Montage : Alisa Lepselter
Photo : Darius Khondji
Décors : Anne Seibel, Hélène Dubreuil
Distribution : Mars Distribution
Son : Frédéric Pardon, Jean-Marie Blondel
Durée : 94 mn

Casting :
Owen Wilson : Gil
Rachel McAdams : Inez
Kathy Bates : Gert
Marion Cotillard : Adriana
Michael Sheen : Paul
Carla Bruni : guide du musée
Gad Elmaleh : Détective Tisserand
Léa Seydoux : Gabrielle

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