TU SERAS MON FILS : Un bon cru

tuserasmonfilsafficheDans la série des thèmes inépuisables, voici la relation père-fils. En particulier, le père qui écrase un fils qui tente d’exister à ses côtés, sujet aussi ancien que l’humanité elle-même. En voici un nouvel exemple avec Tu Seras mon Fils, qui nous emmène dans le monde impitoyable de la viticulture. Et franchement, le vignoble bordelais, c’est mieux que Dallas !

Paul de Marseul est le propriétaire d’un vignoble bordelais réputé. François, régisseur du domaine depuis des décennies, est atteint d’un cancer du pancréas et n’est plus en mesure de superviser la prochaine vendange qui s’annonce. Martin, le fils de Paul, pense alors tenir la chance de briller aux yeux d’un père qui le méprise et le rabaisse constamment. Mais c’est sans compter sur le retour de Phlippe, le fils de François, sur le domaine.

Ceux qui comme moi ont vu à de nombreuses reprises la bande-annonce de Tu Seras mon Fils ont a peu près vu et compris tout le film, à l’exception du dénouement. Mais c’est ce dernier qui donne sa valeur à un scénario qui, il est vrai, est longtemps linéaire et quelque peu prévisible. L’exploration du rapport père-fils n’est pas forcément d’un intérêt immense, tant le gouffre qui sépare les deux hommes est béant et tant le mépris est immense. On ne croit pas une seule seconde que les rapports puissent évoluer et il n’en est d’ailleurs jamais une seule seconde question.

Mais si le scénario semble nous emmener sur un chemin totalement balisé, ce n’est pas pour cela qu’il ne recèle pas de nombreuses qualités. La tension entre les deux hommes est palpable dès les premières minutes du film. Elle crée un sentiment de malaise permanent et la conviction que tout cela va forcément mal finir (sinon, il n’y aurait pas de film, me direz-vous). Tu Seras mon Fils nous amène peu à peu vers un point de non-retour que l’on attend et que l’on redoute. Mais c’est cette attente qui fait que l’on entre vraiment dans cette histoire et que l’on a vraiment envie de savoir comment tout cela va pouvoir s’achever.

Là encore, on est face à du très classique. Le ressort de la tension qui nous mène vers une catastrophe annoncée n’a rien de révolutionnaire. Gilles Legrand le maîtrise cependant ici avec beaucoup de talent et de force, à défaut d’une réelle finesse. Il accomplit un travail remarquable pour faire des lieux un protagoniste à part entière de cette intrigue. L’enjeu reste avant tout la terre, le domaine, le terroir. On ne se bat pas que pour le pouvoir, mais pour une sorte de trésor qui ne peut appartenir qu’à une seule personne. La vision du milieu viticole est certainement très caricaturale, mais sa description est parfaitement mise au service de l’intrigue. Tu Seras mon Fils n’est pas un documentaire et ne cherche pas à l’être. Pour cela, regardez sans plus attendre l’excellent Mondovino.

tuserasmonfilsGilles Legrand a été évidemment aidé dans son entreprise par un casting de haute volée. Niels Arestrup n’est jamais aussi bon que quand il joue les rôle de salaud et celui-là lui sied vraiment à ravir. Un homme que l’on déteste dès la première seconde, mais qui arrive tout de même à faire preuve d’un charme qui arrive à séduire tant de gens. En face de lui, Lorant Deutsch confirme qu’il est à l’aise dans tous les genres de rôle et qu’il est encore bien trop souvent cantonné aux comédies pas drôles. Patrick Chesnais signe là encore une fois une prestation remarquable, malgré une grande sobriété. Le quatuor est complété par le jeune Nicolas Bridet qui, s’il ne joue pas encore tout à fait dans la même catégorie, signe là tout de même de bons débuts.

Tu Seras mon Fils est donc un bon cru. Peut-être pas au niveau des plus grands Bordeaux, mais incomparablement meilleur qu’une bouteille de Villageoise.

Fiche technique :
Réalisation : Gilles Legrand
Scénario : Gilles Legrand, Delphine de Vigan
Musique : Armand Amar
Image : Yves Angelo
Date de sortie : France 24 août 2011
Production : Universal
Durée : 102 min.

Casting :
Niels Arestrup : Paul de Marseul
Lorànt Deutsch : Martin de Marseul, fils unique de Paul
Patrick Chesnais : François Amelot, le régisseur du domaine viticole
Nicolas Bridet : Philippe Amelot, fils de François et de Madeleine
Anne Marivin : Alice, la femme de Martin
Valérie Mairesse : Madeleine Amelot, la femme de François
Xavier Robic : Lacourt fils
Urbain Cancelier : Lacourt père
Shirley Bousquet : Jessica, la barmaid
Jean-Marc Roulot : le docteur Vermont

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