THIS MUST BE THE PLACE : Roadtrip improbable

thismustbetheplaceafficheUn road-movie, mettant en scène un personnage décalé qui va faire face à des fossés culturels, voilà une idée de départ pas forcément hyper originale. Cependant, elle peut être déclinée avec assez de tonalités différentes, entre humour gras et récit contemplatif chiantissime, pour qu’aucun film de ce genre ne se ressemble jamais tout à fait. This Must Be the Place trouve un équilibre entre tout ça pour nous livrer un excellent film plein d’humour et de poésie.

Cheyenne est une ancienne star du rock qui n’a plus touché une guitare depuis 20 ans. Il vit à Dublin, avec sa femme qui le regarde traîner son look gothique, sa mélancolie et son ennui. Un jour, il apprend que son père est mourant. Il est persuadé que ce dernier le déteste et ne lui a d’ailleurs plus adressé la parole depuis des décennies. Il décide néanmoins de retourner en Amérique…en bateau, puisqu’il a une peur bleue de l’avion. Son père est déjà décédé quand il arrive enfin. Etonnamment, Cheyenne décide de reprendre la quête de ce dernier : retrouver le nazi qui l’avait torturé à Auschwitz.

This Must Be the Place est un film en deux temps. Le premier tiers du film sert essentiellement à nous présenter le personnage principal. C’est un rien contemplatif, alors qu’on a assez vite cerné qui il est. Son caractère décalé est déjà source d’un certain humour, mais relativement sous-exploité. On se focalise plutôt sur sa complexité et ce qui se cache sous son improbable coiffure. C’est un tout petit longuet, mais important pour apprécier pleinement ce qui va suivre.

En effet, This Must Be the Place décolle enfin par la suite. Son road-trip commence alors et il constitue vraiment le cœur de ce film réjouissant. Les situations sont alors nettement plus amusantes, rythmées, tout en continuant à nous faire découvrir ce personnage attachant et original. On découvre surtout que sous une certaine nonchalance se cachent parfois des trésors d’imagination. On entre alors vraiment dans l’histoire, se prenant au jeu de cette quête improbable. On est alors pleinement heureux de faire la route avec Cheyenne.

This Must Be the Place n’est pas tout à fait une comédie. Ou plutôt, c’est loin de n’être qu’une comédie. On s’amuse souvent, on rit parfois, sans jamais non plus se tordre sous le siège, hilare. Mais cet humour constant, surtout dans les deux derniers tiers permet au spectateur d’apprécier les autres aspects du film et la réflexion sur les rapports père-fils ou encore sur la différence entre l’apparence et ce que l’on est au fond de soi. Le thème de la Shoah est aussi présent, même s’il constitue plus un prétexte qu’un thème vraiment développé.

thismustbetheplaceUn petit bémol néanmoins sur le dénouement de This Must Be the Place. Si la quête en elle-même se termine sur une idée brillante, la conclusion qui en est tiré laisse nettement plus dubitatif. La signification de la dernière scène n’est pas vraiment claire et les hypothèses que l’on peut formuler, pas vraiment satisfaisante. Cela ne gâche naturellement pas le plaisir ressenti pendant les près de deux heures précédentes. Mais tout de même, c’est dommage de finir sur une légère fausse note.

This Must Be the Place permet de mesure encore une fois l’immense talent de Sean Penn, qui aime interpréter les rôles qui le transforment physiquement radicalement. Ce film ne constituera peut-être pas sa prestation la plus impressionnante. Mais c’est surtout parce que sa carrière est incroyablement riche en grands rôles, car il est absolument parfait en star du rock désabusée. On appréciera également de retrouver une Frances McDormand toujours aussi géniale. Dommage que son rôle ne soit pas mieux exploité.

Au final, This Must Be the Place n’est peut-être pas le film de l’année, mais sûrement un des plus originaux et sûrement pas un des plus mauvais.

Fiche technique :
Production : Indigo, Lucky Red, ARP
Réalisation : Paolo Sorrentino
Scénario : Paolo Sorrentino, Umberto Contarello
Montage : Cristiano Travaglioli
Photo : Luca Bigazzi
Décors : Stefania Cella
Distribution : ARP Selection
Son : Srdjan Kurpjel
Musique : David Byrne
Durée : 118 mn

Casting :
Sean Penn : Cheyenne
France Mc Dormand : Jane
David Byrne : David Byrne
Judd Hirsch : Mordecai Midler
Eve Hewson : Mary
Harry Dean Stanton : Robert Plath
Kerry Condon : Rachel

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