THE ARTIST : A en être muet d’admiration

theartistafficheDepuis le dernier Festival de Cannes, où le film a reçu un excellent accueil et le Prix d’Interprétation Masculine, The Artist était sans doute le film français le plus attendu. Susciter autant d’espoirs constitue à la fois un mal et un bien. On peut être quasiment sûr du succès commercial, mais aussi se dire que beaucoup de spectateurs seront déçus. Mais vues les immenses qualités de ce film, on peut facilement présumer qu’ils seront peu nombreux.

1927, le cinéma muet vit ses dernières heures, mais ne le sait pas encore. Le parlant finira par tout balayer, en premier lieu la carrière de George Valentin, qui semblait pourtant au fête de sa gloire. A l’inverse, il fera émerger de nouvelles stars, au premier rang desquelles la sémillante Peppy Miller.

A l’origine, le cinéma était muet et en noir et blanc. Si l’emploi de ce dernier reste un procédé artistique très classique et régulièrement utilisé, plus personne n’imagine pouvoir sortir un film muet. Enfin n’imaginait, avant que Michel Hazanavicius ne remporte le formidable pari que constituait l’idée de départ de The Artist. Bien sûr, ce n’est pas un film muet par hasard, puisque c’est un film muet qui parle du cinéma muet. Mais tout de même, la forme était osée et aurait pu rebuter ou dérouter. Il n’en est rien, tant ce film séduit, distrait, enthousiasme…

Par où commencer ? C’est difficile de faire un choix, tant les éléments de The Artist forment un tout, où tout se complète, s’enrichit et se sublime avec un bonheur constant. Car si on prend chaque morceau du puzzle individuellement, on n’a pas forcément de raison de s’enthousiasmer plus que cela. L’histoire est sympathique, mais ni vraiment complexe, ni vraiment originale. Mais ce film est infiniment plus que la somme de ses parties. Il nous fait toucher du doigt ce que signifie vraiment le mot inspiration, cette petite touche de génie inexplicable et indéfinissable qui font les chefs d’œuvre.

The Artist n’est pas un film concept, où une idée radicalement originale nous fait oublier tous les petites imperfections existant par ailleurs. Car si la perfection n’est pas de ce monde, ce film est maîtrisé de bout en bout, sur tous ses aspects. Michel Hazanavicius fait preuve ici d’un talent artistique que l’on ne lui connaissait pas, surtout que ses deux OSS 117 n’étaient pas vraiment des exemples probants de rythme sans temps mort ou de direction d’acteur très rigoureuse. On est là devant une œuvre totalement aboutie, qui va bien au-delà de l’idée un peu folle de départ.

On se laisse entraîner de la première à la dernière seconde dans cette histoire emplie d’humour, d’amour, de joie, de peine. Une histoire au final assez simple, mais qui dans son extraordinaire forme devient passionnante. Il s’agit là d’un hommage au premier age d’or du cinéma, mais de manière résolument moderne. The Artist n’imite pas, réinvente quelque chose de fondamentalement nouveau et original. Un spectacle unique, mais dont l’intérêt dépasse de très loin la simple curiosité.

theartistLe Prix d’Interprétation pour Jean Dujardin reçu à Cannes est amplement mérité. Certes, le rôle semble, avec le recul, taillé pour lui. Mais The Artist est un tel pari, une telle prise de risque, qu’il aurait pu sombrer si le film s’était planté. Là, au contraire, il incarne son personnage dans un performance évidemment avant tout physique, mais qui révèle tout le talent d’un acteur dont on n’a sûrement pas fini de découvrir l’étendu de la palette. A ses côtés, Bérénice Béjo se montre à la hauteur avec une vraie présence à l’écran. Elle ne concurrence pas Jean Dujardin sur son propre terrain et c’est tant mieux. C’est le rôle qui veut ça, mais elle sait incontestablement s’appuyer sur ses propres qualités avec beaucoup de bonheur. Enfin, ce film est l’occasion de voir le trop rare John Goodman, dont la seule apparition à l’écran est un régal.

The Artist constitue donc un pur moment de cinéma qui restera longtemps gravé dans les mémoires par son audace et sa réussite. On ne sait pas encore si les frères Weinstein arriveront à en faire un outsider sérieux pour les Oscars, mais on peut déjà prédire à ce film un succès planétaire mérité.

Fiche technique :
Production : La petite reine, Studi 37, La classe américaine, JD Prod, uFilm, Jouror Productions
Réalisation : Michel Hazanavicius
Scénario : Michel Hazanavicius
Montage : Anne-Sophie Bion, Michel Hazanavicius
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Laurence Bennett
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Musique : Ludovic Bource
Durée : 100 mn

Casting :
Jean Dujardin : George Valentin
John Goodman : Al Zimmer
Bérénice Bejo : Peppy Miller
James Cromwell : Clifton
Penelope Ann Miller : Doris
Missy Pile : Constance

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.