FANTASIA CHEZ LES PLOUCS (Charles Williams) : Une courte tranche de rire

fantasiachezlesploucsPour ceux qui ne connaîtraient pas encore l’anecdote, j’ai récupéré il y a deux ans maintenant une bonne cinquantaine de romans, abandonnés sur le trottoir par mes anciens voisins… Crime contre l’humanité certes, mais qui au final m’a bien profité, puisque leurs goûts littéraires étaient plutôt bons. Je lis donc régulièrement des bouquins issus de ce stock, dans un ordre qui tient totalement du hasard. Parmi eux, un Folio junior. Je l’ai regardé d’un air un peu circonspect, puisque malgré mon statut d’adulescent invétéré, je suis quand même passé depuis longtemps à des lectures plus adultes. Et puis bon, je me suis dit que ce Fantasia Chez les Ploucs serait vite lu, alors je ne prenais guère de risque. Et au final, j’ai surtout bien ri.

En pleine prohibition, Billy est un jeune garçon qui vit seul avec son père, dont la seule occupation est de fréquenter les champs de courses. Après avoir failli être séparés par la police, ils partent au fin fond de l’Alabama, dans la ferme de Sagamore, l’oncle de Billy. Cela ne doit constituer qu’une étape sur la route qui mène à la Côte Est, mais le séjour va finalement s’éterniser faute d’argent. Jusqu’à ce que débarquent le Docteur Severance, et sa nièce, Miss Harrigton dont le physique et sa propension à se balader vêtue uniquement d’un minuscule maillot de bain.

Fantasia Chez les Ploucs repose sur un procédé humoristique à la fois classique et simple. L’histoire est rapportée par Billy, jeune garçon pur et innocent, qui prend tout ce que l’on lui dit au pied de la lettre. Or il est entouré de personnes peu recommandables dont le mensonge et la dissimulation sont les premiers passe-temps. Il n’hésite pas à donner son point de vue sur les évènements de manière totalement décalée par rapport à ce que nous comprenons, nous, adultes, déjà pervertis par la société.

En fait, Fantasia Chez les Ploucs est typique d’une œuvre dont la lecture peut se faire à deux niveaux. Les plus jeunes trouveront cela amusants, surtout que la forme du roman, assez court, écrit dans un vocabulaire simple, est vraiment adaptée pour eux. Les plus âgés comprendront de manière beaucoup plus profonde tout le second degré de Fantasia Chez les Ploucs, notamment quelques allusions plus sexuelles. Après, il faut voir si le lecteur adulte arrive à aller au-delà de l’aspect grosse farce enfantine que ce roman revêt souvent. Globalement, l’humour reste majoritairement premier degré et très accessible.

Comme je l’ai évoqué plus haut, le style de Charles Williams, comme il s’adresse à un lectorat assez jeune est assez simple et directe. Personnellement, j’ai lu ce roman le temps d’un voyage en car entre la France et l’Allemagne et il m’a permis de trouver le temps beaucoup moins long. C’est sûr qu’il ne vous offre pas des heures et des heures de grande littérature, mais si un jour quelqu’un a l’idée d’offrir ce livre à votre gamin, n’hésitez pas à le lui piquer une fois qu’il aura fini.

La plus belle réussite de Fantasia Chez les Ploucs reste sa galerie de personnages certes très caricaturaux, mais variés et qui fonctionnent à merveilles. Charles Williams nous décrit à la fois avec tendresse et moquerie l’Amérique très profonde. Sous leurs aspects grossiers et un peu simplets, les protagonistes emploient souvent des trésors d’imagination et de finesse pour arriver à leur fin. Du coup, on apprend à s’y attacher, alors qu’à première vue, ils nous ont semblés plutôt antipathiques.

Charles Williams est un auteur policier qui a connu étonnamment en France un grand succès… cinématographique. Si Fantasia Chez les Ploucs a fait l’objet d’une très mauvais adaptation par Gérard Pirès en 1971, avec Lino Ventura, Jean Yanne et Mireille Darc, ses romans ont formé la base

des scénarios de plusieurs classiques du cinéma hexagonal comme L’Arme à Gauche de Claude Sautet ou Vivement Dimanche ! de François Truffaut.

Fantasia Chez les Ploucs est donc un roman familial très drôle, à défaut d’être hyper subtil. Se lisant rapidement et facilement, on lui pardonnera aisément ces quelques faiblesses et son ton parfois enfantin.

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