
Le quotidien de la Brigade des Mineurs du Nord de Paris. Ou quand la vie professionnelle et personnelle se mêlent parfois de manière dangereuse et quand échapper à la tension devient un combat de tous les instants.
Polisse s’ouvre sur des images diverses et variées de jeunes bambins avec en fond sonore le générique de l’Ile aux Enfants. Quand on connaît le thème du film, on se doute bien que l’on va être loin de Casimir. Mais cette introduction surprenante est formidablement révélatrice de ce qui va suivre et qui va faire passer le spectateur par tous les états possibles et imaginables, à un point qu’il est difficile d’imaginer.
Polisse est un film qui s’apprivoise. J’avoue avoir été un peu en retrait de l’histoire pendant une petite demi-heure. Puis progressivement, on rentre dans la peau de ces personnages et on commence à vraiment ressentir les émotions par lesquelles ils passent eux-mêmes. Car ce film n’est pas un film sur les victimes ou les coupables, même s’ils sont évidemment omniprésents, mais bien un film sur ceux qui doivent s’y confronter quotidiennement. On retrouve la démarche qu’avait eu Bertrand Tavernier en 1991 avec L.627. Mais Maïwenn a encore été plus loin.
Parmi ces émotions, il y a bien sûr la révolte. Face aux agissements des coupables bien sûr, mais peut-être encore plus face à l’impuissance de ces hommes et ces femmes qui ne peuvent évidemment pas régler toutes les situations, trouver une solution à tous les problèmes. Polisse a comme thème central ce détachement impossible quand on est sur le terrain, au contact direct des victimes et des souffrances, mais sans lequel ce genre de métier devient inhumain à exercer au quotidien. En tant que spectateur, on ne peut évidemment pas faire preuve d’une quelconque indifférence, mais on comprend parfaitement le déchirement de ceux qui voudraient y accéder.
Le spectateur accède tout de même parfois à ce détachement, lorsque Polisse fait rire. Car, sans qu’on s’y attende, ce film est parfois réellement hilarant. Une scène notamment est inoubliable à ce niveau-là. Ce rire exorcise toute l’horreur auquel ce film nous confronte par ailleurs et nous permet de remettre en perspective certaines situations. On les regarde alors avec un recul grâce auquel on peut en percevoir l’ironie ou l’absurdité.

Polisse réunit une superbe brochette d’acteurs. Il serait fastidieux et inutile de tous les citer pour vanter les mérites de chacun, tant le casting est homogène et superbement dirigé par Maïwenn qui semble à chaque film devenir la spécialiste hexagonale de la direction d’acteurs. Cependant, il faut tout de même souligner une performance absolument bouleversante, celle de Joey Starr. Il nous avait déjà fait entrevoir son talent d’acteur dans le Bal des Actrices. Mais il prend ici une dimension incroyablement étonnante et il aurait pu tout à fait concurrencer Jean Dujardin pour son Prix d’Interprétation à Cannes.
Au final Polisse est un film extraordinaire en tout point. Un film incroyablement marquant sur sujet qui aurait pu donner le pire comme le meilleur. Maïwenn en a tiré une œuvre inattendue et sublime.
Fiche technique :
Production : Les Productions du Trésor, Mars films, Arte France cinéma
Réalisation : Maïwenn
Scénario : Maïwenn , Emmanuelle Bercot
Montage : Laure Gardette, Yann Dedet
Photo : Pierre Aïm
Décors : Nicolas De Boiscuillé
Distribution : Mars Distribution
Son : Nicolas Provost, Sandy Notarianni, Rym Debbarh-Mounir, Emmanuel Croset
Musique : Stephen Warbeck
Durée : 127 mn
Casting :
Joey Starr : Fred
Karin Viard : Nadine
Marina Foïs : Iris
Jérémie Elkaïm : Gabriel
Karole Rocher : Chrys
Nicolas Duvauchelle : Matthieu
Frédéric Pierrot : Balloo
Maïwenn Le Besco : Mélissa
Emmanuelle Bercot : Sue Ellen
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