BAD LIEUTENANT : ESCALE A LA NOUVELLE-ORLEANS : Pas si bad que ça finalement

badlieutenantescalealanouvelleorleansafficheSi les grands artistes ont tous un petit grain, alors le réalisateur allemand Werner Herzog est un cinéaste immense. On se souvient notamment du tournage épique de Aguirre, ou la Colère de Dieu où il faillit s’entretuer (au sens propre) avec l’acteur Klaus Kinski. Mais depuis qu’il tourne aux Etats-Unis, son œuvre est nettement plus conventionnel. Pour preuve ce Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans, sorti en 2010, qui, s’il garde quelques traces de folie douce, reprend allégrement des thèmes et des idées développés par d’autres avant lui.

Terence McDonagh est un inspecteur de police qui a une légère tendance à franchir les lignes blanches. Un jour, il sauve de la noyade un détenu, pendant la tempête Katrina, et se blesse gravement au dos. Il se retrouve condamné à souffrir pour le restant de ses jours et à prendre des médicaments contre la douleur. Mais très vite, il ne va pas se contenter d’aspirine et plonger chaque jour un peu plus profondément dans les drogues dures, alors qu’il mène une enquête sur le meurtre d’une famille entière d’immigrés.

Le titre même du film avait déjà fait beaucoup parler de lui. En effet, il est évident qu’il fait référence à Bad Lieutenant, le film d’Abel Ferrara, avec Hervey Keitel, sorti en 1992. Pourtant, d’après Werner Herzog, il ne s’agit ni d’une suite, ni d’un remake, puisqu’il n’a même pas vu l’original. On ne retiendra donc que le même thème central, c’est à dire la longue glissade d’un flic dans l’addiction à la drogue et aux jeux (auxquels ils perdent évidemment). Du coup, la comparaison entre les deux devient inévitable.

Et elle n’est pas à l’avantage de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans. Si le film d’Abel Ferrara était radicalement sombre et pessimiste, le film de Werner Herzog reste lui le cul entre deux chaises. Or, le thème de la glissade d’un flic vers le n’importe quoi n’est pas vraiment le sujet le plus original qui soit et a déjà été le thème centrale de dizaine de films noirs. Le dénouement laissera notamment plus d’un spectateur circonspect. Si on positive, on se dira que ce n’est pas forcément à cela que l’on s’attend, mais pas sûr que ça soit dans le bon sens ce coup-ci.

Restent tout de même deux qualités qui font de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans un bon film noir, mais qui ne révolutionne absolument pas le genre. Déjà, Werner Herzog fait preuve d’une vraie imagination visuelle. Elle est intermittente certes, mais elle permet de retrouver son style quelque peu iconoclaste. La plongée vers la folie n’est pas toujours facile à représenter à l’écran sans prêter à sourire involontairement. Mais le talent du réalisateur allemand lui a permis d’éviter cet écueil.

badlieutenantescalealanouvelleorleansEnsuite, la partie intrigue policière proprement dite, c’est à la dire la recherche des coupables, est suffisamment solide et riche en rebondissements pour que Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans maintienne l’intérêt du spectateur éveillé jusqu’au bout. Ce n’est pas la plus fantastique qui soit, là non plus ça ne brille pas par son originalité, mais au moins cela ravira tous les amateurs de polars au scénario relativement consistant.

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans nous offre un Nicolas Cage des bons jours. Et je ne dis pas ça parce qu’il arbore pour une fois une coupe de cheveux qui ne soit pas d’un goût douteux. Cela ne constitue pas son rôle le plus inoubliable mais il l’interprète avec assez de sérieux et de convictions pour que son talent fasse la différence. A ses côtés, Eva Mendes brille de mille feux par son charme et son sex-appeal dévastateurs. Les fans de la sublime latine seront ravis.

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans est un film noir sans doute pas tout à fait noir pour être un chef d’œuvre. Il reste un film policier solide et parfois visuellement original.

Fiche technique :
Production : Millennium Films, Saturn Films, Edward R Pressman, Lieutenant Prod, Nu Image Films
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Werner Herzog
Scénario : Billy Finkelstein
Montage : Joe Bini
Photo : Peter Zeitlinger
Format : 35mm
Décors : Toby Corbett
Musique : Mark Isham
Durée : 122 mn

Casting :
Nicolas Cage : Terence McDonagh
Val Kilmer : Stevie Pruit
Eva Mendes : Frankie Donnenfeld
Xzibit : Big Fate
Brad Dourif : Ned Schoenholtz
Jennifer Coolidge : Genevieve
Shawn Hatosy : Armand Benoit

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