UN PLAN APPLIQUE AVEC RIGUEUR

fillonsarkoQuand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage prétend le proverbe. Voilà sûrement un adage que Nicolas Sarkozy et François Fillon connaissent sur le bout de doigts, vu que c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire avec les finances de l’Etat. Cela fait longtemps qu’ils ont commencé et on n’est pas loin d’en arriver à l’exécution finale.

Le gouvernement actuel, et plus généralement la droite depuis dix ans, a suivi une tactique politique vieille comme le monde. Pour se débarrasser de quelque chose (institution, système de protection sociale, organisme paritaire…), commencez par lui couper les vivres, si possible progressivement, histoire que cela ne se voit pas trop. Evidemment, à terme, la chose en question va devenir déficitaire de manière structurelle. Il sera alors temps de dénoncer cet état de fait (pourtant sciemment provoqué par celui qui dénonce) et de tenter de convaincre qu’il est désormais indispensable de couper dans les dépenses.

L’ensemble des cadeaux fiscaux accordés par la droite procède exactement de cette logique. Bien sûr, il n’explique pas à lui seul les difficultés budgétaires actuelles, mais sans eux, notre pays n’aurait aucune crainte quant à la conservation de son triple A, avec notamment une dette inférieure de 20 points de PIB qu’actuellement. En attendant, les 100 milliards de recette fiscale annuelle se sont bien évaporés, principalement au profit des plus aisés, alors que les efforts que le gouvernement vient de nous promettre seront à supporter par tout un chacun.

Evidemment, le gouvernement a justifié les cadeaux passés par une toute autre raison. A son sens, ils devaient favoriser la croissance, reprenant à son compte la vieille théorie qui veut que l’argent que l’on donne aux plus riches finit toujours par ruisseler vers les plus modestes. Idée qu’un siècle d’études économiques a totalement discrédité, mais qui continue de guider bien des politiques étatiques. On sait pourtant, et là on est de l’ordre du fait et non de l’opinion, que le taux global de fiscalité n’a quasiment aucune incidence sur le dynamisme économique. Ce qui ne signifie pas que la fiscalité n’a aucune incidence, bien au contraire. Mais ce qui compte, c’est la manière dont le système fiscal fonctionne globalement, dans quelle mesure est-il juste, est-il redistributif et permet de financer des investissements utiles. Le Danemark est le pays au monde où la pression fiscale est la plus forte, mais aussi un des plus riches, alors que le pays les plus pauvres ont généralement des fiscalité inexistante.

La baisse de la TVA dans la restauration est le meilleur exemple de politique destructrice de recettes pour un bénéfice quasi nul. Le gouvernement fait bien machine arrière, mais passer de 5,5% à 7% n’est pas tout à fait comparable à passer de 19,6% à 5,5%. Le mal est fait, le trou est là et on va demander à chacun de prendre sa retraite plus tôt pour pouvoir le boucher. De manière globale si la politique de Nicolas Sarkozy avait favorisé la croissance et l’emploi, cela se serait vu. Certes, la crise mondiale est passée par là. Mais l’excuse ne tient pas puisque tous les économistes vous expliqueront que c’est justement le système de protection social français (on parle d’amortisseurs automatiques) qui a limité l’impact de la crise dans notre pays, ce même système que le gouvernement s’évertue à détruire. Non, le vrai problème posé par la crise est qu’elle a fait perdre le contrôle de la situation au gouvernement qui ne peut plus procéder de manière progressive et indolore.

Ce qu’il y a de plus insupportable dans cette manière de procéder est qu’elle cherche à nier la possibilité même d’un choix démocratique. Choisir entre une société à fiscalité élevée mais à services publics forts et une société où la feuille d’impôt est plus légère mais sans mécanisme de solidarité très développé est un vrai sujet de débat politique et de clivage droite/gauche. C’est une question de fond sur laquelle les électeurs doivent se pencher à chaque scrutin. Mais ce discours de « on n’a pas le choix », « on ne peut pas faire autrement », comme si l’économie était dirigée par des lois naturelles incontournables, est tout simplement mensonger. On n’est pas dans un débat « ça marche » contre « ça ne marche pas », mais on est face à une vraie alternative où chaque citoyen doit se positionner. Après la mise en œuvre de ce choix pourra être plus ou moins efficace.

Le dernier plan d’austérité n’est qu’un vulgaire saupoudrage de demi-mesures, ne répondant en rien à un enjeu qui est profondément systémique. C’est notre fiscalité tout entière qui est à revoir. François Hollande en a fait un de ses principaux axes de campagne et on peut difficilement lui reprocher de ne pas proposer un projet global et concret dans ce domaine. Après, on peut toujours en contester la validité et proposer autre chose.

En attendant, le gouvernement bricole et nous payerons tous les pots cassés.

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