SHAME : Oui et ?

shameafficheEn 2008, Steve McQueen (pas l’acteur de la Grande Evasion) avait fait sensation avec son premier film, Hunger. Un film sur la grève de la faim des prisonniers irlandais en Angleterre pendant les années 80. Un film dur qui avait exigé de Michael Fassbender de perdre 14 kilos pour le rôle. Le duo est à nouveau réuni dans Shame et une nouvelle fois le réalisateur a poussé son acteur assez loin. Mais cette fois, la réussite est nettement moins au rendez-vous.

Brandon a tout pour plaire. La trentaine, une belle gueule, une vraie réussite professionnelle et surtout des conquêtes multiples. Mais ces dernières cachent en fait une terrible souffrance provoquée par une addiction totale au sexe. Alors comment assumer une telle maladie ? Une seule solution, se couper un peu plus chaque jour des autres. Y compris de sa propre sœur.

Shame est un film « oui et ? ». Je crois que j’ai déjà développé le concept dans une autre critique, mais je n’arrive pas à me rappeler laquelle. En effet, le moins que l’on puisse dire, c’est que le film, malgré ses incontestables qualités, laisse quelque peu perplexe. On a un peu de mal à comprendre où Steve McQueen veut nous emmener et le dénouement ne nous éclaire guère. Le film a une certaine profondeur, mais ne délivre aucun message clairement identifié. A moins d’apprécier le contemplatif pur, on en ressort un peu décontenancé.

D’ailleurs Shame peut provoquer des réactions divers et variées. J’ai même vu un critique s’élever contre le caractère homophobe du propos. Il est vrai que la scène dans la boîte gay est celle qui m’a le plus déconcerté. Personnellement, je ne crois pas qu’il y ait la moindre volonté homophobe dans le propos. Mais comme ce dernier n’est absolument pas clair, forcément chacun peu y mettre un peu ce qu’il veut. Beaucoup parle aussi de son caractère moralisateur, je ne partage pas non plus mon avis… puisque pour moi, il n’y a pas de réelle morale à l’histoire.

Le thème de Shame pourrait paraître vraiment original et provoquant. Mais quand on y regarde de plus prêt, il s’agit d’un film sur l’addiction de façon générale. On aurait presque pu faire le même film sur un accro à l’alcool ou à une drogue diverse. Les exemples de ce type ne manque pas dans le 7ème art. Le seul axe quelque peu différent est le fait qu’une telle addiction ne va pas vraiment être reconnue comme une maladie par les autres. Un alcoolique ou un drogué va inspirer une certaine forme de pitié. Un cadre sup de 35 ans qui se fait surprendre par sa sœur entrain de se masturber dans la salle de bain, nettement moins. Pourtant, la souffrance est la même et les processus d’isolement et de déni identiques.

Au final, Shame se démarque avant tout par ses qualités visuelles. J’ai failli dire esthétiques, mais cela n’a rien de beau. Les scènes de sexe sont crues, presque pornographiques, mais elles sont tout sauf érotiques. Elles évoquent plutôt un processus destructeur. Steve McQueen fait preuve une nouvelle fois d’une remarquable virtuosité pour retranscrire à l’écran la souffrance de manière très subtile et forte. Certains trouveront d’ailleurs qu’il se laisse un peu aller à une certaine forme d’autosatisfaction formelle, une sorte d’art pour l’art, ce qui pourrait expliquer les faiblesses du fond.

shameMais ce qu’on retiendra avant tout de Shame, c’est la nouvelle performance incroyable de Michael Fassbender, qui confirme ici son statut de futur très grand. Encore une fois, il va très loin dans l’investissement physique. La manière dont il arrive à mimer des rapports sexuels de manière très intense (ce qui déjà en soi ne doit pas être évident) tout en exprimant un désespoir toujours plus profond est bluffante. Tout dans son rôle passe par les expressions et le regard puisque un des thèmes centraux du film est l’impossibilité de verbaliser cette souffrance. A ses côtés, Carrey Mullingan s’impose elle aussi comme un des talents les plus sûrs du cinéma actuel.

Au final Shame m’a inspiré un sentiment plutôt mitigé, qui m’a conduit vers une abîme de perplexité. Mais à force de ne pas vraiment savoir si on a aimé ou détesté, on finit par être persuadé que l’on a de toute façon pas été enthousiasmé.

Fiche technique :
Production : Film4, See Saw Films, UK Film council, Momentum Pictures, Lipsync productions, HanWay Films
Distribution : MK2 Diffusion
Réalisation : Steve McQueen (II)
Scénario : Steve McQueen, Abi Morgan
Montage : Joe Walker
Photo : Sean Bobbitt
Décors : Judy Becker
Musique : Harry Escott
Directeur artistique : Charles Kulsziski
Durée : 99 mn

Casting :
Michael Fassbender : Brandon
Carey Mulligan : Sissy
James Badge Dale : David Fisher
Nicole Beharie : Marianne
Alex Manette : Steven

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