HUNGER GAMES : Jeux troublants

hungergamesafficheJe ne sais pas pourquoi, mais visiblement, les futurs où tout va bien n’intéresse guère les auteurs de science-fiction. Par contre, les sociétés totalitaires, où une partie de la population est opprimée séduit beaucoup plus. C’est peut-être parce que c’est plus facile du coup d’avoir quelque chose d’intéressant à raconter. Hunger Games nous offre une nouvelle vision d’un avenir ne donnant pas vraiment envie de s’y projeter. Une vision un rien provocatrice, pour un très bon film.

Dans un futur indéterminé, 74 ans après une rébellion réprimée dans le sang, les 12 districts doivent payer un tribut à la capitale chaque année. Il prend la forme d’un garçon et d’une fille entre 12 et 18 ans condamnés à participer aux Hunger Games. Une compétition dont un seul pourra revenir vivant. Katniss se porte volontaire pour le district 12, afin de sauver sa petite sœur que le tirage au sort avait désigné dans un premier temps.

Bon évacuons déjà, ce qui fâche. On passera rapidement sur la crédibilité de la situation de départ, notamment la passivité de la population. On est dans la fiction, ce n’est pas forcément le plus important. D’un point de vue plus artistique, Hunger Games est quand même un poil trop long. Plus de 2h20, alors que 2h auraient suffit. Il y a sûrement une volonté d’être fidèle au roman dont il est tiré, mais il en ressort un très léger manque de souffle. On peut aussi peut-être regretter que le film soit très lisse visuellement. On très loin du délire visuel de Battle Royale, film japonais basé à peu près sur la même idée.

Voilà, passons maintenant au positif, qui domine largement lorsque l’on pense à Hunger Games. Pour moi, la plus grande force du film est d’amener le spectateur à se prendre au jeu. Ce qui nous ait montré est monstrueux, inacceptable, révoltant. Et pourtant, la magie du show fait que l’on se met à le prendre comme un spectacle, une compétition dont on veut connaître l’issue. On se laisse griser la mise en scène, par les montées d’adrénaline, tout comme les téléspectateurs du film. De ce point de vue là, la démonstration est magistrale. Et quand on commence à se dire que le plaisir que l’on éprouve est morbide, très vite, on replonge et on oublie nos scrupules. Le film est donc vraiment troublant et pousse à une réflexion très personnelle.

Hunger Games est aussi un film visuellement très abouti. Les décors, les costumes, tous les petits détails comme les accessoires, tout cela est très soigné et contribue à vraiment donner vie à ce monde. Cela facile évidemment grandement l’immersion du spectateur. S’il avait été ne serait-ce qu’un minimum cheap ou bancal, l’impact en aurait énormément souffert. Ce n’est vraiment pas qu’une question de budget ou de qualité des effets spéciaux, mais un soucis du détail qui démontre une réelle implication de Gary Ross et de toute la production. Par contre, comme je l’ai évoqué plus haut, la violence est à la fois omniprésente et largement édulcorée visuellement, ce qui la rend un peu artificiellement plus facilement acceptable.

hungergamesHunger Games est le premier volet d’une trilogie. Il est vrai qu’il aurait été dommage que l’histoire s’arrête là, même si ce film a bien un début et une fin qui se tient. On a envie de retourner dans cet univers si ambigu, de voir comment tout cela peut évoluer. Le sujet peut encore largement être approfondi et on hâte de connaître la suite.

Hunger Games nous propose un casting adolescent vraiment réussi, ce qui n’est jamais facile. Jennifer Lawrence est époustouflante et confirme un immense talent déjà vu dans Loin de la Terre Brûlée, Winter’s Bone, Le Complexe du Castor ou encore X-Men le Commencement. Cela lui a déjà valu un prix à la Mostra de Venise, un Golden Globe et une nomination aux Oscars. A 22 ans, c’est quand même déjà pas mal… Le casting est complété par quelques valeurs sûres, comme Woody Harrelson dont chacune des rares apparitions est un véritable plaisir et Donald Sutherland, dont le rôle sera beaucoup plus central par la suite.

Hunger Games n’a donc rien d’un divertissement violent et écervelé. Au contraire, il nous amène à une vraie réflexion sur la manière dont la violence peut justement devenir une source de divertissement.

Fiche techinque :
Production : Lionsgate
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Gary Ross
Scénario : Gary Ross, Suzanne Collins, Billy Ray, D’après l’oeuvre de Suzanne Collins,
Montage : Stephen Mirrione, Juliette Welfling
Photo : Tom Stern
Décors : Philip Messina
Son : Lon Bender
Musique : James Newton Howard
Effets spéciaux : Sheena Duggal
Directeur artistique : Paul Richards, Robert Fechtman
Durée : 142 mn

Casting :
Jennifer Lawrence : Katniss Everdeen
Stanley Tucci : Caesar Flickerman
Liam Hemsworth : Gale Hawthorne
Josh Hutcherson : Peeta Mellark
Woody Harrelson : Haymitch Abernathy
Lenny Kravitz : Cinna
Elizabeth Banks : Effie Trinket
Donald Sutherland : Président Snow

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