KILLER JOE : William Friedkin tire encore

killerjoeafficheWilliam Friedkin compte dans sa filmographie deux des films les plus légendaires de l’histoire du 7ème art, à savoir French Connection et l’Exorciste. Mais nous étions alors dans les années 70. En fait, je n’étais pas, puisque je n’étais pas encore né. Depuis, il a signé beaucoup de films nettement moins marquants, dont le dernier, Bug, en 2006, ne m’avait guère emballé. Cependant, à 77 ans, il a encore de très beaux restes puisqu’il nous livre cet excellent Killer Joe.

Chris a trouvé un bon moyen pour régler ses problèmes d’argent. Faire assassiner sa mère et toucher l’argent de son assurance vie, via sa jeune sœur, Dottie, qui en est la bénéficiaire. Mais n’ayant ni le courage, ni les compétences pour faire ça lui-même, il fait appel à Joe, inspecteur de police et tueur à gages à ses heures perdues. Petit problème, il n’a pas de quoi le payer en avance comme le tueur le réclame. Ce dernier exige alors une caution : Dottie…

Killer Joe revisite le film noir américain, mais avec un grand recul et un humour particulièrement prononcé. On sent qu’avec l’âge, William Friedkin ne cherche qu’à se faire plaisir, à s’amuser et surtout à nous amuser. Si vous n’imaginez pas comment on peut tourner une scène épique à base de fellation et de « chicken wings », ce film vous prouvera que c’est possible. Il réserve comme ça quelques vrais moments de bravoure, plus ou moins autoparodiques, mais toujours tournés de main de maître.

William Friedkin se fait plaisir, mais peut-être quand même un peu trop. En effet, s’il y a un reproche à formuler envers Killer Joe, c’est peut-être un léger manque de rythme avec des scènes un peu trop longues. Ca n’enlève pas beaucoup de plaisir, mais on se dit qu’avec dix minutes de moins, le film aurait été définitivement génial. On n’en est pas passé loin, mais il constitue tout de même une très bonne surprise…

… car très surprenant. En effet, le scénario est tout sauf prévisible. Si le point de départ peut apparaître comme celui d’un film noir très classique, la suite va nous démontrer que Tracy Lets, auteur de la pièce originale et du scénario qui en est tiré, ne manque vraiment pas d’imagination. Le second degré omniprésent permet de contourner tous les poncifs du genre. Jusqu’à la dernière seconde, on ignore totalement où tout cela va nous mener, surtout que William Friedkin arrive toujours parfaitement à brouiller les pistes jusqu’aux derniers instants qui précédent un rebondissement.

killerjoeLe tout est mis en image de manière particulièrement élégante par William Friedkin, qui nous rappelle que sur ce plan, il n’a rien perdu de son immense talent. Il arrive parfaitement à donner une personnalité visuelle à Killer Joe qui sert vraiment son propos. Le travail de photographie nous en dit plus sur ses personnages que les dialogues. Les décors, les costumes, chaque élément de l’image jouent un rôle et nous racontent quelque chose. Bref, c’est du cinéma, du vrai !

Killer Joe nous confirme que Matthew McConaughey est bien l’acteur du moment ! Il éclabousse ce film de sa classe ! On sent une véritable osmose entre la personnalité qu’il insuffle à son personnage et la merveilleuse direction d’acteurs de William Friedkin. Cette dernière permet d’ailleurs à l’ensemble du casting de s’exprimer avec un talent étonnant, notamment Juno Temple et Thomas Haden Church.

Killer Joe s’impose donc comme un des meilleurs films de cette rentrée. Un film qui nous rappelle qui est William Friedkin. Il est des rappels particulièrement salutaires.

Fiche technique :
Réalisation : William Friedkin
Scénario : Tracy Letts d’après sa pièce
Direction artistique : Franco-Giacomo Carbone
Décors : Franco-Giacomo Carbone
Costumes : Peggy A. Schnitzer
Photographie : Caleb Deschanel
Montage : Darrin Navarro
Musique : C.C. Adcock
Durée : 103 minutes

Casting :
Matthew McConaughey : « Killer » Joe Cooper
Emile Hirsch : Chris Smith
Thomas Haden Church : Ansel Smith
Gina Gershon : Sharla
Juno Temple : Dottie Smith

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