THE WE AND THE I : A plus dans le bus !

theweandtheiafficheLes réalisateurs français qui franchissent l’Atlantique réalisent souvent un rêve, mais y perdent souvent leurs illusions. La liberté artistique est rarement aux mains des metteurs en scène à Hollywood, mais dans celles des producteurs. Ils y signent alors des films sans âme comme le Gothika de Mattieu Kassovitz ou même le Alien 4 de Jean-Pierre Jeunet (oui, je sais, il y a matière à débat, mais je n’aime pas du tout ce film). Sans même parler de Louis Leterrier (le Choc des Titans) qui assume son statut de carpette. Mais il existe des exceptions. Il y eu Jean Renoir dans les années 30, il y a désormais Michel Gondry qui tourne aux Etats-Unis de vrais films d’auteur. Son dernier en date, The We an the I, un film qui a su capturer l’adolescence comme jamais, mais qui pêche par certaines longueurs.

Les grandes vacances sont arrivées. Les élèves d’un lycée du Bronx prennent donc une dernière fois le bus qui va les ramener chez eux. Le trajet apparaît alors comme une résumé de la vie avec ses drames, ses joies, ses amitiés, ses fâcheries, ses rapprochements, ses ruptures. Et au fur et à mesure que le bus se vide, ses occupants changent aussi.

The We and the I est un film à la Michel Gondry, c’est à dire avec un concept derrière, mais réalisé avec minutie et imagination. Tourné avec des acteurs amateurs, qui interprètent des personnages proches de leur propre vie, rien n’est laissé à l’improvisation. On retrouve un peu le principe de Derrière les Murs, mais avec une complexité visuelle et surtout une direction d’acteurs beaucoup plus poussée. Seule entorse à cette impression de réel, cette ligne de bus fictive qui nous entraîne dans un improbable voyage de 1h43. 

Je profite de cette habile transition pour passer directement à ce qui fâche. En effet, The We and the I a une défaut : il est trop long ! Certes, 103 minutes, ce n’est pas non plus exceptionnel, mais le film ne propose pas assez de contenu pour que l’on ne décroche pas à un moment donné. Disons que tout part un peu dans tous les sens pendant trop longtemps. On apprend à connaître les personnages, mais au bout d’une heure, on ne sait toujours pas bien où Michel Gondry veut en venir et du coup quel est l’intérêt de tout ça. Bref, à un moment donné, on s’ennuie !

La dernière demi-heure nous éclaire et donne réellement un sens à tout ce qui a précédé. Mais le mal est fait malheureusement. Et c’est vraiment malheureux car au final le propos est sûrement le plus intelligent jamais tenu sur l’adolescence. Michel Gondry a su capter de manière incroyablement pertinente et intelligente. Et dieu sait si des réalisateurs et scénaristes se sont cassés la gueule sur ce sujet épineux. Le Français balaye tout ce qui définit cette période si particulière. Je citerai deux points qui m’ont réellement marqué : la cruauté des adolescents entre eux et l’effet du groupe sur les comportements. La manière dont The We and The I nous parle aussi brillamment de ses sujets dans un film dont la forme est quasi-minimaliste montre bien le génie du réalisateur français.

theweandtheiEmployer des acteurs amateurs a parfois donné le pire et le meilleur au cours de la longue histoire du cinéma. Faire tourner des adolescents aussi d’ailleurs. Mais dans The We and The I, Michel Gondry arrive à leur faire garder un naturel déconcertant, tout en échappant totalement à l’impression d’une improvisation permanente. On citera notamment le couple Michael Brody et Teresa Lynn qui interprètent les deux personnages les plus marquants du film. Mais encore une fois, c’est vraiment tout le casting qu’il faudrait féliciter.

Michel Gondry a une nouvelle fois réussi à nous surprendre à The We and The I. Il a à nouveau su inventer un concept et s’est montré incroyablement pertinent dans son propos. Mais la forme nous plonge dans l’ennui pendant un moment un peu trop long pour que l’on crie au génie.

Fiche technique :
Production : Partizan Films
Réalisation : Michel Gondry
Scénario : Michel Gondry, Jeffrey Grimshaw, Paul Proch
Montage : Jeff Buchanan
Photo : Alex Disenhof
Distribution : Mars Distribution
Durée : 103 mn

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