SAVAGES : Résurection incomplète

savagesafficheIl y a des réalisateurs que l’on pense à jamais perdus pour le cinéma. Ainsi, on attend depuis bientôt trente ans la résurrection de Brian de Palma. Mais plus le temps passe, plus on se résigne au fait que cela n’arrivera jamais. Il est bel et bien mort et enterré artistiquement… On se disait la même chose d’Oliver Stone, qui n’avait rien sorti de transcendant depuis JFK en 1991. Bon, j’avoue je n’ai jamais vu Tueurs Nés, mais cela ne repousserait le début de son coma qu’à 1994. Ce n’est pas la moumoute de Colin Farrel dans Alexandre qui nous avait convaincu de son retour à la vie. Par contre ce Savages fait naître en nous les plus grands espoirs !

Ben et Chon produisent paisiblement le meilleur cannabis d’Amérique. Ils mènent leurs affaires sans violence, ou si peu, formant un trio amoureux avec la très jolie Ophélia. Mais la chef d’un des plus grands cartels mexicains décident de s’associer avec eux pour bénéficier de leurs talents uniques. Ils refusent. Mais leurs interlocuteurs sont de ceux qui font des propositions que l’on ne peut justement pas refuser.

On aurait aimé apprécier Savages en se disant que c’est un Oliver Stone un peu mineur, mais vraiment pas déplaisant. Vus les circonstances, on se contentera de dire que si le génie du réalisateur de Platoon n’a pas connu ici une renaissance complète, ce film peut nous faire espérer que cela est encore possible. Il s’agit clairement de son meilleur film depuis vingt ans, mais se situe encore loin d’un Wall Street ou d’un The Doors. Disons que certains passages nous rappellent à quel point Oliver Stone peut se montrer brillant.

En fait, Savages se caractérise par une réalisation imaginative et léchée d’une part et par un scénario qui propose rien de très nouveau d’autre part. Oliver Stone sait tenir une caméra, cela reste incontestable. L’emploi du noir et blanc, le cadrage, la photographie, tout cela démontre un vrai souci artistique. Le film est visuellement très abouti et rend les scènes de violence et de sexe pourtant explicites plaisantes. L’univers du réalisateur a toujours été violent et a toujours cherché à provoquer le spectateur. Mais les temps ont changé depuis Tueurs Nés et rien ici ne vient vraiment choquer outre mesure. A tel point qu’on pourrait même s’en inquiéter.

L’histoire des Savages est faussement original. Certes, il ne suit pas forcément le schéma habituel des films sur le monde de la drogue, mais on n’est jamais vraiment surpris par quoi que ce soit. Il paraît que le roman dont le film est tiré est excellent, mais cela donne une adaptation plaisante mais qui ne procure pas vraiment de quoi s’enthousiasmer. La scène finale constitue le seul moment où le spectateur est quelque pris à contre-pied. Cela permet au moins de rester sur une bonne note. Enfin globalement, l’intrigue est solide et rythmée. On ne s’ennuie pas et c’est au final bien le principal.

En fait Savages aurait du vraiment marquer les esprits par ses personnages. Ils ont tous des caractères bien distincts, à la limite de l’archétype. Ils affichent une vraie personnalité, mais ils leur manquent tous ce petit supplément d’âme qui aurait fait toute la différence. Seul le personnage d’Ophélia, qui sert aussi de narratrice, dégage assez de profondeur pour vraiment nous toucher et nous faire ressentir un véritable sentiment d’attachement. Les autres nous laissent plus froid, nous empêchant ainsi de rentrer totalement dans ce film.

savagesS’il y a un domaine où Oliver Stone a pêché, c’est bien la direction d’acteurs. Le casting est alléchant, surtout pour les méchants, mais ils laissent trop ses comédiens cabotiner. La palme revient à Benicio De Toro qui aurait pu vraiment être génial s’il n’en faisait pas trop. Il en fait trop certes avec son immense talent, mais il en fait trop quand même. Salma Hayeck est elle-aussi quelque peu atteinte du même mal, même si elle a au moins le mérite de nous proposer un registre où on ne l’attendait pas forcément. Par contre, rien à dire sur John Travolta, très professionnel. Les deux personnages principaux manquent un tantinet de charisme malgré la belle gueule de Taylor Kitsch et Arraon Taylor-Johnson. En fait, c’est Blake Lively, qui incarne Ophélia, qui nous apporte la petite touche de charme en plus.

Savages donne plusieurs raisons de se réjouir. Un film quand même globalement réussi, par un réalisateur qu’on ne pensait plus voir à ce niveau… Mais qui a atteint des sommets plus élevés dans sa carrière.

Fiche technique :
Production : Ixtlan, Onda Entertainment, relativity Media
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Oliver Stone
Scénario : Oliver Stone, Shane Salerno, Don Winslow d’après le roman de Don Winslow
Montage : Joe Hutshing, Stuart Levy, Alex Marquez
Photo : Dan Mindel
Décors : Tomas Voth
Musique : Adam Peters
Directeur artistique : Lisa Vasconcellos
Durée : 131 mn

Casting :
Blake Lively : O
Taylor Kitsch : Chon
Aaron Taylor-Johnson : Ben
Benicio Del Toro : Lado
John Travolta : Dennis
Salma Hayek : Elena
Damian Bichir : Alex
Emile Hirsch : Spin

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