MAUVAISE FILLE : La peur du sujet

mauvaisefilleafficheLe cinéma et la littérature sont pleins d’histoires sur les mauvais parents. Etre élevé à la dure, sans amour, sans considération, en subissant de la violence ou bien pire, voilà une situation qui a inspiré plus d’un auteur. Mais n’existe-t-il pas aussi de mauvais enfants ? Je ne parle pas ici de l’ingratitude adolescente, mais de la manière dont on peut parfois « maltraiter » ses parents une fois que l’on est devenu soi-même un adulte et qu’on construit une vie en dehors d’eux. C’est de cela que nous parle Mauvaise Fille.

Louise n’a pas eu une enfance très stable entre une mère droguée et hippie et un père star du rock. Mais c’est une adulte désormais et elle a réussi à renouer des relations stables avec ses parents. Elle apprend qu’elle est enceinte, quelques heures après avoir accompagné sa mère à l’hôpital pour découvrir que le cancer de cette dernière est entrée dans une phase qui va l’emmener irrémédiablement vers la mort. Comment annoncer une si bonne nouvelle, partager une tel bonheur dans de telles circonstances ?

Mauvaise Fille est un film au propos assez original. La culpabilité provoqué par son propre bonheur face au malheur d’autrui, en particulier quand il s’agit des malheurs de sa propre mère, voici un sujet audacieux et qui aurait pu aboutir à une réflexion profonde et inattendue. Le problème est que Patrick Mille semble paralysé par son sujet et le film se conclue sans réelle conclusion. Les éléments sont bien posés, mais le réalisateur n’en fait rien, ou du moins rien de vraiment convaincant. On en ressort donc quelque peu frustré.

Pourtant, on passe les 1h50 du film à espérer. Très souvent, on se dit que le moment fort, celui où les personnages vont enfin se confronter pour de bon, est proche. Mais au final, il ne viendra jamais, esquivant le cœur du sujet, comme Louise esquive le moment où elle devra prendre son courage à deux mains.La pusillanimité (oui, j’avais envie d’employer ce mot !) dont fait preuve Louise ressemble à celle de Patrick Mille face à son sujet. Du coup, on pourrait lui adresser les mêmes reproches que ceux que l’on adresse à son héroïne.

mauvaisefilleMauvaise Fille pêche aussi quelque peu par la forme. En effet, le film est composé d’un enchaînement entre présent et flashbacks. Le problème est qu’on a parfois du mal à distinguer ces deux moments, surtout au début quand la mère est encore en bonne santé. On finit par s’y faire et ne plus se sentir perdu, mais c’est parfois un peu perturbant dans la première partie du film. Le problème est que cela rend plus difficile au spectateur de vraiment rentrer dans cette histoire. Personnellement, je crois bien que je n’y suis jamais vraiment parvenu.

Mauvaise Fille constitue par contre l’occasion de découvrir à quel point Izia Higelin est une artiste accomplie. On l’avait déjà remarqué pour son premier excellent album, on découvre ici qu’elle est aussi une formidable actrice. Son charme est dévastateur et sa présence à l’écran est impressionnante. Elle éclipse tout le reste du casting, même Carole Bouquet qui paraît effacée face à ce talent à l’état brut. Une vraie révélation donc !

Mauvaise Fille est donc un film au scénario frustrant, tant il semble esquiver ce qui aurait du constituer le cœur d’un sujet audacieux qui méritait mieux.

Fiche technique :
Production : ARP Sélection, uFilm, Nexus Factory, Chapter 2
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Patrick Mille
Scénario : Justine Levy, Patrick Mille, d’après le roman autobiographique de Justine Levy
Montage : Yann Dedet
Photo : Jérôme Alméras
Décors : Benoît Barouh
Musique : Syd Matters, Jonathan Morali
Durée : 108 mn

Casting :
Arthur Dupont : Pablo
Bob Geldof : Georges
Carole Bouquet : Alice
Izia Higelin : Louise
Jacques Weber : Professeur Lecoq

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