LA CHUTE DES FAUSSES IDOLES

oscarpistoriusLe procès d’Oscar Pistorius fascine toute la planète, d’une manière que l’on peut juger assez malsaine, car ce n’est jamais qu’un fait divers. Mais l’accusé est bien plus qu’un homme. C’est un symbole, une icône porteuse de tant de choses tellement positives que la voir chuter est un spectacle qui inspire à la fois horreur et fascination.

Pourtant, si l’on en croit ce qu’on a pu lire ces derniers jours, il y avait de quoi classer Oscar Pistorus dans les individus de la pire espèce depuis déjà bien longtemps. Son amour des armes à feux, dont il se vantait d’une manière proche de l’aliénation mentale, aurait du nous épargner la surprise face à ce drame affreux. Mais qui en a parlé, alors que tout le monde saluait le fait de voir un invalide courir au milieu des valides ? Le coureur sud-africain était alors un héros, une icône médiatique chargée de soulager la culpabilité du monde. A ce titre, il fallait nous faire croire à tout prix que l’homme était digne des symboles qu’il portait.

Il était alors interdit de critiquer un homme supposé si admirable. Un athlète paralympique est forcément tellement plus respectable et courageux qu’une vulgaire star du foot, le contraire est inimaginable. L’aveuglement dont les médias et le public ont fait preuve est terriblement symptomatique de l’idolâtrie souvent arbitraire de notre époque. Enfin pas si arbitraire que ça, car Oscar Pistorius a cherché par tout les moyens à devenir cette idole. Il a mené de nombreuses campagnes pour s’auto-promouvoir, pour nous expliquer qu’il était victime d’une injustice. Au final, on retiendra surtout qu’il s’est révélé être un meilleur agent marketing qu’un être humain.

Oscar Pistorius n’a pourtant jamais rien eu d’un héros. Certes, il restera un très bon athlète paralympique. Mais sa défaite aux derniers JO et les accusations qu’il a lancé à son vainqueur, qui aurait porté des prothèses trop longues, montrent bien que lui-même n’avait rien à faire dans une course avec des valides, tout simplement parce qu’il faut comparer ce qui est comparable. La moindre variation dans les normes techniques lui aurait fait perdre ou gagner de nombreuses places dans la hiérarchie, totalement indépendamment de la valeur profonde de l’athlète. Oscar Pistorius a vendu du rêve à une foule avide trop heureuse d’y croire, mettant de côté toute objectivité.

Le sport est vecteur de valeur positive et nous souhaitons à tout prix qu’il le reste. C’est pourquoi, on blâme l’argent qui circule dans le sport comme responsable de tous les maux de la Terre, car il faut bien un coupable, une excuse, c’est tellement plus rassurant. Une partie de nous n’a toujours pas renoncé à cette image ridicule du sport amateur et pur. Il faut voir comment on idéalise à l’excès nos handballeurs, qui gagnent pourtant très bien leur vie. On veut faire d’eux les remparts contre l’image déplorable renvoyée par les footballeurs. On veut se prouver que tant qu’ils ne sont pas corrompus, les sportifs restent tous des mecs formidables, pour ne pas dire des saints. Or, entre la mise à sac de plateau télé et les paris contre sa propre équipe, un athlète comme Nikola Karabatic n’est pas le demi-dieu que l’on essaye de nous vendre, mais bien un pauvre type assez méprisable. Bref, un être humain…

La reconnaissance médiatique d’Oscar Pistorius n’a pas été une victoire pour les sportifs handicapés, mais un triomphe du mensonge et de la manipulation médiatique. Même pour une bonne cause, cela ne constitue jamais une bonne nouvelle.

 

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